Marc Guillemot (Safran) à la vacation du jour : « La stabilité du bateau sans quille, ce n'est pas Bilou qui va me contredire, est vraiment surprenante. J'ai navigué avec trois ris/trinquette, les ballasts pleins, dans un vent pas très violent. J'ai eu un début de journée un petit peu actif et ça m'a vraiment fait du bien d'avoir du calme. Ça me fait marrer, parce qu'on va croire que je ne peux pas m'en empêcher, mais je suis monté au mât pour défaire le bout qui maintenait le brelage. Une fois en haut, j'en ai profité pour descendre la grand voile qui n'était pas bien descendue. De retour sur le pont, je me suis rendu compte, idiot, que j'avais laissé le bout du brelage en haut. Donc, je suis remonté et j'ai rattrapé le coup. Je me marre, mais je suis un peu rincé. C'est vrai que sur ce Vendée Globe, si je n'avais pas un peu relevé les manches et bricolé avec les mains, ça fait longtemps que j'aurais fait demi-tour. Je ne suis pas un malade de la bricole, mais j'ai vraiment été obligé de m'y mettre, car il y a en permanence des choses à gérer. La situation ne m'amuse pas vraiment, j'ai fait trois routages différents et je pense que je vais prendre une route très Nord, sous Code zéro. Je pense qu'une arrivée lundi, le 16, c'est quelque chose de réaliste et pour ce qui est du podium, hier matin il était visible à l'œil nu, l'après-midi avec des jumelles et là, j'y crois toujours mais avec un optimisme de plus en plus modéré... Je pense que ça va plutôt être en faveur de Samantha. Ceci dit, il faudra qu'elle vienne la chercher sa troisième place, je vais quand même essayer d'être combatif ! Hier soir, j'ai eu un message de Yann, il m'a conseillé de jouer la prudence, c'était très sympa, ça m'a touché au cœur.
C'est assez surprenant, parce que j'ai eu les commentaires de Bilou par rapport à un bateau qui navigue sans quille, et comme je le disais, j'ai une grande stabilité. J'ai marché à quatorze ou quinze nœuds et plus ça accélérait, plus Safran se stabilisait. On se sent presque en sécurité : j'ai dormi avec l'écoute à la main, mais j'ai dormi comme un loir. Tout ceux qui ont navigué en dériveur savent mieux que moi qu'un bateau sans quille est relativement stable, mais il faut être un peu plus aux écoutes. Si tu veux pousser un peu, il faut vraiment gérer, une écoute à la main et la barre dans l'autre. »
A la uneBrèves
Un air de dériveur
10.02.2009Difficiles estimations
10.02.2009Les ETA (Estimated Time Arrival) restent très aléatoires en raison des conditions anticycloniques de calmes sur l'arrivée dans le golfe de Gascogne. Les solitaires vont devoir faire une route très Nord pour tenter de contourner cette bulle. Mais Samantha Davies (Roxy) n’est pas attendue avant samedi, la Britannique estimant quant à elle qu’elle pourrait franchir la ligne d’arrivée dimanche. Pour Marc Guillemot (Safran), un final lundi est possible s’il n’y a pas trop de pétole. Quant à Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) et Dee Cafari (Aviva), il semble raisonnable de tabler sur une arrivée à partir de lundi midi, avec une marge de 48 heures…
Petit temps en perspective
10.02.2009Samantha Davies, dans un message envoyé cette nuit :
"Moins de 900 milles, l'arrivée semble se rapprocher ! Bien qu'à partir de maintenant, Roxy va commencer à ralentir, se faisant prendre dans les hautes pressions qui nous foncent dessus. Encore une fois, je vais avoir quelques jours de frustration dans du vent faible - l'Atlantique teste vraiment mes capacités de navigation sous peu de vent ! Et mon rêve d'être à la maison pour la Saint Valentin semble difficile à concrétiser ! Au lieu d'essayer d'éviter ces hautes pressions, ce qui semble presque impossible, j'essaye de mettre Roxy au meilleur endroit pour attraper le vent de l'autre côté ! Plus facile à dire qu'à faire, car les données météo sont assez vagues !
