« Il y a dix-sept nœuds de vent en ce moment. Un front est passé la nuit dernière avec une rotation du vent après et plus de brise. Il faut jouer entre accélérateur et frein pour préserver le bateau. J’essaye de rester en accord avec mon rythme : je pense l’avoir trouvé et si je suis un peu en deça par rapport à la tête de la flotte, je sais que le Vendée Globe, c’est long ! En ce moment, il y a des instants privilégiés : à poil dans les embruns pour prendre une douche à l’avant… Il faut tout de même se méfier des énervés qui attaquent : ce fut d’abord Loïck (Peyron), puis Jean (Le Cam), Seb (Josse) et maintenant Mike (Golding). Mais il y a eu un rappel à l’ordre avec l’avarie de gréement de Jérémie (Beyou)… » Yann Eliès (Generali)
A la uneBrèves
Dans son rythme
24.11.2008
La vie dans les alizés
24.11.2008« Maintenant, comme le reste de la flotte, Roxy et moi naviguons au près et le bateau tape fort dans des alizés de Sud-Est. La vie est maintenant passionnante, Roxy est à la gite (30°), bâbord amures. À force d’être dans cette position, ma jambe droite sera bientôt plus longue que la gauche… Il s’ajoute à cela quelques secousses étant donné que la mer est déchaînée. Faire la moindre chose sur le bateau exige une attention particulière et j’ai comparé ça à mon séjour aux sports d’hiver à Avoriaz quand je me retrouvais souvent étendue de tout mon long sur des pentes inclinées. La meilleure chose à faire est de me souvenir ce que Bruno (mon moniteur de ski) me disait : « Plie tes genoux, mets toi debout en travers de la piste et garde toujours le poids sur le ski aval ». Cela semble fonctionner ici aussi. Le vent est pratiquement stable et l’angle signifie qu’il y a juste un petit peu à faire pour que Roxy aille plus vite. Un peu de réglage de voile et à l’occasion remplacer le solent par la trinquette ou vice versa. Cela m’a permis de me reposer. J’ai également fait quelques études météo et aujourd’hui j’ai organisé un peu mieux mon I-pod, le programme que j’avais, m’énervait !!! Le plaisir d’avoir une vue sur mer ne s’arrête jamais, et hier soir, je me suis offert un autre superbe coucher de soleil. J’ai pris une photo pour que vous puissiez également voir. Puis le soleil a été remplacé par une étoile particulièrement étincelante ou peut être était-ce une planète ? J’ai un peu honte de mon manque de connaissance en astronomie. Peut-être que quelqu’un peut m’aider ? A cet instant, mes pensées vont à Jérémy (Beyou) qui essaye de mettre Delta Dore dans un abri où il pourra essayer de réparer son mât. Ce n’est pas juste, il ne méritait pas cette avarie. J’espère tellement qu’il pourra le faire en sécurité sur la côte et je lui souhaite tout le courage dont il aura besoin pour cette réparation, qui je le sais ne sera pas facile. » Samantha Davies (Roxy) par mail
« Comme un lundi »
24.11.2008Message d’Armel Le Cléac’h (Brit'Air)
« Début de 3è semaine à bord de Brit'Air au large du brésil. Ça descend vers le Sud sur une petite route nationale un peu chaotique (mais que fais la DDE brésilienne? ) avant de rejoindre l'autoroute… Tout le monde sur la route est un peu pressé et on essaie de ne pas se faire coincer dans un bouchon. J'ai croisé mon compagnon de route M. Riou cette nuit et maintenant c'est Brit'Air qui prend le côté gauche de la route. Bref pas le temps de s'ennuyer ni non plus de s'arrêter pour une pause déjeuner car ça risque de nous mettre en retard sur le timing prévu… Du coup c'est sandwich en conduisant : attention à la police ! Armel »
Grain de folie
24.11.2008« Pot au noir éprouvant, hier soir, après 24 heures de grains sans arrêt, il y a eu une relative stabilité dans la situation. J'en ai donc profité pour remettre en ordre le bateau, me nourrir et dormir une heure. Eh bien je me suis écroulé pendant quatre heures !!!! Cheminées Poujoulat est sorti de la zone de grains tout seul, naviguant bien réglé au 220° plutôt qu'au 180°. Résultat, je dois me trouver environ 40 milles plus à l'Ouest que prévu, hors des grains mais avec du vent. La zone orageuse était tellement active que ce n'est finalement pas plus mal de s'en éloigner. Hier, je suis entré sous un grain à midi, environ 30 noeuds de vent et pluie battante, à 15 heures, il semble que le grain ce soit renforcé copieusement, le vent est monté aux environs de 40 noeuds pour retomber à 30 environ une heure après et quand je me suis posé pour dormir je n'en étais encore pas sorti. Pour vous donner une idée de la taille du phénomène. Maintenant, place à la réorganisation, parce que faire de la route en plus, sans le vouloir n'est pas forcément au programme. » Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) par mail
« Pour vivre heureux, vivons penchés »
24.11.2008Message de la nuit de Michel Desjoyeaux (Foncia)
« Fa, f'est sûr, si on aime pas quand ça penche, faut pas faire du monocoque, et si on préfère descendre les vagues, faut avoir la patience de remonter contre le vent. On est un peu con en voile, on n'a pas encore inventé les remontées mécaniques, alors on continue avec les peaux de phoques, remarquez, ça a son charme, la peau de phoque, on profite de la nature, comme ici, cinq jours peut-être huit de près sur un seul bord. Si on se souvient de quelques Vendée antérieurs, où on disait "pour gagner le Vendée, faut aller vite dans le Sud, le près, ça sert pas à grand chose". Darwin avait raison, celui qui survit, c'est pas le plus costaud, c'est celui qui s'adapte. Dans le mille, Emile !
Bonne nuit dans un lit à plat.
Mich »
En route vers Bahia
23.11.2008« Je fais route vers Bahia. Cela me permet de rester vent de travers et d'appuyer bien le mât bâbord amure. J'essaie de naviguer gîté pour éviter à la barre de flèche de trop taper dans le tube de mât. J'ai essayé de l’attraper, mais c'est trop violent avec la mer : j'ai failli me faire décapiter. Du coup j'espère qu'elle va pas défoncer le mât avant que j'arrive en eaux calmes, et que le mât va rester debout... La mer tape avec une houle de 1,50 mètre installée et de petites vagues désordonnées, le vent soufle de travers entre 15 et 20 noeuds, je suis sous 3 ris dans la grand voile et foc Orc, la quille sous le vent. Monter là-haut relève de l'exploit pour l'instant : Imaginez une tige de 10 kilos et de 3 mètres de longueur qui tape contre la voile et tourne ... C'est aussi dangereux qu'une pâle de moulin-à-vent. » Jérémie Beyou (Delta Dore) ce dimanche à 18h15.