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Kito De Pavant : « Une vie exceptionnelle, tout simplement »

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Un jour, un skipper - Skipper de Groupe Bel et de sa fameuse Vache qui rit, Kito De Pavant est l’un des marins les plus expérimentés au départ de ce Vendée Globe. Une expérience qui lui permet forcément de porter un « autre » regard sur l’épreuve et la voile en général. Passionnant.

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VENDEE GLOBE 2012 - GROUPE BEL - SKIPPER : KITO DE PAVANT (FRA) PHOTO : VINCENT CURUTCHET / DARK FRAME
© Vincent Curutchet / Groupe Bel

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VENDEE GLOBE 2012 - GROUPE BEL - SKIPPER : KITO DE PAVANT (FRA) PHOTO : VINCENT CURUTCHET / DARK FRAMEKito de Pavant, vous venez de Dordogne et vous vivez au bord de la Méditerranée. Comment en arrive-t-on à pratiquer un sport « breton » ?
(Rires) Pourquoi dites-vous ça ? C’est curieux (rires). Tout le monde fait du bateau, partout sur la planète, pas qu’en Bretagne. Je me bats contre cette idée qu’il faut être breton pour faire du bateau. Moi je suis Méditerranéen, même si je suis né en Dordogne, et c’est vrai que j’entends ça tous les jours.  Les gens qui me voient travailler sur le bateau à Palavas me disent : « Mais qu’est-ce qu’un Breton vient faire ici ? ». Mais je ne suis pas Breton (rires). En Méditerranée, on sait naviguer aussi. On a un joli plan d’eau, une jolie mer bleue avec du vent et des conditions parfois difficiles, et je crois que dans notre région qu’est le Languedoc-Roussillon, on a finalement les conditions un peu rudes qu’on peut rencontrer en Bretagne ou en Vendée. Notamment l’hiver avec un vent fort, le mistral qui souffle, qui vient des montagnes. On a pu développer des compétitions et des épreuves en équipage réduit. Et on est quelques uns à avoir montré qu’en Méditerranée on sait faire du bateau en solitaire. Il y a eu Jean-Marie Vidal qui a gagné deux fois la Solitaire, et je suis le deuxième Méditerranéen à avoir fait ça. Donc j’en suis très fier.

Vous êtes un mordu de sport : on vous a vu supporter Montpellier lors de la dernière journée de L1, vous avez accueilli à bord certains joueurs de l’équipe héraultaise de hand… Faire connaître davantage la voile dans votre région, c’est un de vos objectifs ?
J’ai pratiqué tous les sports mais pas de manière assidue ou professionnelle. A côté de la voile, quand j’étais gamin, je jouais au hand, au tennis, je nageais… Mais je suis toujours beaucoup l’actualité sportive et avec l’émergence des clubs montpelliérains, ce serait bien que la voile prenne une place aussi importante que les autres sports collectifs. Surtout que nous avons beaucoup d’atouts sur la côte méditerranéenne et on essaye de les mettre en valeur. Il y a des structures qui sont mises en place depuis des années et qui fonctionnent très bien, notamment en dériveur pour la préparation des Jeux olympiques. Il y a des choses qui se passent. Il y a un centre d’accueil depuis déjà dix ans, qui fonctionne bien, et il y a aussi des dirigeants politiques qui essayent de se tourner vers la mer. Le fait que nous ayons un Figaro financé par le département de l’Hérault montre que nous avons une région qui nous aide financièrement pour développer la voile, et je trouve ça plutôt bien. A nous d’être efficaces !

