Andrea Golding : « Un grand stratège »
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Un jour, un skipper - Alors que Mike Golding va prendre part à son quatrième Vendée Globe, Andréa, sa femme, prépare ce moment avec détachement. Néanmoins, elle sait que ces trois mois de course seront difficiles à gérer émotionnellement.

Andrea Golding, quand Mike vous a-t-il annoncé qu’il allait participer au Vendée Globe 2012-2013 ? Et comment avez-vous réagi ?
Franchement, nous n’avons jamais eu vraiment besoin d’en parler. Ça n’a pas été un choc pour moi, je savais que ça allait arriver. Après l’édition 2008 (ndlr : Mike Golding avait du abandonner alors qu’il était en tête), la réaction immédiate de Mike avait été très claire, il ne pensait qu’à une chose : repartir. Ensuite est venue la partie la plus difficile : faire ce qu’il fallait pour que le rêve devienne à nouveau réalité. En ce qui concerne ma réaction, j’ai bien sûr des sentiments mitigés. La première fois, Mike a dit qu’il ne ferait le Vendée Globe qu’une fois et pour moi c’était très bien comme ça. Puis l’édition suivante est arrivée et il est reparti, et celle d’après, et puis maintenant celle-ci ! J’ai largement eu le temps de m’habituer…
Et que ressentez-vous maintenant ?
J’aime beaucoup cette période car on sent que l’intérêt et l’excitation du public pour la course est vraiment de plus en plus fort. C’est vraiment fabuleux pour nous de voir que tout le monde est derrière Mike pour le soutenir. Mais il y a aussi beaucoup de tension. Depuis quelque temps, Mike se réveille régulièrement en plein milieu de la nuit et évidemment moi aussi ça me réveille. En ce moment, il y a tellement de choses importantes auxquelles il faut penser puisqu’on entame la toute dernière phase de préparation. Et je ne vous cache pas qu’il y a forcément un peu d’inquiétude aussi. Mais quelle que soit mon humeur, j’essaie de ne pas trop perturber Mike, je ne lui parle pas de ce que je ressens. La priorité, c’est de lui apporter tout mon soutien pour que, émotionnellement, il puisse aborder cette période du mieux possible.
Si vous deviez décrire votre mari en quelques mots…
C’est quelqu’un de très déterminé et de très concentré. Il sait exactement ce qu’il veut et ce qu’il veut faire. Ces deux mots, déterminé et concentré, décrivent aussi très bien Mike en tant que navigateur. Même le plus minuscule des détails va avoir de l’importance pour lui, ce qui peut parfois être assez pénible pour les gens qui travaillent avec lui. On pense que quelque chose est réglé et on est prêt à passer à autre chose mais Mike, lui, va vous dire : « Non, on peut encore faire mieux, ce n’est pas fini ». En mer, il recherche toujours le détail qui peut faire la différence et c’est un grand stratège, il garde toujours un œil sur ses concurrents et sur leurs positions. Dès que quelque chose se passe en course, Mike va immédiatement réfléchir aux conséquences et à l’impact que ça peut avoir pour lui, comme un joueur d’échecs.
Dans ce Vendée Globe, qu’est-ce qui sera le plus important pour Mike, le plaisir ou la compétition ?
Je ne parlerais pas de plaisir, non, je ne pense vraiment pas que cette course soit une partie de plaisir. Loin de là. Ce qui fait avancer Mike, c’est vraiment la compétition, le fait d’être en mer, sur son bateau et de se mesurer aux autres skippers. Même ici, en famille, Mike ne prend pas de plaisir à naviguer. Il a un but, celui d’aller du point A au point B, et pour ça, il a un plan qu’il applique. Ça, c’est sa vision de la navigation.
« Il met en général pas mal de temps à se décider »
De votre point de vue, est-ce que sa préparation a changé depuis 2008 ?
Le principe de base est resté le même : tirer les leçons des expériences passées. Mais Mike a quatre ans de plus que la dernière fois et il a dû en tenir compte et se demander ce que ça impliquait concrètement, notamment au niveau de son hygiène de vie et sa préparation physique et physiologique. Et puis mentalement, il s’est posé des questions sur son rythme de sommeil et sa façon de gérer les temps faibles. Mike est quelqu’un qui prend vraiment son temps avant de prendre une décision ou de relever un défi, il met en général pas mal de temps à se décider. Du coup, quand vous le regardez, il ne fait pas toujours ce qu’on pense qu’il est en train de faire. Vous le voyez regarder la télé, par exemple, mais en fait il est dans ses pensées, en train de réfléchir et d’envisager différentes possibilités. Et au final, il va prendre une décision et vous en parler mais il se sera parfois passé plusieurs mois.
