Vendée Globe

Les mots simples de Cali

Les mots simples de Cali
© PIERRICK CONTIN / DPPI / Vendée Globe
Le 22 février 2009

Arnaud Boissières a fait dimanche après-midi une entrée triomphale dans le chenal des Sables d'Olonne. Une septième place au palmarès du Vendée Globe 2008-2009 que Cali lui-même n'osait pas imaginer. A l'issue de son arrivée, le skipper de Akena Vérandas s'est retrouvé comme ses confrères avant lui, face au public sur le podium installé Place du Vendée Globe, puis en conférence de presse. Extraits.

L'entrée dans le chenal
Je peux te dire qu'ici, je m'attends à tout, mais c'est clair que je ne m'attendais pas à autant de monde. On t'en parle tellement, que tu te dis : oui, c'est sûr qu'il y avait du monde pour Michel Desjoyeaux, du monde pour Armel, du monde pour Samantha Davies, et puis bon, pour Caliméro, peut-être qu'il y aura un peu moins de monde...

Son Vendée
Pour dire la vérité, la première fois que je suis arrivé ici, on ramenait le bateau de la Rochelle. J'empruntais le chenal, c'était le soir et j'y étais déjà, au Vendée Globe. Donc moi, mon Vendée Globe, il a commencé il y a deux ans et demi, pas 105 jours. Depuis que j'ai franchi ce chenal, j'y suis dans mon Vendée Globe.

Une septième place
Au départ, sur le papier, tu vois des mecs qui quand tu étais plus jeune, étaient dans les revues spécialisées. Un petit jeune Loïc Peyron, un autre petit jeune Michel Desjoyeaux et un favori Vincent Riou. Alors, quand on me demande ce que je veux faire comme résultat... Avant de parler de résultat, déjà je veux arriver, parce que pour gagner, il faut arriver. Je me disais que ça serait extraordinaire d'être dans les 10 ou 15 premiers. A un moment, je me suis également dit, il ne faut pas trop bien faire, sinon je ne repartirai pas dans 4 ans... Donc 7, c'est bien !

Introspection
Tu découvres des trucs sur toi, c'est évident. 105 jours en mer seul, que ce soit en mer, dans une grotte ou dans l'espace, quand tu reviens, tu n'es plus tout à fait le même. Cela dit, je n'ai pas grandi et je dis toujours autant de bêtises... Les gens qui sont proches de toi et qui vivent ça au quotidien sont transformés aussi, que ce soit ton équipe, ta famille ou ton partenaire. Je peux te dire que ça transforme un paquet de monde en fait.

Tempête
Des moments de bonheur, il y en a, tout comme des moments de galère. Quand tu reçois un bulletin météo où tu vois des vagues de 8 à 10m et des rafales de 85 nœuds, tu te dis que tu es fatigué, que tu as mal lu... Déjà, 50 nœuds, c'est chaud, alors là... Denis Horeau (directeur de course) nous dit qu'on va nous faire de petits bulletins spécifiques à Brian, Dee et moi et Il se trouve qu'on est à un endroit du monde un petit peu particulier, le cap dur, le cap Horn. On s'est appelés, tous les trois, pour se dire qu'on mettait la course entre parenthèses pour un petit moment. C'était super, parce qu'avec Brian (Thompson) on se connait depuis quelques années et Dee (Caffari) est une fille extraordinaire. A ce moment, on pense à une chose : la sécurité du bateau, du bonhomme et c'est ce qu'on a fait grâce à Denis Horeau et toute son équipe. A terre, tu ne sais pas ce qui se passe... Finalement, ça s'est très bien passé et Brian et Dee sont arrivés il y a quelques jours. C'est une belle histoire.