Vous avez beaucoup voyagé et vous vous êtes engagé dans la voile de compétition relativement tard.  Qu’est ce qui vous a amené au Vendée Globe ?
C’est vrai que je me suis engagé dans une carrière, si on peut dire professionnelle, il n’y a pas si longtemps que ça. J’avais près de 40 ans et il était temps que je le fasse.  Mais j’ai toujours navigué. J’ai beaucoup régaté quand j’étais jeune mais sur des épreuves qui n’étaient pas médiatiques. J’ai fait du dériveur et je me suis mis à la course au large quand j’avais 20 ans. A 17 ans, j’aurais pu choisir d’aller faire la Solitaire du Figaro, ou la Route du Rhum vu que la première édition s’est courue cette année là. J’en avais très envie mais ça me semblait inaccessible. Il fallait trouver des moyens que je n’avais pas et aucune idée de comment faire pour aller chercher trois sous et m’ouvrir les portes des sponsors. Mais quand je suis entré dans ces histoires de Solitaire du Figaro, il y a 10 ou 12 ans, petit à petit je me suis dit que j’étais peut-être capable aussi de faire le Vendée Globe. Et progressivement j’ai monté un projet auquel s’est rallié Groupe Bel en 2005. Au départ, c’est vraiment une rencontre entre deux personnes : l’un qui cherche un sponsor, l’autre qui cherche un skipper, avec la même envie de faire du bateau des deux côtés. On a commencé par du Figaro et ça s’est super bien passé. On a vécu deux saisons incroyables et on a lancé la construction du bateau en 2006 pour faire le Vendée Globe 2008-2009.

Vous avez le même bateau que sur ce Vendée Globe 2008. Vous aviez démâté quelques jours après le départ et avez vécu la même mésaventure sur l’Europa Warm Up au mois de mai dernier. Quelles répercussions peuvent avoir ces types d’abandons sur la relation entre un skipper et son sponsor ?
A chaque fois qu’on a un souci avec un bateau, ça contrarie un peu la confiance qu’on a en lui, et en soi. Mais d’un autre côté, ça nous oblige à travailler mieux, à resserrer les rangs au sein de l’équipe. Et moi-même ça m’oblige à concevoir ce tour du monde différemment, à savoir calmer le jeu de temps en temps. L’objectif, c’est d’abord de le terminer. Si tu n’arrives pas, ça ne sert à rien. La pression que peut mettre un sponsor sur son skipper, pour moi c’est plutôt un atout qu’autre chose. C’est une pression positive car quand on a monté ce projet là, on partait d’une feuille blanche et le Vendée Globe c’est maintenant. Mais il y a aussi une certaine sérénité car on est ensemble depuis 7 ans, on travaille bien ensemble, on se fait confiance. On s’est pris quelques coups bien sûr, mais ça va nous servir. 2005-2006-2007, c’était une période super euphorique. On a passé trois ans durant lesquels rien ne pouvait nous arriver !  Et en 2008 les emmerdes sont arrivées (rires). Je me suis cassé la jambe juste avant la Transat anglaise, et au Vendée Globe j’ai cassé le mât même pas deux jours après le départ. C’était un gros coup dur mais on a rebondi dès 2009. On a reconstruit le mât, on s’est remis en confiance et on a fait une très belle saison. Et puis 2010 c’est reparti dans le mauvais sens, avec la Route du Rhum, la Barcelona (ndlr : World Race) qui s’arrête au Cap Horn… On a eu des hauts et des bas !

Vous allez retrouver ce fameux Cap Horn sur le parcours du Vendée Globe, mais aussi le Golfe de Gascogne qui vous avait malmené en 2008… Vous redoutez ces passages ?
Non, pas particulièrement ces endroits là. On a appris que les emmerdes arrivent partout. On s’attend à tout, à prendre beaucoup de plaisir, mais en général le bonheur arrive après. On se rend souvent compte après coup du bonheur qu’on a eu à participer.  Le bonheur en mer est souvent éphémère et pour moi c’est même assez rare car on a toujours un peu de crainte, on subit énormément de chose et même si on anticipe on ne peut pas tout prévoir. On ne peut pas prévoir la casse, ni les coups de vent, on ne sait pas toujours le degré de gravité des choses… On sait où on va mais souvent on subit les choses comme elles viennent. Donc on est toujours un peu sur le qui-vive sur ces courses là, il y a toujours un peu d’inquiétude et c’est vrai que le bonheur arrive après coup. Donc non, il n’y a pas d’endroit particulier qui me préoccupe, il y a juste l’énormité de ce parcours avec autant de choses à gérer. On sait que c’est compliqué et je crois qu’il faut vraiment insister sur le fait qu’un tour du monde, c’est quelque chose de vraiment difficile à réaliser.

