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Vincent Riou : « Je vis en regardant devant moi, le reste ne m’intéresse pas »

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Un jour, un skipper - Seul ancien vainqueur au départ de cette édition du Vendée Globe, Vincent Riou (PRB) espère bien inscrire une nouvelle fois son nom au palmarès de l’épreuve. Vincent « Le Terrible » nous raconte son Vendée Globe avec beaucoup d’humilité.

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Vincent Riou
© Vincent Curutchet / DPPI

>>> Le portrait de Vincent Riou, c'est ici

Vincent Riou© Vincent Curutchet / DPPIVincent Riou, comment vous sentez-vous à l’approche du départ ?
Je me sens bien. Nous sommes en train d’ajuster les dernières petites bricoles et faire en sorte que tout soit parfait. On n’a jamais été prêt comme aujourd’hui. C’est normal parce qu’avec les années, on progresse, le niveau monte et il est normal que tout le monde soit de plus en plus prêt. Cela nous permet d’avoir une certaine sérénité. Ne plus avoir à trop s’occuper du bateau apporte un certain confort.

Avec vous il se passe toujours quelques choses sur le Vendée, entre votre victoire il y a huit ans et le sauvetage de Jean Le Cam lors de la précédente édition, qu’est ce que vous nous préparez cette année ?
Je ne prépare rien, on verra bien. C’est ça le Vendée Globe. Si on savait à l’avance ce qui allait se passer on ne viendrait pas. C’est un peu la caractéristique de toutes les grandes aventures. Quand on part, on ne sait pas bien où l’on va, on ne sait pas bien ce qui va se passer. Je suis venu pour essayer de vivre une expérience proche de celle que j’ai vécue en 2004-2005, c’est-à-dire un match sportivement intéressant. Maintenant, on sait bien que le Vendée reste le Vendée et qu’il peut se passer des tonnes de choses.

Vous êtes justement le seul concurrent de cette édition à avoir remporté un Vendée Globe, comment gérez-vous ce statut ?
Je ne sais pas s’il faut le gérer. Ce qui m’intéresse aujourd’hui c’est le Vendée Globe 2012, le reste c’est du passé, c’est de l’histoire ancienne. Ce sont des bons moments mais ce n’est pas l’essentiel de ce que je suis venu faire ici. Je me concentre uniquement sur ce que je vais faire là. C’est sûr que cela apporte un certain statut, une certaine notoriété. Depuis huit ans j’ai pris l’habitude de l’assumer, de vivre avec. Cela ne me perturbe pas plus ça.

 

« Je n’aurai pas beaucoup de regrets sur les moyens que j’y ai mis »

 

Vous ne cachez pas vos ambitions pour ce Vendée Globe. Quels moyens vous êtes-vous donnés pour les atteindre ?
On se donne toujours tous les moyens qui nous semblent nécessaires. Le problème c’est que c’est tellement complexe de préparer un Vendée Globe, qu’on n’est jamais à l’abri d’être passé à coté de quelque chose. Je pense que je n’aurai pas beaucoup de regrets sur les moyens que j’y ai mis. J’y ai passé énormément de temps, énormément d’énergie. Avec l’équipe on a beaucoup travaillé pour arriver prêt à cet objectif. L’idée c’est de partir avant tout sans regret et confiant dans le travail accompli.

Vincent Riou© Vincent Curutchet / DPPIVous êtes-vous préparés avec des spécialistes ?
Je suis allé chercher des compétences là où je pensais avoir des lacunes. Dans d’autres domaines j’ai continué les démarches déjà entreprises. C’est une somme de compétences tellement importante qu’il faut acquérir pour être prêt au départ du Vendée Globe qu’il faut être un bon généraliste mais on ne peut pas être à fond dans tous les domaines. C’est à nous de régler les curseurs et pour savoir s’ils ont été bien réglés, il n’y a qu’à la fin de la course qu’on pourra compter les points.

Pouvez-vous nous parler un peu de votre bateau ?
Le bateau PRB a été conçu et pensé pour faire le Vendée Globe sans aucune concession. Il doit s’exprimer dans les mois à venir. J’ai hâte d’y être parce que je pense avoir fait des choix qui sont assez radicaux mais qui vont beaucoup me faciliter la vie dans cette compétition.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
C’est un bateau qui est fait pour naviguer à une seule personne à bord. Il a été conçu pour être rapide, certes à 100% de son potentiel, mais aussi pour être plus performant que ses concurrents quand on navigue à des pourcentages inférieurs des potentiels de vitesse. J’ai vraiment voulu faire un bateau de solitaire, un bateau fait pour naviguer vite dans le temps et de manière facile.

Certains skippers vont jusqu’à ne pas peindre l’intérieur de leur cabine pour gagner en légèreté, est-ce que vous en êtes arrivé à ce niveau de détail ?
PRB n’est absolument pas peint à l’intérieur. Ce sont des choix que chacun fait. On a voulu faire un bateau surtout solide et tout ce qui n’était pas indispensable n’a pas eu lieu d’être installé.

Auriez-vous une anecdote à nous raconter sur la préparation du bateau ?
J’ai été un client très exigeant, parfois insupportable. Il y a des gens qui ont dû me détester tellement j’ai été pointilleux.