Après le départ du Vendée Globe, à quoi va ressembler votre journée-type ?
Mes journées ne vont pas changer tant que ça même si, évidemment, la course y occupera une grande place. On suivra ce qui se passe et on recevra des informations venues directement du bateau. Et moi, je sais que je passerai mon temps à me demander comment ça se passe à bord pour Mike, où il est, ce qu’il fait, pense ou ressent… Tout ça aura une grande importance mais la vie continuera normalement par ailleurs. Je me lèverai le matin, j’accompagnerai Soren (ndlr : leur fils de 9 ans) à l’école, j’irai travailler… Cette routine est très importante pour Soren.
Est-ce que Soren et vous avez préparé des petits cadeaux pour Mike, qu’il emportera avec lui à bord ?
Bien sûr ! Nous avons réfléchi à des petites choses, des poèmes que Soren a commencé à écrire dans sa tête et des petits cadeaux à acheter ou à fabriquer. Et nous mettrons tout ça dans une jolie boîte.
Pendant la course, comment allez-vous communiquer avec Mike?
Soren et Mike se parleront par email, ce qui leur permettra de rester en contact quotidiennement. On essaie de ne pas téléphoner à Mike, on ne veut pas tomber à un mauvais moment et le déranger. C’est lui qui nous appelle quand il peut. Ça tombe parfois au beau milieu de la nuit pour nous mais tant pis…
« Soren ne voit pas du tout son papa comme une star »
La participation de Mike au Vendée Globe va nécessairement avoir un grand impact sur votre famille…
Oui, absolument, les choses vont bien évidemment changer une fois que la course aura commencé et que Mike ne sera plus avec nous. Nous commençons déjà à le ressentir, surtout Soren. Il a vu son père prendre la mer, revenir, puis repartir à nouveau… Bon, cette fois-ci, Mike part pour longtemps mais Soren s’y est préparé. Et puis son école est vraiment derrière Mike, ils suivront sa progression tous les jours et, en classe, ils aborderont des thèmes en rapport avec la mer, avec la course, et avec ce que Mike vit. Soren va se retrouver au cœur de quelque chose de formidable pour lui et pour les autres enfants, quelque chose d’assez incroyable et dans lequel son père est directement impliqué. Donc pour lui, l’absence de Mike ne sera qu’un élément inhabituel parmi d’autres.
Soren a un père qui est une super star. Est-ce qu’il en est conscient ?
En fait, Soren ne voit pas du tout son papa comme une star. Ses amis ou ses camarades d’école comparent Mike à James Bond et, quand il est allé parler à la classe de Soren, certains enfants sont revenus chez eux le soir en disant à leurs parents : « Nous avons eu la visite de James Bond à l’école aujourd’hui, il nous a parlé de tour du monde à la voile ». Mais pour Soren, Mike n’est pas un héros. Ses camarades de classe lui disent : « Ton père est génial ! ». Et lui, il répond : « Tu sais, ce n’est que mon père… »
Une fois le départ de la course donné, les choses vont devenir plus compliquées et plus stressantes pour vous…
C’est sûr, il y aura des moments difficiles. Je sais que Mike va devoir affronter des conditions très dures par moment. Et moi, je me réveillerai en plein milieu de la nuit en entendant la pluie et le vent dehors, et je penserai bien évidemment à Mike et à tout ce qu’il doit affronter. Je n’aime pas ces moments-là, vraiment pas, parce qu’on s’inquiète. Mais en fait, on ne peut absolument rien y faire, on ne peut rien changer. Et s’il y a de la casse à bord ou un gros problème, on veut à la fois qu’il essaie différentes choses pour contourner le problème ou trouver une solution mais on meurt aussi d’envie de lui dire de jouer la sécurité et de se sortir du danger à tout prix, même si ça veut dire arrêter la course. Entre les deux extrêmes, le juste milieu n’est pas évident à trouver, c’est parfois un sacré dilemme. Bien sûr, je veux qu’il donne tout ce qu’il a pour finir la course avec le meilleur classement possible. Pour ça, je veux l’aider à prendre les bonnes décisions, et ça passe parfois par lui demander tout simplement quand il a mangé ou dormi pour la dernière fois et lui rappeler le plus poliment possible qu’une sieste ou un bon repas peuvent l’aider à résoudre ses problèmes. Et puis parfois, je suis beaucoup moins polie avec lui mais ça ne le gêne pas plus que ça car il sait qu’au final, c’est pour son bien.
Assisterez-vous au départ aux Sables d’Olonne?
Oui, j’y serai, même si je déteste les départs. Il y a tellement de bateaux dans une zone si limitée que j’ai toujours peur qu’un accident se produise juste sur la ligne de départ. Mais nous y serons !
Cécile VERIN