 

« Je ne suis pas un casse-cou »

 

15/09/2012 - Port Camargue (FRA,30) - Vendée Globe 2012 - Groupe Bel - Kito de Pavant - Entraînements***15/09/2012 - Port CamargC’est une course qui fait peur ?
Pas qui fait peur. Qui inquiète plutôt. Je ne suis pas quelqu’un d’inconscient, je ne suis pas un casse-cou. Je sais qu’il y a des dangers et on essaye justement dans la préparation de la course de maîtriser un maximum de paramètres, à tous les niveaux. Donc le bateau on le prépare pour qu’il soit performant mais surtout solide, on essaye de gérer tous les aspects météo pour savoir où il faut aller, quand il faut. Au niveau de la sécurité on va faire ce qu’il faut pour ne pas prendre trop de risque… On en prendra forcément, puisque par l’enjeu de cette course, on est d’abord des compétiteurs. Mais il ne faut pas se laisser piéger par cette envie de gagner.

Faire le Vendée Globe, c’est un défi pour vous ?
Ça n’a jamais été un rêve donc ce serait plus par défi, oui. J’ai eu la chance de naviguer avec Jean Le Cam sur multicoque mais je ne voulais pas en faire en solitaire. C’était trop fort pour moi, trop stressant. Du coup je me suis dit que faire du monocoque, du 60’ sur le Vendée Globe, c’était vachement raisonnable ! L’idée est arrivée comme ça. Quand on met le doigt dans l’engrenage de  la course au large, on commence petit. J’ai fait du dériveur, je suis monté sur tout ce qui flotte pendant 20 ans et ensuite j’ai fait du Figaro. Pour moi c’était déjà énorme, gamin je rêvais de faire ça. Et puis j’ai fait une Solitaire, puis deux et j’ai gagné la troisième. On finit presque par se dire qu’en fait c’était facile ! (rires) Ensuite, qu’est-ce qu’on fait ? En 2002, j’avais envie de faire la Route du Rhum mais le projet n’a pas abouti et au moment de l’édition suivante, j’étais déjà embrigadé dans l’histoire du Vendée Globe. Et cette histoire du Vendée Globe, elle est arrivée parce que j’ai rencontré la personne qui voulait faire la même chose que moi, et en même temps. Avec Groupe Bel on s’est trouvé et on a eu envie de faire ça. Mais c’est vrai que je n’en avais jamais vraiment rêvé. C’est bien sûr un défi super mais pour moi c’était quelque chose de réalisable, à ma portée. D’ailleurs, à chaque fois que j’ai contacté un sponsor pour faire une course, c’est parce que je me sentais capable de bien le faire. Je ne suis jamais allé voir un sponsor en disant « je veux aller sur la lune » (rires).

Votre grande expérience de la course au large, est-ce un atout de confiance ? Ça vous aide à vous sentir capable de boucler ce tour du monde ?
C’est difficile… Quand on est jeune, on est inconscient. Quand on fait un truc pour la première fois, on ne sait pas où on va. On a envie, on a les yeux qui brillent. Et une fois qu’on l’a fait… Je crois que c’est Bilou (ndlr : Roland Jourdain) qui disait que la première fois qu’on saute en parachute, on a très peur mais on a très envie d’y aller. Et je pense que la deuxième fois, on se dit que « Waow, quand même, est-ce que j’y vais ? ». L’envie n’est pas tout à fait la même, par contre la pétoche, c’est pareil (rires). Mais je pense que plus on avance, plus on maîtrise les choses… Ou en tout cas, on a l’impression de les maîtriser. Donc on va plus vite, et forcément on prend plus de risque. L’expérience aide pour savoir quand il faut calmer le jeu mais d’un autre côté on pousse de plus en plus. J’ai un bateau qui a 5 ans, j’ai fait plus de 100 000 milles avec le bateau ce qui équivaut à quatre Vendée Globe. Je le connais par cœur et je sais qu’aujourd’hui je vais beaucoup plus vite qu’il y a quatre ans. Je le pousse beaucoup plus et il y a plus de risque de casse. C’est un peu ambigu : d’un côté on a plus d’expérience donc on a confiance dans ce qu’on fait, mais quelque part on pousse plus donc on prend plus de risque. Finalement, c’est d’aller vite qui amène à faire des bêtises.