 

« Il n’y a pas de recette miracle, on travaille simplement »

 

Votre collaboration avec PRB dure depuis près de dix ans, quelle relation entretenez-vous avec votre sponsor ?
On a une vraie relation de confiance qui s’est créée, on travaille en équipe. Ils essayent de me faciliter la vie pour tout l’aspect technique et sportif. Même si nous n’avons pas forcément d’aussi gros moyens que certaines écuries, nous arrivons à rester au niveau parce qu’il y a un vrai travail d’équipe entre le partenaire et le marin. J’essaye de faire mon maximum pour qu’ils arrivent à rentabiliser leur projet, à faire en sorte que le projet contribue à faire grandir l’entreprise et accompagne leur croissance. Il n’y a pas de recette miracle, on travaille simplement, en essayant d’être le plus efficace possible. Tout le monde est satisfait et c’est pour cela que cette vieille histoire continue. Et en plus c’est une belle histoire.

Vincent Riou© Vincent Curutchet / DPPIC’était une évidence à votre retour il y a quatre ans que vous repartiriez pour un troisième Vendée Globe avec PRB ?
Non pas forcément. En revanche, il était évident que si je repartais sur un troisième Vendée, c’était avec PRB.

Pouvez-vous nous décrire la course avec vos propres mots ?
Le Vendée Globe, c’est une course avant tout, c’est pour cela qu’on y va. C’est aussi une aventure, il ne faut jamais l’oublier. Il y a toujours une part d’inconnu dans ce qui va se passer, là où l’on va. Et c’est ça l’ADN de la course. C’est ça qui nous intrigue, qui nous pousse à y aller, qui nous pousse à revenir. On peut faire plusieurs Vendée Globe, mais ne jamais vivre la même chose, ne jamais vivre les mêmes aventures, les mêmes expériences.

Quels sont les concurrents que vous redoutez particulièrement ?
Il y a beaucoup de concurrents que l’on redoute. Celui qui se pense le meilleur il faut qu’il fasse attention. Il y a plein de paramètres qui rentrent en jeu dans la réussite d’un projet comme le Vendée Globe. L’histoire a montré que ce n’était pas forcément le bateau le plus rapide, le skipper le plus affûté qui gagnait. Il faut rester très humble par rapport à la performance. Il y a certes quelques concurrents qui sont mieux armés que les autres pour y arriver mais ça ne suffira pas.

 

« Les marins ont une vie proche de celle de monsieur tout le monde »

 

D'où vous vient cette passion pour la voile ?
J’ai toujours aimé naviguer, j’ai assez vite vu ma vie autour de la mer, autour de la voile. J’ai fait le choix de m’investir à fond là dedans et cela m’a permis d’en faire mon métier. Je suis un privilégié parce que j’ai fait de ma passion mon métier. C’est assez extraordinaire. Je ne me suis jamais posé la question de faire autre chose.

Vincent Riou 2012© Jean-Marie Liot / DPPIEst-ce que votre famille vous a soutenu dans ce choix de vie ?
Ça vient petit à petit. Mes parents ne sont pas forcément des gens qui adhèrent à ce genre de chose, surtout quand, au lycée, on leur annonce qu’on arrête nos études et qu’on part naviguer. Ça ne leur  fait pas forcément plaisir. Mais on ne peut pas leur en vouloir, ce sont des parents. Aujourd’hui, ils sont contents que je vive ma vie, que je vive ma passion, que je fasse ce qui me plait. Je crois que c’est quand même essentiel.

Comment est-ce que vous gérez votre vie de famille ?
Comme pour n’importe quel métier qui prend du temps. Ce n’est pas très compliqué, je pense que les marins sont des gens assez simples, qui ont une vie plus proche de celle de monsieur tout le monde que beaucoup d’autres sportifs. Une famille c’est un travail d’équipe, il faut la gérer à deux. Il faut être bien organisé, il n’y a rien de très compliqué.

Vous allez passer Noël et le jour de l’An seul, est-ce que ce sont des jours comme des autres sur un bateau ?
Ce sont des jours comme les autres, ça c’est sûr. Mais on a aussi un petit pincement au cœur parce que c’est embêtant d’être loin de ses proches. Mais on n’a rien sans rien. Pour faire des choses comme le Vendée Globe on sait qu’il y a des sacrifices à faire, avant, pendant, après.

Est-ce que vous ressentez la solitude ?
On la ressent rarement.

En tant que marin est-ce que vous vous sentez concerné par le respect de l'environnement et le développement durable ?
Je ne sais pas si cela à grand chose à voir avec la vie de marin, mais plutôt avec la vie de citoyen. Bien sur que l’on se sent impliqué là dedans, on est tous conscient qu’il va falloir trouver des solutions pour être dans un modèle de développement plus durable qu’il ne l’est aujourd’hui. On commence à y penser, à y travailler. Aujourd’hui on fait un maximum attention. Après c’est comme ça dans tous les domaines, le changement ne va pas s’exécuter du jour au lendemain. Il faut falloir un petit temps d’adaptation.

Quels sont vos meilleurs souvenirs de mer ?
Il y en a plein. Je vis en regardant devant moi, le reste ne m’intéresse pas.

Romain DELAUME

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