Le Cap Horn
Tu arrives au cap Horn, en terre de feu et tu as un grain à plus de 50 nœuds, puis derrière le nuage, c'est comme ici, ça se découvre et tu vois les montagnes enneigées. C'est un paysage merveilleux, tu te dis que c'est la récompense des mers du sud... Mais le cap Horn, ça se mérite et dans quelques heures on va se prendre un sacré coup de baston. Donc tu longes la terre de feu, tu arrives vers le cap Horn et le vent refuse, il nous détourne un peu et tu te dis que la dépression arrive. Moi, j'ai choisi d'aller me mettre assez proche de la dépression pour pouvoir prendre la bascule assez tôt : je pensais à la sécurité et je pensais aussi à la course. Tu n'en mènes pas large avant, mais quand tu es dans le feu de l'action, ce n'est pas le moment de faiblir. Tu prends quatre ris - je ne l'avais jamais fait - et tu mets ORC devant, pour être manœuvrant. Tu t'enfermes dans le bateau, avec la combinaison de survie, tu fais bien gaffe à ce que le téléphone par satellite soit chargé, tu prends un bidon d'eau et un peu de vivres. Tu attends, tu regardes le vent, sa force, mais tu ne peux pas faire de sieste, hein, tellement curieux et inquiet de ce qui va arriver... Puis finalement, ça se passe plutôt bien et tu en ressors grandi. Il y a eu une super histoire avec Dee et Brian à ce moment là : c'était leur troisième ou quatrième cap Horn, moi c'était mon premier et Brian m'a envoyé un mail extraordinaire, en me disant de prendre tout ce que je pouvais comme images du cap Horn et qu'on allait voir ensemble comment gérer la dépression. C'est ça aussi qui fait la force des gens qui sont en mer, on vit des trucs passionnants et hors du commun.

Tempérament
Ce n'est pas une revanche sur la vie et ce n'est pas un challenge... Je pense qu'on a tous, dans nos vies, des expériences particulières, dures ou moins dures mais ce n'est pas une revanche. Je pense que je suis heureux sur l'eau, dès que je navigue. Avec ce bateau là, j'ai un lien assez étroit et j'ai conscience de faire un métier extraordinaire. J'ai la chance de vivre ma passion, surtout en ce moment où ce n'est pas facile, donc je suis un privilégié. J'ai eu la chance de rencontrer des gens qui m'ont aidé, ça commence par Jean-Philippe Chaumettes, qui me fait profiter de ce bateau, ensuite il y a eu Christophe Chabaud, que j'ai rencontré au Salon de la mer. On a parlé une demi-heure de ma passion, du Vendée Globe et il m'a dit ok.

Les projets
En fait je pensais déjà à repartir avant d'avoir fini ce Vendée Globe. J'ai fait 105 jours en mer sur ce bateau, sur un Vendée Globe où je finis septième et j'ai envie de repartir et de faire une campagne de 4 ans, jusqu'à la prochaine édition, sur un bateau que je connais parfaitement.

Une équipe soudée, une famille
Les gens qui bossent sur le bateau, l'équipe, c'est primordial. Il faut bien s'entendre avec eux et même quand eux ne s'entendent pas forcément bien avec toi, il faut quand même faire cet effort. On était pas une équipe de mercenaires mexicains, on était pas nombreux, mais une équipe formidable. Cette équipe, c'est aussi une bande de potes qui vient trois semaines avant le départ et qui s'occupe de tout. C'est également important d'avoir un équilibre familial à terre, car si ça ne va pas bien à terre, ce n'est même pas la peine de partir en mer tout seul. Par exemple, mon papa m'a appelé il y a deux jours et m'a dit de ne pas faire de bêtises quand j'allais parler devant tout le monde !

Ma leucémie
A l'âge où s'est déclarée ma leucémie, à 17 ans, mon papa m'a amené voir le départ du Vendée Globe 89. Quand on a lancé ce projet, j'ai rencontré Christine Janin, qui est la première femme à avoir franchi l'Everest. Elle a créé des chalets pour accueillir des jeunes qui sont en traitement, pour les emmener faire des défis dans les montagnes et on s'est dit que ce serait une bonne idée de faire ça sur le bateau. Donc avec trois jeunes, on a fait une course en Angleterre et on a fait troisième. Le but c'était ça, de faire le parallèle entre la montagne et la mer : il y a donc des jeunes qui viennent régulièrement pour partager ma passion. Il n'y a pas de promotion, ça se fait naturellement et dans la décontraction. C'est un bonheur de vivre et de partager.

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