Contrairement à la nouvelle génération de skippers, vous n’avez suivi aucune formation spécifique à la voile. Comment se forme-t-on tout seul ?
C’est vrai que ça a beaucoup changé. Ces jeunes là ont profité de ce qui nous a manqué à nous et qu’on a réussi à monter. Des gens comme Michel Desjoyeaux ou Jean Le Cam ont monté ça à Port-la-Forêt, moi j’ai essayé de créer quelque chose à la Grande Motte avec la SAEM... Si on l’a fait, c’est que c’est quelque chose qui nous a beaucoup manqué. Au début, personne n’avait de formation. Il y a 30 ans, quand la course au large s’est vraiment développée, il y avait quelques privilégiés qui faisaient du bateau, qui avaient des relations, qui se sont trouvé des sponsors et qui ont réussi à faire des carrières. Aujourd’hui c’est un peu différent, ça devient un peu plus professionnel et les jeunes profitent de l’expérience qu’on veut bien leur donner. Finalement, ils profitent des vieux (rires). Et du coup ils arrivent à acquérir une grosse expérience très tôt. Et comme physiquement ils sont en pleine forme et qu’ils ont la tête bien faite… D’ailleurs je dis souvent qu’avant, les gens qui faisaient de la voile, c’étaient les derniers de la classe alors qu’aujourd’hui, c’est plutôt l’inverse. Avant, ceux du fond de la classe regardaient dehors en rêvant d’aller sur l’eau et aujourd’hui ce sont des gens très intelligents, qui apprennent vite et qui s’entretiennent, car ils ont la possibilité d’apprendre beaucoup plus vite que nous pouvions le faire. Nous, pour arriver au haut niveau, il fallait 10 ou 15 ans de pratique pour apprendre les choses de la vie.

Que pensez-vous de cette nouvelle génération justement ?
On apprend d’eux aussi ! Ça nous motive à faire plus d’efforts, à  essayer d’être plus intelligents sur nos bateaux. On essaye de compenser la perte qu’on pourrait avoir physiquement par un peu plus de maîtrise d’un maximum de paramètres d’ordre technique et par l’expérience en matière de météo et de stratégie. Toutes nos expériences antérieures nous apportent beaucoup et nous permettent de faire des bateaux un peu plus évolués. On voit bien que des jeunes comme Armel (Le Cléac’h) ou François (Gabart) s’appuient sur l’expérience de Michel Desjoyeaux par exemple, puisque les deux ont un ancien bateau Desjoyeaux. Donc ils se servent aussi de l’expérience des plus anciens pour essayer de progresser et de gagner du temps. Et on leur fait confiance pour nous pousser vers la sortie ! (rires) Mais c’est comme dans toutes les disciplines.

 

« C’est quand même un monde assez machiste »

 

VENDEE GLOBE 2012 - GROUPE BEL - SKIPPER : KITO DE PAVANT (FRA) PHOTO : VINCENT CURUTCHET / DARK FRAMEEt en ce qui concerne les femmes, notamment Sam Davies, la seule inscrite à ce jour ?
Naturellement, dès qu’il y a une femme qui participe on en parle un peu plus, car c’est quand même un monde assez machiste. Et voir des femmes s’embarquer là-dedans, ça interroge. Pour le cas de Samantha, et d’autres d’ailleurs, comme Ellen (Mac Arthur), il faut avouer que ce sont de super nanas. Elles ont montré qu’elles avaient autre chose que juste le fait d’être une femme pour faire parler d’elles. Et en plus de ses compétences de marin, de technique pure, Samantha a des qualités de communication excellentes qui font que ça marche. Il faudrait plus de femmes, mais il faut quand même avoir envie de se lancer là-dedans. C’est un métier difficile qui prend beaucoup de temps et elle vient d’avoir un enfant. C’est forcément plus compliqué. Il faut être super motivé et ça appelle à faire quelques sacrifices au niveau familial qu’on est quand même plus à même de faire en étant un homme.

Vous avez cinq enfants. Comment appréhendez-vous une si longue absence ?
Il est clair que quand on est marin et qu’on a des enfants, on passe à côté de certaines choses… Mais il faut faire avec. Certains ont d’ailleurs envie de naviguer aussi. Pas tous, heureusement (rires).

