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Dépêches

 

Le lundi 24 novembre 2008 à 17:34Mouettes tridactyles

Mouettes tridactyles

« Le vent est très irrégulier. Du coup, je passe beaucoup de temps à manœuvrer la grand voile et le (foc) solent même si j’ai le plus souvent un ris dans la grand voile. Je joue également avec le ballast d’inertie quand le bateau tape trop. J’ai l’impression qu’un petit front est passé. Hier soir, après un grain, j’ai eu une heure de pétole (moins de 6 noeuds). J’en ai profité pour affaler la grand voile et inspecter les chariots. À bord, l’ambiance est au saute-mouton. Il fait très chaud et j’ai du mal à manger et à dormir dans la journée. L’avantage avec tout ça, c’est que les panneaux solaires rechargent très bien ce qui m’évite de démarrer le moteur qui est une source de chaleur.
La véranda est toujours en mode penché de gauche à droite, c’est un coup à attraper un torticolis.
J’ai fait tourner la météo et le routage et voici les perspectives pour les prochains jours :
je m’attends à du près – reaching jusqu’au 1er décembre, bâbord amure évidemment avec des adonnantes prévisibles à l’observation des nuages. Pour le paysage, c’est ciel bleu avec des vagues de deux mètres orientées Est – Sud Est. Je vois des mouettes tridactyles que j’ai identifiées grâce à mon bouquin. Elles chassent les poissons volants en criant. Très sympa à voir. » Arnaud Boissières (Akena Vérandas) par mail.

Le lundi 24 novembre 2008 à 17:08L’ange Gabriel

L’ange Gabriel

« J’ai contourné l’île de Santo Antao en fin de nuit, soit en un peu plus d’une semaine ! Beau score ! Cette île culmine à presque 3 000 m d’altitude et j’en ai ressenti le dévent ce matin, alors que j’étais pourtant situé à 100 km en dessous ! L’avion Maisonneuve à Mach 3 depuis une semaine, c’est un peu usant ! Une semaine comme ça, vous comprendrez qu’on ait besoin de se soulager les oreilles ! Je suis bien content d’être au Cap Vert. C’est vraiment un coin que j’adore même si, pendant la Transat Jacques Vabre 2005, nous l’avions surnommé les “îles du calvaire” (faute de vent) et que je m’y étais arrêté pendant la Mini 6.50 pour réparer une barre de flèche… Il y a d’autres bons souvenirs quand même… Mindelo sur l’ile de Sao Vicente, où l’accueil avait été incroyable, notamment par un certain Gabriel (un ange local?), qui m’avait pris en charge pour résoudre tous mes problèmes tout en me faisant découvrir la culture locale, la nourriture, la maison de Césaria Evora, la musique capverdienne… » Jean-Baptiste Dejeanty (Maisonneuve)

Le lundi 24 novembre 2008 à 16:07La toute première fois

La toute première fois

« J'ai franchi l’équateur ce matin à environ 03h30. Je ne me souviens pas de l'heure exacte, mais j'ai ouvert une bouteille du vin, qui m'avait été offerte par Norbert Sedlacek. C'était bien, et j'ai versé un petit peu sur le bateau et j’en ai offert un peu à Neptune en réservant un peu pour moi-même. Il n'y avait pas beaucoup pour moi en fait. C’était ma première fois ! C'est un peu bizarre en fait. C'est marrant de voir le GPS avec les chiffres qui descendent et puis qui remontent. Je suppose que c'était un moment important pour moi, pas seulement parce que c'était ma première fois. C'est comme tout autre plan d'eau en fin de compte, mais du point de vue psychologique, c'est un rappel que je suis toujours en course. Mais je ne vais pas me couvrir de flocons d'avoine refroidis ou me frapper avec une manette de winch, ce qu’auraient souhaité certaines personnes. C'était assez calme et classique et je suis heureux d'avoir traversé sans avoir eut de soucis. Maintenant il faut que je continue de grappiller quelques milles sur ceux qui sont devant et de reprendre un peu du terrain perdu. » Steve White (Toe in the water)

