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Gabart : « Je peux gagner, j’en suis convaincu »

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A compter de ce samedi 20 octobre et jusqu’au 8 novembre, avant-veille du départ, la rédaction de vendeeglobe.org vous propose de découvrir en détails les vingt concurrents de cette 7eme édition, au rythme d’une journée, un skipper. C’est François Gabart (MACIF), l’étoile montante de la course au large, qui ouvre le bal.

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François Gabart
© V.Curutchet / MACIF

>>> Le portrait de François Gabart, c'est par ici !

François GabartFrançois Gabart, vous êtes issu de la filière MACIF. Pouvez-vous nous la présenter ?
C’est un projet global qui est mené par la MACIF, qui a décidé en 2008 de s’engager plus profondément dans la voile, en créant une filière de détection. Le principe est simple : deux Figaro MACIF courent en permanence ; un skipper est recruté chaque année pour deux ans, donc tous les ans un skipper arrive et un autre part. L’idée est d’aider des jeunes qui ont du potentiel et qui veulent faire de la course au large leur métier, leur donner les moyens pendant deux ans de bien travailler sur le circuit Figaro pour pouvoir partir après sur d’autres projets.

Comment avez-vous été « détecté » ?
C’était en 2009. Je cherchais un partenaire pour la saison 2010 et les suivantes. Je savais qu’il y avait la détection donc j’ai envoyé mon dossier, comme pour un concours. Une fois le dossier envoyé, il y a une pré-sélection qui est faite. Cinq sont choisis par des personnes de la MACIF, mais aussi par des membres de la Fédération française de voile, dont le DTN, qui chapeaute le projet. Après il y a une finale entre les cinq dossiers qui ont été retenus, avec une partie de la sélection sur l’eau - une régate - et une partie à terre - une sélection physique. Ensuite il y a un entretien, comme pour n’importe quel boulot avec un jury. Et à l’issue de cette semaine de sélection, ils choisissent un skipper. Pour moi, c’est un peu différent puisque j’ai été choisi en octobre 2009, donc pour 2010 et 2011. Quand je suis arrivé dans ce projet, je leur ai dit que je trouvais super de porter les couleurs de la MACIF pendant deux ans mais que le projet skipper MACIF aurait une plus grande notoriété si les skippers qui passent par la sélection MACIF deviennent par la suite des vainqueurs de la Coupe de l’America, du Vendée Globe… Là, on pourra dire « c’est la MACIF qui les a détectés ». Donc je leur ai dit qu’il fallait absolument donner les moyens matériels et technico-sportifs pour trouver des sponsors par la suite. Je ne leur cachais pas que mon rêve, à terme, c’était de participer au Vendée Globe en 2012, 2016 ou 2020. La MACIF, c’est un groupe qui peut aider pour trouver des partenaires plus facilement qu’un marin seul. J’ai donc monté le projet Vendée Globe avec eux pour chercher des partenaires. On a fait la première saison en Figaro, ça s’est très bien passé, avec une deuxième place dans la Solitaire notamment. A la fin de la saison j’ai fait un état des lieux de mes futurs partenaires et il n’y avait que la MACIF qui avait envie d’aller sur le Vendée Globe. Il y avait une certaine légitimité à continuer avec moi. J’ai donc arrêté de leur demander de m’aider à chercher des partenaires mais de me soutenir directement. L’idée leur a plu et on a signé ça en décembre 2010. Ils gardent la sélection MACIF en rajoutant donc un 60 pieds pour faire le Vendée Globe, la Route du Rhum, la Transat Jacques Vabre et toutes les grandes courses en IMOCA. Je suis resté en contact avec cette sélection dont je suis sorti, puisque j’étais jury en octobre 2010. Malheureusement je n’y retournerai pas cette année puisque les sélections ont lieu fin novembre ; je serai sur le Vendée Globe.

Financièrement, comment est monté le projet Vendée Globe ?
Le projet de faire le Vendée Globe était ambitieux car je n’avais pas navigué beaucoup en 60 pieds et je savais que je ne pourrais pas le mener seul. Donc j’ai demandé à Michel Desjoyeaux de m’aider, via sa structure Mer Agitée, pour m’accompagner sur un projet Vendée Globe. Ce qu’il a accepté tout de suite. Moi je suis prestataire à la MACIF en tant que skipper donc j’ai un salaire à l’année. Mer Agitée s’occupe du bateau et de sa construction, ainsi que, en accord avec moi, de la gestion du bateau, de mon équipe et du budget.