Vous communiquez beaucoup avec votre famille depuis votre bateau ?
Oui, j’écris un petit mot tous les jours. On ne s’appelle pas très souvent au téléphone mais j’envoie des signes de vie très régulièrement, notamment des photos. Donc il n’y a pas la nécessité de parler quotidiennement avec la famille. J’essaye de ne pas les contacter seulement quand ça ne va pas, mais quand tout va bien aussi. C’est une habitude que j’ai prise car on s’est rendu compte que je n’appelais l’équipe technique que pour annoncer une catastrophe. Donc je m’efforce d’appeler aussi quand tout va bien, même si je n’ai rien à dire. Et ils apprécient. Comme ça, quand ils voient mon numéro s’afficher sur leur téléphone, ils ne paniquent pas systématiquement (rires).

Vous emportez des photos, des messages de vos proches ?
Non. Je pense que je vais me laisser faire pendant les trois semaines qui précèderont le départ, des gens voudront me laisser des choses. Il y a quatre ans on a essayé de faire attention pour diminuer le poids mais le jour du départ on s’est retrouvé avec des tas de cadeaux, de machins, de trucs cachés dans le bateau. C’est l’enfer ! (rires) Certains arrivent avec des bouteilles de vin, du champagne, des photos, des bouquins… On me planque des choses dans les sacs alors qu’en fin de compte, je n’ai pas besoin de tout ça. On part seul en mer donc tout ce qui est propre aux habitudes des terriens, ça ne nous sert à rien.

 

« La solitude, on accepte »

 

VENDEE GLOBE 2012 - GROUPE BEL - SKIPPER : KITO DE PAVANT (FRA) PHOTO : VINCENT CURUTCHET / DARK FRAMEComment gère-t-on la solitude sur une si longue période ?
C’est ce qui m’inquiète le moins. La solitude, on l’accepte, on est formaté pour ça. Mon expérience, ma vie de marin ont fait que je me suis souvent retrouvé seul sur le bateau et c’est quelque chose que j’aime beaucoup et que j’assume. Les moments de solitude les plus difficiles à supporter, c’est quand il y a des emmerdes. Mais quand on navigue, quand on fait ce qu’on a prévu de faire, la solitude n’est vraiment pas un problème. On sait que ça dure trois mois, dans le meilleur des cas, tout est géré en amont. Quand j’ai décidé de faire le Vendée Globe, j’ai intégré le fait d’être seul pendant 80 jours dans ma préparation. Ça se gère automatiquement. Mais je ne dis pas que c’est facile pour autant, on ne rigole pas tous les jours… A moins de s’appeler Samantha Davies, on ne danse pas toujours sur le pont! (rires)

Vous dites que vous allez suivre de près l’actualité sportive une fois en mer. Quels sont vos autres moyens de détente ?
J’écoute beaucoup de musique, j’aurai mes petites playlists habituelles. Parce que finalement, la musique c’est le plus simple, on peut faire plein de choses en écoutant la musique. Par contre, on ne peut pas lire en même temps que de barrer. Je ramène quelques films aussi parce que parfois on a besoin de se sortir la tête de ce qu’on fait habituellement, mais c’est pareil, c’est très dur de suivre un film qui dure une heure et demie. Et des bouquins, j’en avais pris sur le dernier Vendée Globe. Je n’avais pas eu le temps de les lire bien évidemment, mais je pense que j’en prendrai aussi cette année. Un peu moins car en général, on n’a pas le temps.  Et puis le spectacle de la mer suffit à se changer les esprits !

Vous avez souvent croisé des animaux ?
Oui, et plutôt trop que pas assez ! (rires) Il y en a partout ! C’est aussi le bonheur qu’on a de naviguer, on rencontre beaucoup d’animaux, la faune marine est très dense et les oiseaux sont omniprésents… D’ailleurs, il faut que j’amène un livre sur les oiseaux parce qu’il y en a tellement et c’est bien de pouvoir les reconnaître. Sur la dernière Barcelona (World Race), j’avais un spécialiste avec moi, Sébastien Audigane, qui connaît tous les oiseaux. Donc voilà, c’est ça que je vais prendre comme livre ! Et puis bien sûr il y a des mammifères, des poissons... J’espère que j’aurai moins de baleines que d’habitude ! J’ai l’impression que mon bateau rouge les attire un peu. Ça va peut être devenir ma superstition… (rires) J’ai eu quelques accidents récents et ce n’est bien ni pour nous, ni pour elles.