Cependant, je suis incroyablement heureuse de la météo pour Marco, car le vent faible va lui permettre d'atteindre l'arrivée en sécurité. Après tout ce qu'il a fait, il mérite d'y être et je garde les doigts - et tout le reste - croisés, pour que tout aille bien pour Safran et lui.
Hier était une journée humide et agitée, mais rapide et drôle ! Une fois le vent tombé, j'ai eu beaucoup de choses à faire, défaire les ris et changer la voile d'avant... maintenant, nous sommes à pleine voilure. Roxy est propre, lavé par les tonnes et tonnes d'eau qui ont rincé le pont et le cockpit ! Maintenant, le temps devrait les sécher et je vais devoir faire attention à ne pas renverser mon thé ou mon repas sur le pont car il n'y aura probablement plus de telles conditions "machine à laver" !"
Des vacations maintenues
10.02.2009En raison des dégâts causés par la tempête sur le Village Arrivée du Vendée Globe, il n’y aura pas de vacation publique avec les coureurs encore en course. La tente où est stocké le matériel a été endommagée. Elle est fermée au public, jusqu’à nouvel ordre. Mais l'équipe rédactionnelle téléphonera aux skippers en mer pour une vacation en direct sur le site Internet.
76 nœuds à l’île d’Yeu
10.02.2009Des rafales de 76 nœuds (136 km/h) ont été enregistrées à minuit à l’Île d’Yeu et 72 nœuds au Château d’Olonne vers une heure du matin, au plus fort de la tempête. A port Olona, l’anémomètre de Brit’Air, au ponton depuis samedi dernier, a affiché 63 nœuds !
Les explications de Marc Guillemot
09.02.2009Le skipper de Safran a été contacté vers 16h30 lors d’une vacation exceptionnelle. Il revient sur les éventements de ces dernières heures.
Les causes, les réparations
« Ce qui s‘est passé est la conséquence, je pense, d’une vieille histoire. Sous les Kerguelen, j’avais cartonné un gros mammifère marin. J’étais passé d’un coup de 20 à 0 nœud. Et depuis quelques temps, j’avais l’impression que la quille donnait des coups de raquette. Ça s’est amplifié après les Açores. Et hier, la quille a commencé à se balader d’avant en arrière. Sous les conseils de Guillaume Verdier (un des architectes du bateau, ndr), j’ai sécurisé tout ça pendant une bonne partie de la nuit avec un système de brelage qui passait par le pont et qui était repris sur le winch au pied de mât. Je suis arrivé à bloquer la quille et j’étais content de mes finitions. Quand j’ai tout terminé il y a quelques heures, je suis allé à l’extérieur pour retendre le brelage et là, j’ai été étonné de voir que ça montait très haut. Quand je suis revenu à l’intérieur, j’ai constaté que tout était parti.
Soulagé sans sa quille
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, j’ai dit ‘ouf’. Parce qu’avoir un pendule de trois tonne qui se ballade 4,5 mètres sous l’eau, c’est terrible. On sait qu’on risque de tout casser. Une fois que la quille est tombée, j’étais soulagé. J’avais déjà rempli mes ballasts et préparé ma sécu. Sans la quille, c’est moins tressant, vous ne pouvez pas vous imaginer !
Configuration actuelle
En ce moment, j’ai tous les ballasts au vent remplis. Je dois avoir 5 à 6 tonnes d’eau qui me permettent de tenir en équilibre. Je suis sous trois ris et foc de route, je marche à 10/11 nœuds. La mer est encore relativement agitée, mais le vent est bien descendu, je dois avoir 12 à 13 nœuds.
Objectif : terminer la course
Pour l’instant, je continue ma course. J’ai vraiment, vraiment envie d’arriver aux Sables d’Olonne. Pour la troisième place, ça risque d’être bâché mais je veux finir, quelle que soit ma position à l’arrivée…
Je suis un peu rincé. Tout cela a demandé beaucoup de travail toute la nuit et ce matin… et vous imaginez le ‘bronx’ dans le bateau ; j’ai déjà passé 2h30 à nettoyer et ce n’est pas fini… »