Avez-vous suivi le chantier du bateau ?
Je l’ai suivi de très près. J’ai un rôle en tant que skipper, créateur du projet, c’est la gestion, le montage du projet et le recrutement d’une équipe pour monter ce projet. C’est important d’être proche de la construction parce que l’objectif c’est de naviguer dessus en solitaire, donc pour ça il faut bien connaître les bateaux. Il en faut un qui corresponde à ses choix, donc j’ai suivi ça de près avec l’architecte du bateau. Pendant sa construction, même si je ne suis pas un spécialiste des composites et du carbone, il fallait que je comprenne comment c’est fabriqué pour que, pendant la course, si des pièces cassent, je puisse éventuellement les réparer.

Comment s’est faite la rencontre avec Michel Desjoyeaux, parrain du bateau ?
C’est un marin et un homme que j‘admire pour ce qu’il a fait. La rencontre s’est faite à Port-la-Forêt. C’est très petit donc on s’est assez vite rencontrés. Après mes deux saisons en Figaro, j’ai voulu participer à une course en double en IMOCA, la Barcelona World Race, qui partait en décembre 2010. J’ai demandé à pas mal de monde à participer à cette course, dont Michel Desjoyeaux, qui a accepté qu’on la fasse ensemble. Donc on a travaillé sur la Barcelona et sur le montage du projet Vendée Globe. Aujourd’hui, en temps que patron de Mer Agitée, il est impliqué dans les arbitrages sportifs et financiers qu’on a à faire, donc il est là tout le temps. C’est important pour moi car je n’ai pas la même expérience que lui et que l’équipe de Mer Agitée, où il y a aussi des préparateurs qui ont plusieurs Vendée Globe à leur actif.

 

« Le métier de marin est un métier d’ingénieur »

 

Quel sera son rôle pendant la course ?
On peut être en lien avec la terre pour tout ce qui est problèmes techniques sur le bateau. Ils ne peuvent pas intervenir physiquement mais ils peuvent donner des conseils donc je pense que Michel sera là. Même au-delà de cette partie technique, Michel a une expérience de sportif qui a fait plusieurs Vendée Globe. Il ne pourra pas me parler d’enjeux tactiques et stratégiques vu que le routage est interdit mais on peut parler du moral, de la forme physique…

Quelles relations entretenez-vous avec les autres skippers ?
Je fais partie des jeunes mais nous ne sommes pas beaucoup : il y a Louis Burton qui a moins de 30 ans, Tanguy de Lamotte, qui a la trentaine, puis Jérémie Beyou, Armel Le Cléac’h. C’est plus une génération « transitoire » qu’une réelle fracture entre deux générations. On ne sent pas de réel fossé entre générations. Ça se passe très bien entre les marins, que ce soit sur le Vendée ou sur les courses au large. Les liens entre les coureurs sont forts, j’ai des amis parmi mes futurs concurrents du Vendée Globe, des personnes avec qui je peux passer de bons moments à terre. Il y a beaucoup de partage, on travaille ensemble on s’entraîne ensemble au pôle Finistère course au large. On échange en permanence sur la navigation, les réglages pour progresser en permanence. C’est super car on est certes solitaires et concurrents sur le bateau, mais on travaille beaucoup en collaboration tout au long de l’année, avec les autres skippers et donc les autres équipes ; il y a un esprit qui est très sain dans ce milieu là.

SAILING - PRE-VENDEE GLOBE 2012 - PENMARCH' (FRA) - 24/09/2012 - PHOTO JEAN-MARIE LIOT / DPPI / VENDEE GLOBE - MACIF / SKIPPER FVous avez suivi vos études à Lyon. Comment concilier cela avec la navigation ?
Il faut aimer le TGV ! L’avantage de l’INSA (Institut National
des Sciences Appliquées) de Lyon, c’est qu’il y a une section sport-étude de haut niveau, ce qui permet d’aménager son emploi du temps. Lyon n’est pas à côté de la mer c’est évident, mais en TGV on est à 1h30 de Marseille donc je finissais le jeudi vers midi et à 14h j’étais à Marseille, sur l’eau. Je faisais pas mal de train mais la voile est un sport à part dans le sens où on peut suivre une grosse préparation physique à terre. Pour cette partie là de la préparation, je pouvais rester à Lyon et au fur et à mesure des études, je pouvais partir une ou deux semaines à l’étranger pour de la navigation, puis autant à Lyon pour les études. L’avantage c’est que tout ce qu’on apprend en école d’ingénieur s’applique sur un bateau. Le métier de marin est un métier d’ingénieur, on est sur des bateaux qui sont très complexes.