 

« On a une chance inouïe de vivre sur cette putain de planète »

 

VENDEE GLOBE 2012 - GROUPE BEL - SKIPPER : KITO DE PAVANT (FRA) PHOTO : VINCENT CURUTCHET / DARK FRAMEQuel fut votre moment le plus difficile en mer ?
Le démâtage sur le Vendée Globe. Il y en a d’autres mais ça a été le moment le plus difficile, surtout émotionnellement. C’était dur. Même les victoires sont parfois dures à encaisser, c’est beaucoup de joie, beaucoup d’émotions, et c’est quelque chose d’assez terrible à vivre. Et sur ce démâtage, ce qui a été difficile c’est que dans des histoires comme celle du Vendée Globe, on embarque du monde avec soi. Avec Bel, j’avais 12 000 personnes avec moi. Il y a beaucoup d’enthousiasme autour de ce projet. C’est vrai aussi que nous étions dans une phase très euphorique. Quand je suis parti pour le Vendée Globe, je partais fleur au fusil, j’y allais pour la gagne. Tout le monde avait mis beaucoup d’énergie dans le projet, avait fait un boulot de dingue, et tout est retombé d’un coup. Quand il y a des déceptions comme celle-ci, on se retrouve seul à porter un poids énorme. Et c’est compliqué. Surtout que j’ai mon sponsor qui était présent à mon retour, ainsi que tous ceux qui m’avaient suivi. Et voir tout ce monde, à 3h du matin, pour m’accueillir, me soutenir… Ça fait chaud au cœur. Les mauvais moments peuvent aussi en apporter des bons. Mais ça reste quand même ancré…

Vous avez un joli souvenir en particulier à partager avec nous ?
Je crois qu’il y a une chose qui m’a vraiment marqué… C’est quand j’ai gagné la Solitaire du Figaro. Je n’étais pas préparé à ça. Même si j’avais l’ambition de le faire, pour moi c’était vraiment quelque chose d’inaccessible. Et c’était vraiment bien. C’étaient des potes qui me sponsorisaient et c’était vraiment sympa.

Que vous ont apporté vos nombreuses navigations sur tant de mers et d’océans, sur le plan sportif et sur le plan humain ?
D’abord, on se sent tout petit. On a une chance inouïe de vivre sur cette putain de planète. C’est quelque chose d’incroyable, et quand on a la chance d’en faire le tour, on se rend compte que ça ne se reproduira peut-être pas deux fois. Et qu’il faut qu’on fasse attention, il faut arrêter nos conneries. Et je réalise aussi que j’ai la chance de faire un métier incroyable… qui ne sert strictement à rien. Et c’est ça qui est fantastique. Ce que je fais ne sert ni à rien ni à personne. Il y a des gens qui l’utilisent, ça fait vivre pas mal de monde… Mais faire le tour de la planète, ce n’est pas faire quelque chose d’utile. D’ailleurs, on en revient différent. Pas forcément mieux qu’avant de partir, je pense même qu’on en revient pire. Déjà que la moitié des marins solitaires sont un peu caractériels, je ne suis pas sûr que partir seul pendant trois mois améliorent les choses de ce côté-là, bien au contraire ! (rires) Mais ça marque, ce sont des projets extrêmement forts. De manière personnelle, ce sont des projets difficiles mais très enrichissant à monter, surtout en termes de relations. Ce qu’on fait avec Groupe Bel et tous les gens de l’entreprise, des usines, c’est énorme. En Syrie, en Egypte, en Turquie, aux Pays-Bas, aux Etats-Unis… Partout dans le monde. Les gens que j’ai rencontrés récemment au Maroc et en Algérie à qui je raconte mon métier et qui m’ont accueilli comme un prince, c’est impressionnant. Avec l’équipe technique aussi et les centaines de personnes qui ont travaillé sur le projet. Les autres sportifs, les personnes qui tournent autour de tout ça… C’est exceptionnel. J’ai une vie exceptionnelle, tout simplement. J’en ai conscience et on ne me l’enlèvera pas.

kito de pavant, groupe bel

 

 

 

 

 

 

 


Aurélia MOURAUD
Tony DAVID

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