Le lundi 24 novembre 2008 à 15:25Peyron droit vers l’anticyclone

Peyron droit vers l’anticyclone

« Ça avance pas mal depuis cette nuit. Le vent a brutalement tourné dans la bonne direction et souffle à 20 nœuds moyen. Ce n’était pas vraiment prévu par les fichiers. Là, on va droit vers l’anticyclone de Sainte-Hélène. Y aura-t-il un passage à niveau ? C’est possible. Cette descente de l’Atlantique Sud est longue. Cette partie de course, à la descente comme à la remontée, est assez routinière. » Loïck Peyron (Gitana Eighty)

 

Le lundi 24 novembre 2008 à 14:51Chant et bricolage

Chant et bricolage

« Il y eut des grains toute la nuit. D'immenses nuages arrivaient sur le bateau toutes les trente minutes et le vent changeait beaucoup en force et en direction. Difficile donc de dormir dans ces conditions car il faut sans cesse régler le bateau. Je navigue au vent de travers, Paprec-Virbac 2 a accéléré, c'est humide sur le pont. Je me rapproche tout doucement de Sébastien Josse et je distance Vincent Riou. C'est positif tout cela ! Plus on descend dans le Sud, plus on se rapproche de l'anticyclone de Sainte-Hélène. Dès aujourd'hui, je vais passer du temps à la table à cartes pour définir une stratégie. Attends, je vais choquer ma grand-voile, un grain arrive. Me revoilà. Sinon tout va bien, je mange bien, je chante, je bricole. » Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) par mail. 

Le lundi 24 novembre 2008 à 13:26Recife plutôt que Bahia

Recife plutôt que Bahia

« Salut à tous. Une nuit pas facile vient de s'écouler. La barre de flèche du haut que je soupçonnais atteinte a fini par lâcher elle aussi. Il a fallu ressaisir le mât avec des drisses, entre les grains et surtout entre les cargos. C'est là que tu vois que -à terre comme en mer- il y a des gens compréhensifs et des vrais cons ! Certains cargos t'appellent et se déroutent, d'autres font semblant de ne pas te comprendre... Un peu chaud donc les slaloms, d'autant que je ne peux pas empanner. Ces nouvelles conditions font que je fais cap vers Recife. Il faut que
j'abrite le bateau au plus vite afin d'arrêter de me faire bouger dans tous les sens par les vagues. L'objectif, c'est d'arriver à l'abri avec un mât en un morceau. J'évite de me projeter plus loin que cela pour le moment, peut-être par pragmatisme, mais surtout par peur d'imaginer le pire.
Parce que c'est déjà bien assez dur de devoir supporter le fait d'avoir dû sortir de la jolie échappée que nous étions en train de mener moi et mes neuf compères. Naviguer comme ça au contact, avec peu d'écarts de vitesse, en tête de la flotte, c'est vraiment ça que j'attendais de ce Vendée Globe. C'est une énorme frustration. Entre l'instant ou j'ai découvert le problème et le moment où j'ai tiré la barre pour faire demi-tour, il s'est passé de longues minutes. Je n'arrivais pas à y croire. Je fus pris d'une espèce de rire nerveux, irrépressible. Je
me suis dis "aller c'est pas possible, ça va se remettre en place. c'est une blague!". Et bien non. Il a fallu se résoudre à abattre et à encaisser. Et puis j'ai déjà vécu le même histoire l'an dernier. Et pourtant cette fois-ci j'étais prêt. Confiant dans mon matériel. Motivé comme jamais. Oui mais voilà, il n'y a pas de justice en mer. Les éléments ne savent pas être équitables et les mauvaises passes peuvent durer longtemps, trop longtemps.
Quel sentiment m'habite aujourd'hui? Une sorte de haine. L'envie de tout recommencer, de me retrouver quelques semaines plus tôt aux Sables avec d'autres pièces de mât que celles-là, prêt à repartir. Mais la machine à remonter le temps n'existe pas. Il faudra attendre quatre ans, trouver d'autres courses, et oublier si possible celle-ci. Essayons de dédramatiser : il y a pire dans la vie ! Mais je ne suis pas le seul impliqué dans ce projet. Le coup est dur pour Delta Dore, mon équipe, mes amis, ma famille. En plus d'être triste pour moi, je suis malheureux pour eux. Je vous tiens au courant de ma progression…
» Jérémie Beyou (Delta Dore) par mail.