Il y a une qualité indispensable pour le Vendée Globe, c’est d’être bon bricoleur…
C’est important mais je n’ai pas cette approche. Il y a beaucoup de personnes dans le milieu de la course au large qui sont issues des ateliers et qui ont appris avec une clé et un marteau. C’est pour ça que j’essaie de passer le plus de temps possible en chantier, mais il faut trouver le juste milieu avec l’entraînement physique, la gestion du projet. Il faut que j’en sache le plus possible et de manière très générale pour ne pas me retrouver face à un problème que je ne peux pas résoudre

Qu’est-ce qui vous fait rêver sur le Vendée Globe ?
Je fais de la voile depuis que je suis tout petit, donc le Vendée c’est une course qui a une énorme renommée, qui touche tous les Français et même de plus en plus à l’étranger. J’en ai entendu parler dès le premier Vendée avec Titouan Lamazou. C’est une course mythique qui me faisait rêver étant gamin. Au fur et à mesure que je grandissais, c’est un rêve qui devenait de plus en plus concret et j’ai choisi de vivre de ce métier là, d’être navigateur. Au fur et à mesure, ça s’est concrétisé jusqu’à ce que la MACIF m’accompagne.

 

« C’est une course où il n’est pas possible d’avoir de trous »

 

Avez-vous des appréhensions ?
Pas vraiment des appréhensions mais plutôt des questions. Heureusement que je m’en pose pendant ma préparation d’ailleurs, sinon il y aurait un problème (rires). C’est un projet qu’on a essayé de construire le plus raisonnablement possible et qui est ambitieux. On n’a pas beaucoup de temps entre son lancement et le départ de la course mais je considère qu’on a eu suffisamment de temps pour faire les choses proprement, s’entraîner. Je ne serai pas le skipper qui aura le plus d’expérience sur le Vendée Globe - loin de là - mais on considère avec la MACIF qu’on aura suffisamment d’expérience pour partir dans de bonnes conditions, de sécurité d’abord et aussi sportives.

Quels seront les passages importants de ce Vendée Globe ?
Le Vendée Globe, c’est une course qui se situe dans la durée, la longueur. Un peu comme le Tour de France à la voile, c’est une course par élimination. Comme pour le Tour de France cycliste, le peloton suit et des fois dans les étapes de montagne il y a des coureurs qui sont largués. La seule différence avec le Tour de France cycliste c’est que sur le Vendée Globe, c’est difficile de savoir le moment où on va se faire larguer, y a pas vraiment de zone plus éliminatoire que d’autres. Lors de la descente et de la remontée de l’Atlantique on est dans des conditions météo qui sont censées être des conditions un peu plus faciles. D’un point de vue technique, au niveau de la casse, ce n’est pas l’endroit le plus dangereux. Niveau météo, il y a des endroits plus complexes. L’anticyclone des Açores dans l’Atlantique Nord et celui de Sainte-Hélène dans l’Atlantique Sud sont des zones où on peut perdre beaucoup. Dans les mers du Sud, il y a des dépressions avec des conditions difficiles pour les bateaux et les bonhommes. Ce qui est sûr, c’est que c’est une course où il n’est pas possible d’avoir de trous, il faut être concentré et efficace du jour du départ jusqu’à l’arrivée. Donc dans ma préparation, plutôt que de voir les endroits où il faut être très bon j’essaie de faire en sorte de ne pas avoir de trous pendant la course.

François GabartVous êtes un des plus jeunes concurrents au départ mais en même temps l’un des favoris. Comment gérez-vous cette pression ?
A titre personnel, je ne me considère pas comme un favori. Je sais que je peux faire de belles choses. Je peux gagner, j’en suis convaincu. Je considère juste que je ne suis pas la personne la mieux placée pour gagner. C’est toujours positif de savoir qu’on fait partie des bons bateaux pour le Vendée Globe, ça veut dire qu’on a fait du beau boulot jusqu’à présent. Je suis assez concentré sur ma course, j’essaye de pas trop regarder autour, de rester concentré. La pression, il n’y a que moi qui puisse me la mettre. C’est une pression saine qui me motive, qui me fait avancer. J’ai la chance d’avoir cette pression positive alors que ça pourrait être une pression néfaste, qui viendrait de l’extérieur, mais ça n’est pas le cas.

Qui est le favori de ce Vendée Globe selon vous ?
Si je devais désigner trois favoris, je dirais Dick, Le Cleac’h et Riou. Jean-Pierre Dick sur Virbac-Paprec parce qu’il a un bateau qui est très au point, fiabilisé et qui vient de gagner la Transat Jacques Vabre et la Barcelona World Race. Il est mûr pour gagner un Vendée Globe. Armel Le Cléac’h, sur Banque Populaire, est l’un des meilleurs coureurs au large en solitaire. Il a un bon bateau, bien préparé. Quant à PRB (Riou), il a gagné en 2004. Je m’excuse pour ceux que je ne mets pas dedans mais à un moment il faut faire un choix. Il y en a plein d’autres qui peuvent gagner. Ces trois-là ont un peu d’avance sur les autres. La grande différence entre ces trois-là et les autres skippers, c’est qu’ils y vont pour gagner. Je pense que si on leur demande de signer maintenant un contrat en leur proposant de finir deuxième du Vendée Globe, pas sûr qu’ils acceptent. Moi, on me propose la même chose, je signe immédiatement, même pour un podium. Terminer, c’est déjà une belle performance mais terminer sur le podium ce serait exceptionnel.

