Rétrospective : il y a trois ans, les fêtes de fin d’année n’étaient pas un cadeau pour la flotte du Vendée Globe, malmenée par la furie des mers du Sud. Accident et sauvetage de Yann Eliès, prise de pouvoir par un Michel Desjoyeaux revenu de nulle part, conditions dantesques pour tous : retour sur des journées qui ont marqué à jamais l’histoire du Vendée Globe.
18 décembre 2008, 39e jour de course. Le sixième Vendée Globe prend une tournure dramatique. Après les abandons de Loïck Peyron, Dominique Wavre, Bernard Stamm, Mike Golding et Jean-Baptiste Dejeanty en l’espace d’une semaine ; c’est au tour de Yann Eliès de subir les affres d’un impitoyable océan Indien. Ecrasé entre l’étrave de son bateau et le mur d’eau dans lequel Generali a violemment planté, Yann se brise le fémur. A la faveur de ressources insoupçonnées, il parvient à ramper pour rejoindre l’intérieur de son bateau et contacter son équipe à terre. Seul, à 800 milles au Sud de l’Australie, Yann souffre atrocement. « L’attente des secours a été terrible. Chaque mouvement était un supplice », racontera-t-il quelques jours plus tard sur son lit d’hôpital à Perth. Dans ces moments douloureux, Yann peut heureusement compter sur la proximité de Marc Guillemot, venu lui porter assistance. Un soutien psychologique et un réconfort moral essentiels pour Yann : « Grâce à Marc, j'ai retrouvé un semblant d'énergie et de motivation pour tenter de récupérer des médicaments et de la boisson. Millimètres par millimètres, avec d'infinies précautions, j'ai pu mettre la main sur des médicaments anti douleur, et sur une canette de soda ». Aux termes de 48 heures interminables, Yann Eliès est évacué sain et sauf par les sauveteurs australiens. Fin du calvaire pour le skipper briochin et soulagement pour tous. Les images du sauvetage feront le tour du monde car cette incroyable aventure aura suscité une vive émotion et un véritable déferlement médiatique.
La course continue
Solidaires de Yann mais conscients que la course doit continuer, les 18 solitaires encore en course poursuivent leur marche en avant. Aux commandes de la flotte depuis le 16 décembre grâce à une prodigieuse remontée, Michel Desjoyeaux impose une cadence infernale à ses poursuivants. Roland Jourdain s’accroche ; Jean Le Cam et Sébastien Josse, plus prudents, concèdent un peu de terrain. Le quatuor de tête aborde le Pacifique le 20 décembre, pas mécontent d’en finir avec un funeste Indien. Mais le nouvel océan qui se profile devant leurs étraves n’a de Pacifique que le nom, et certains vont en faire l’amère expérience… En attendant, Mich’ Desj’ assied chaque jour un peu plus son emprise sur ses trois acolytes. Derrière, Vincent Riou et Armel Le Cléac’h n’abdiquent pas, prêts à exploiter le moindre faux pas pour revenir au contact. Le 23 décembre, les bateaux de tête franchissent le cap symbolique de la mi-course.
Réveillon dans la baston
Justifiant sa réputation de zone maritime inhospitalière, le Pacifique n’a pas prévu de trêve de Noël pour les skippers du Vendée Globe, bien au contraire ! Au menu pour tous, une succession de dépressions qui engendrent vents violents et mer casse-bateaux. On a connu plus beaux cadeaux… Mais certains font contre mauvaise fortune bon cœur, à l’instar d’Armel Le Cléac’h : « C'est Noël, même si à bord c'est un peu ambiance rock 'n' roll. Pas idéal pour profiter des cadeaux, mais c'est sympa. J'ai fait un bon repas hier soir, un peu de canard avec un peu de vin rouge, ça change de l'eau dessalinisée ». Contraint de s’arrêter dans les désertiques îles Auckland pour réparer son rail de mât arraché, Marc Guillemot vit lui aussi un Noël inédit, au milieu des phoques et des éléphants de mer.
Lors des vacations radio, le vocabulaire utilisé par les navigateurs en dit long sur les conditions rencontrées, tout simplement dantesques. « Impressionnant ! » s’exclame Roland Jourdain. « Vraiment l’enfer ! », renchérit Jean Le Cam. « Y a de quoi traumatiser un mec ! », confirme Vincent Riou. Et ce n’est qu’un florilège. De fait, on a rarement entendu des marins si expérimentés employer des termes aussi forts.
« Des grains à plus de 65 nœuds »
Le 26 décembre, nouveau coup de tonnerre ! Sébastien Josse, alors quatrième, fait les frais des éléments en furie. Balayé par une déferlante plus violente que les autres, son bateau reste couché de longues minutes, le haut du mât dans l’eau, avant de se redresser. « Je faisais pourtant route prudemment avec trois ris et la trinquette », explique Sébastien. « Mais les conditions étaient affreuses avec des déferlantes et des grains à plus de 65 nœuds, de la grêle et de la neige ! ». Le skipper de BT repart mais les dégâts consécutifs à cette mésaventure l’obligent à jeter l’éponge le 29 décembre. Sage mais douloureuse décision pour Sébastien : « la dure loi du Vendée Globe a sévi, il faut tirer sa révérence ».
La litanie des avaries et des abandons se poursuit les jours suivants. Le 29, quelques heures après Seb Josse, le Canadien Derek Hatfield renonce à son tour, barres de flèches cassées. Puis, le 31 décembre, Jean-Pierre Dick percute un growler et abandonne. Insatiables mers du sud…
Au premier jour de l’année 2009, quinze bateaux sont encore en course, sur les trente qui ont pris le départ des Sables-d’Olonne : la moitié de la flotte a été décimée ! Un océan sépare alors les leaders – qui ont le mythique cap Horn en ligne de mire – des derniers concurrents qui naviguent encore dans l’Indien. En tête, la lutte bat son plein entre Michel Desjoyeaux, Roland Jourdain et Jean Le Cam. La route jusqu’aux Sables-d’Olonne est encore longue et certains concurrents n’ont pas fini de manger leur pain noir. Mais ceci est une autre histoire…