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Anna Corbella n’envisage pas un Vendée Globe sans femme

Anna Corbella dans la Barcelona World Race 2014-15
© Jorge Andreu / BWR

Anna, tu es donc en recherche de financements pour participer au Vendée Globe ?
« Oui, nous avons des partenaires secondaires mais nous devons trouver le sponsor principal du projet, celui qui donnera son nom au bateau. Nous cherchons un million d’euros en tout et ce partenaire majeur devra investir à hauteur de 700 000 euros. Je suis optimiste car je constate que le projet suscite beaucoup d’intérêt. Les entreprises perçoivent l’impact médiatique que peut entraîner un soutien à la seule femme engagée dans le Vendée Globe. »

Le Vendée Globe est une suite logique pour toi après deux tours du monde en double en IMOCA, terminés aux 6e et 3e places ?
« Exactement. J’ai beaucoup appris au contact de Dee Caffari (lors de l’édition 2010-2011, NDR) et Gerard Marin (en 2014-2015). Grâce à ces deux tours du monde, je me sens capable de m’élancer pour le Vendée Globe, d’autant que j’ai aussi de l’expérience en solitaire. J’ai notamment terminé la Mini Transat en 2009 et j’ai beaucoup aimé naviguer avec moi-même (rires). J’ai assisté trois fois au départ du Vendée Globe et je me suis toujours dit qu’il faudrait que j’y participe un jour. Le moment est venu. Je me sens prête physiquement, mentalement et techniquement. Parfois, je me remémore les moments les plus difficiles de la Barcelona et je m’imagine affronter ça en solitaire… Ce ne sera pas simple mais j’ai les compétences pour y arriver, pour solutionner les problèmes. Et je suis entourée d’une bonne équipe, de personnes professionnelles en qui j’ai totale confiance. Je ne partirais pas sinon. »

© Jorge Andreu / BWRTu sais à quoi t’attendre, tu connais la route…
« C’est vrai, mais l’exercice du solitaire en IMOCA sera nouveau pour moi. J’ai bouclé deux fois le parcours mais ces expériences ont été très différentes l’une de l’autre. La première fois, je découvrais tout et la principale difficulté a été d’ordre psychologique. Pour ma deuxième Barcelona World Race, le rythme à bord était bien plus intense, nous avons davantage poussé le bateau et déploré beaucoup de casse à bord. C’était très physique ! »

« Je ne peux pas rester à quai et laisser partir un Vendée Globe sans femme ! »

Le coup d’envoi du Vendée Globe sera donné dans moins de neuf mois. Le timing n’est-il pas trop serré ?
« Les délais sont courts mais je pense que nous pouvons y arriver. J’aurais aimé avoir plus de temps pour me préparer. A l’issue de la dernière Barcelona World Race, il y a un an, l’objectif était de lancer un projet pour le Vendée Globe 2016. Mais dix jours avant l’arrivée à Barcelone, dans la remontée de l’Atlantique nord, je me suis sérieusement blessée au genou (rupture des ligaments croisés, NDR). Etant donné la gravité de cette blessure, nous avons décidé de reporter le projet jusqu'à l'édition 2020. Mais il y a quelques semaines, j’ai constaté qu'il n’y avait aucune femme dans la course. Cette prise de conscience est intervenue à un moment où je commençais à bien me remettre de ma blessure au genou. Je tente donc un dernier effort pour trouver un sponsor. Mon objectif n’est pas de gagner le Vendée Globe, mais de le terminer en portant le projet qui communique le mieux. »

Le fait d’être une femme peut être un atout dans cette optique de communication…
« Oui mais j’espère qu’un jour on ne posera plus la question du nombre de femmes au départ. En attendant, je ne peux pas rester à quai et laisser partir un Vendée Globe sans femme ! C’est inimaginable pour moi. Ce serait un bond en arrière qui ne reflète pas la réalité actuelle de notre sport. Il y a des femmes qui naviguent en Figaro, en Mini. Lors de la dernière Volvo Ocean Race, on a même vu un équipage 100 % féminin (Team SCA, mené par Sam Davies, NDR). Beaucoup de ces navigatrices aimeraient participer au Vendée Globe. »

© Gilles Martin-RagetAs-tu des vues sur un bateau en particulier ?
« Non car pour le moment nous nous concentrons sur la question du budget. Nous ne voulons pas perdre de temps à chercher un bateau sans savoir avec précision quel somme nous allons réunir. Chaque chose en sont temps. Mais il nous faudra un bateau fiable car nous n’aurons pas beaucoup de temps et d’argent pour le tester et le préparer. »

Quitte à revenir en 2020 avec un projet plus compétitif…
« C’est exactement le plan ! »

En 2010-2011, 13 skippers espagnols ont participé à la Barcelona World Race. Mais aucun d’entre eux n’a pris le départ du Vendée Globe qui a suivi… Comment l’expliques-tu ?
« En Espagne, les entreprises qui sponsorisent des projets voile sont habituées à bénéficier d’avantages fiscaux en contrepartie de leur engagement. Ces avantages n’existent pas pour le Vendée Globe et cela complique sérieusement la donne. Seulement trois skippers espagnols ont pris le départ du Vendée Globe depuis la création de l’épreuve en 1989 (José de Urgate, Unaï Basurko et Javier Sanso, NDR)… Mais je suis certaine que la liste de ceux qui ont voulu le faire est beaucoup plus grande (rires) ! Des marins comme Alex Pella y travaillent en vain depuis des années. C’est pourquoi nous ne limitons pas nos recherches à l’Espagne. Nous contactons notamment des entreprises françaises intéressées par le marché espagnol. »

Autre difficulté : la culture du solitaire n’est pas aussi ancrée en Espagne qu’en France…
« Loin de là, effectivement… Nous avons de bons coureurs dans la Volvo Ocean Race, la Barcelona, l’America’s Cup, mais très peu naviguent en solo. Le problème est plus global : la voile n’est pas un sport aussi populaire qu’en France, les médias n’en parlent pas beaucoup. Quand je viens aux Sables d’Olonne pour le départ du Vendée Globe, je suis surprise par l’engouement du public. Les gens dans la rue connaissent la course et les skippers. Ici, à Barcelone, c’est loin d’être le cas lors de la Barcelona World Race, même si les choses changent petit à petit. Après la dernière Barcelona, j’apparaissais davantage dans les médias. Mon projet pour le Vendée Globe peut contribuer à poursuivre cette dynamique. »

Propos recueillis par Olivier Bourbon / Agence Mer & Média

Portrait de Anna Corbella lors de son engagement en 2014 dans le Championnat Ocean Masters.

 

 

 

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