Êtes-vous favorable ou non à la monotypie (ndlr : un même bateau pour tous les concurrents) ?
Plutôt contre, mais c’est une décision qu’on doit prendre avec la classe IMOCA et toutes les parties prenantes. Je suis contre car, plus que sur le principe de monotypie, je pense que la classe est aujourd’hui en bonne forme, malgré le contexte économique. La classe a des atouts, avec des bons bateaux. Je pense qu’aller vers une classe « full monotype » (ndlr : totalement monotype) serait une erreur car en termes de structures qui existent déjà, je pense que l’on n’est pas capable de le faire.

 

« J’aime vivre sur un bateau »

 

De sérieux écarts de performance entre les bateaux présents au départ de ce Vendée Globe existent pourtant…
Par exemple, Alessandro Di Benedetto, avec la monotypie, il ne prendrait pas le départ, tout comme Louis Burton ou Tanguy de Lamotte. Ces navigateurs sont au départ car il existe des anciens bateaux qui ne sont pas très chers aujourd’hui. Pour eux, et pour le Vendée Globe, c’est bien, car c’est une aventure où il y a différents profils : des jeunes, des vieux, des femmes, des hommes, des grands, des petits… Il y a de tout et chacun part avec des bateaux différents, des objectifs différents ; c’est ça qui fait la richesse de la course. Il faut savoir évoluer et il faut se poser les bonnes questions pour maximiser les revenus, économiquement parlant, les retours des investisseurs, des organisateurs… Mais je considère que la monotypie complète ne fait pas partie des solutions pour faire évoluer le milieu.

François GabartVous avez un enfant. Comment lui expliquer que son papa part trois mois en mer ?
Il aura six mois au moment du départ donc il n’y a rien à lui expliquer. Mais pour moi c’est long. Il y a plein de choses que je ne vais pas voir quand il va grandir. Je sais que je le laisse avec une maman qui va bien s’occuper de lui, je sais qu’il n’aura pas son papa mais il aura ce qu’il faut pour grandir dans de bonnes conditions et il sera sûrement content de revoir son papa après et moi je serai content de le revoir aussi. Ça va être dur mais j’ai la chance de vivre mon rêve. On ne peut pas tout faire dans la vie, il y a des concessions à faire.

Emmènerez-vous votre bébé faire un tour en mer ?
Evidemment ! J’aime mon métier mais j’aime aussi la mer et si je fais ce métier là aujourd’hui c’est parce que j’ai vécu petit sur un bateau avec mes parents et mes sœurs. J’aime vivre sur un bateau. Vivre la mer comme ça, j’aimerais bien le vivre avec ma famille.

Comment suit-on l’actualité en mer ?
Je n’ai pas encore la solution. Il y a Internet mais si c’est moi qui vais sur Internet, je vais perdre beaucoup de temps et d’argent. Soit l’équipe m’enverra une revue de presse, c’est ce qui se fait le plus souvent, soit il y a Twitter, qui est pas mal pour suivre ce qui se passe. Je m’en suis servi pour suivre les deux tours de la présidentielle vu que j’étais en mer à cette période-là.

Que vous inspire le slogan de la MACIF « la solidarité est une force » ?
C’est important parce qu’on porte les couleurs de notre sponsor 24 heures par jour et 365 jours par an. J’ai « MACIF » inscrit sur mon polo, et pour bien faire ce métier-là et bien porter les couleurs d’un partenaire, il faut partager ses valeurs, adhérer à la philosophie des dirigeants, se sentir à l’aise avec cette boite. C’est mon cas. Le projet tel qu’il est monté avec la sélection « MACIF course au large » je pense que c’est un beau projet, pas une démarche opportuniste. Ils font ça pour que ça marche. Ça s’inscrit dans toute une histoire, ils sont proches du monde marin. Ils ont monté « MACIF centre de voile », le principe c’est d’assurer des bateaux et, pour que ça soit économiquement intéressant, apprendre aux sociétaires à faire du bateau à leurs assurés, pour limiter les dégâts lors de leurs sorties en mer.

Matthieu BRANDELY

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