Le Britannique a su transmettre plein de chaleur et d’humilité lors de sa conférence de presse ce lundi matin après son arrivée en cinquième position du Vendée Globe. Brian Thompson conserve des souvenirs très fort de ce tour du monde riche en enseignements. Après 98j 20h 29’ 55’’, le solitaire redécouvre les sensations de terrien.
La terre ferme
C'est absolument fantastique d'être de retour sur la terre ferme, par une si belle journée. Il y a tellement de membres de ma famille, d'amis et de public qui sont venus m'accueillir. C'est un peu étrange d'être là, mais c'est là que la course a commencé. Les Sables sont un endroit tellement fantastique et les gens sont tellement chaleureux, c'est comme rentrer à la maison.
Un 9 novembre
Ce départ n'était pas le meilleur départ que j'ai jamais eu. Je n'étais pas si près que ça de la tête de la flotte et j'avais trop de monde sur mon bateau. D'ailleurs, j'ai eu du monde trois minutes avant le départ, alors qu'ils sont supposés descendre quatre minutes avant. Une incompréhension sur l'heure du début de la course... Un début, donc, très difficile, directement dans une grosse mer et on se met vite à imaginer que toute la course va être comme ça. Pendant les premières semaines, assez fréquemment et ce jusqu'à la première moitié de la course, le pilote s'arrêtait et le bateau partait dans un demi-tour, voire un tour complet. Mais au-delà de ça, c'était une très bonne course, près de Dominique (Wavre).
Pénalisé
J'ai eu une pénalité pour le problème du départ, avec les gens à bord, et ces 4 heures d'arrêt m'ont, au final, coûté 500 milles par rapport à Dominique. Étrangement, ça a peut-être été une bonne chose, car une fois sorti du peloton de tête, j'ai pu faire ma propre course. Je suis toujours mécontent au sujet de la pénalité, mais c'est vrai que les bateaux de tête se faisaient tous la course, de plus en plus vite, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que deux...
Grand Sud
Dans le sud, j'ai eu beaucoup de réparation à faire. J'ai même passé trois jours complets, à aller très doucement, pour être sûr que le bateau ne bouge pas trop et que les réparations se consolident. Pourtant, je crois que j'ai envoyé un mail à mon sponsor en lui disant, au niveau des Kerguelen, que je pensais pouvoir atteindre le top 5, car je voyais beaucoup de dégâts à l'avant de la flotte. Puis il y a eu une grosse tempête avant le cap Horn et je me suis dit que le passer serait une délivrance, vers une météo meilleure, mais en fait, la plus grosse tempête de la course m'attendait après. Elle était tellement grosse que la direction de course en a discuté avec Météo France et m'a appelé pour me dire "Brian, je pense que tu devrais trouver un endroit où t'abriter, derrière l'île des Etats". Ça montre la qualité de cette direction de course et à quel point ils prennent soin de nous. Comme à ce moment, je n'avais pas vraiment d'informations météo, ils m'ont sans doute sauvé la vie.
De la vitesse
À un moment, j'étais le deuxième plus rapide, puis j'ai été arrêté pendant près de 24 heures, mais j'étais bien dans l'Atlantique sud et j'y ai fait une bonne course. J'espérais obtenir un record, mais bien sûr, c'est Michel Desjoyeaux qui l'a eu. Ce sera pour la prochaine fois.
Soucis de quille
Après cette bonne avancée jusqu'au Pot au noir, j'avais tellement utilisé ma quille que le système hydraulique a commencé à flancher. Le problème m'a poursuivi jusque ici et je ne pouvais pas utiliser tout le potentiel du bateau au "reaching". J'aurais bien aimé rattraper Sam, mais il faudra que j'attende la prochaine édition. En fait, c'est assez incroyable, parce que la nuit dernière, les deux vérins se sont détachés de la quille. L'axe avait cassé. Cela montre à quel point j'ai eu de la chance de pouvoir finir la course et d'arriver aux Sables, cinquième.
Le bateau
C'est un très bon bateau, très solide. Mais nouveau, donc nous n'avons pas eu le temps de beaucoup le tester avant de partir. J'ai dû apprendre beaucoup de nouvelles choses, avec beaucoup de soutien de la part de mon équipe et d'experts du monde entier qui ont pris sur leur temps pour être au téléphone avec moi. Cela a vraiment été un effort collectif et je suis très heureux d'avoir continué à avancer et essayé de résoudre chaque obstacle. Mon objectif était de finir dans le top 5, je l'ai fait. J'aime ce bateau, et maintenant je connais tout à son sujet. Nous allons travailler dessus, je sais ce qu'il faut faire et ça va être un bateau très compétitif à l'avenir.
Préparé ?
J'ai fait deux fois le tour du monde, en multicoque, dont une fois en tant que skipper, et je pensais que ça aurait pu me préparer pour le Vendée Globe, mais c'est beaucoup plus dur que ce que l'on peut imaginer. Devoir monter seul dans le mât fait partie de ces choses, les plus difficiles. Cela prend aussi plus de temps et on voit bien plus de mauvaise météo, car en catamaran, la vitesse nous permet d'accompagner les systèmes. Ici, on voit des tempêtes bien plus importantes. Cette course est bien plus longue, mieux organisée et plus dure que n'importe quelle autre, et c'est bien plus que ce que j'aurais pu imaginer.
Bahrain, terre de skippers ?
J'adorerais voir un marin, originaire du Bahrain, sur un Vendée Globe. J'y ai pensé au fait et peut-être que huit ans serait une bonne marge. Ce serait possible dans quatre, car il y a de très bons marins au Bahrain, mais pour avoir l'expérience du large, 2016 serait l'idéal.
Frayeurs
J'ai eu peur deux fois, la première à Noël, quand j'ai dû monter dans le mât dans de très mauvaises conditions, et la seconde fois, en attendant la tempête. Pourtant, une fois dedans, j'ai apprécié.