 

Le lundi 24 novembre 2008 à 12:42Très humide sur le pont

Très humide sur le pont

« C’est sympa cette accélération du matin… Mais c’est plus humide ! Il y a 20-25 nœuds de vent réel et BT marche à 18-20 nœuds. La mer est plus ordonnée et je suis vent de travers. Le près est derrière nous… mais aussi devant ! L’anticyclone se décale lentement vers l’Est : il revient à sa position habituelle. En ce moment, ça commence à être du sport ! J’ai réglé les voiles, j’en ai reculé une sur le pont : ça mouille ! Je navigue avec grand voile haute et un ris… » Sébastien Josse (BT) à la vacation radio de 11h00

Le lundi 24 novembre 2008 à 12:17Ecole de patience

Ecole de patience

« ça glisse, mais ça secoue ! Je pousse au maximum en ce moment : il y a quinze nœuds de vent réel bien orienté près du travers et Temenos marche à quatorze nœuds. La mer reste chaotique… Après deux semaines de course, je suis en bonne forme. J’ai parlé hier avec Jérémie (Beyou) trois fois et je l’ai même croisé quand il faisait route vers le Brésil. En ce moment, la météo est une école de patience : pas facile de démêler ce qui va se passer devant. Cela dépend de l’anticyclone… Je suis donc en position d’attente : il n’est pas possible d’établir une stratégie ! » Dominique Wavre (Temenos II) à la vacation radio de 11h00

Le lundi 24 novembre 2008 à 11:41Dans son rythme

Dans son rythme

« Il y a dix-sept nœuds de vent en ce moment. Un front est passé la nuit dernière avec une rotation du vent après et plus de brise. Il faut jouer entre accélérateur et frein pour préserver le bateau. J’essaye de rester en accord avec mon rythme : je pense l’avoir trouvé et si je suis un peu en deça par rapport à la tête de la flotte, je sais que le Vendée Globe, c’est long ! En ce moment, il y a des instants privilégiés : à poil dans les embruns pour prendre une douche à l’avant… Il faut tout de même se méfier des énervés qui attaquent : ce fut d’abord Loïck (Peyron), puis Jean (Le Cam), Seb (Josse) et maintenant Mike (Golding). Mais il y a eu un rappel à l’ordre avec l’avarie de gréement de Jérémie (Beyou)… » Yann Eliès (Generali)

Le lundi 24 novembre 2008 à 11:29La vie dans les alizés

La vie dans les alizés

« Maintenant, comme le reste de la flotte, Roxy et moi naviguons au près et le bateau tape fort dans des alizés de Sud-Est. La vie est maintenant passionnante, Roxy est à la gite (30°), bâbord amures. À force d’être dans cette position, ma jambe droite sera bientôt plus longue que la gauche… Il s’ajoute à cela quelques secousses étant donné que la mer est déchaînée. Faire la moindre chose sur le bateau exige une attention particulière et j’ai comparé ça à mon séjour aux sports d’hiver à Avoriaz quand je me retrouvais souvent étendue de tout mon long sur des pentes inclinées. La meilleure chose à faire est de me souvenir ce que Bruno (mon moniteur de ski) me disait : « Plie tes genoux, mets toi debout en travers de la piste et garde toujours le poids sur le ski aval ». Cela semble fonctionner ici aussi. Le vent est pratiquement stable et l’angle signifie qu’il y a juste un petit peu à faire pour que Roxy aille plus vite. Un peu de réglage de voile et à l’occasion remplacer le solent par la trinquette ou vice versa. Cela m’a permis de me reposer. J’ai également fait quelques études météo et aujourd’hui j’ai organisé un peu mieux mon I-pod, le programme que j’avais, m’énervait !!! Le plaisir d’avoir une vue sur mer ne s’arrête jamais, et hier soir, je me suis offert un autre superbe coucher de soleil. J’ai pris une photo pour que vous puissiez également voir. Puis le soleil a été remplacé par une étoile particulièrement étincelante ou peut être était-ce une planète ? J’ai un peu honte de mon manque de connaissance en astronomie. Peut-être que quelqu’un peut m’aider ? A cet instant, mes pensées vont à Jérémy (Beyou) qui essaye de mettre Delta Dore dans un abri où il pourra essayer de réparer son mât. Ce n’est pas juste, il ne méritait pas cette avarie. J’espère tellement qu’il pourra le faire en sécurité sur la côte et je lui souhaite tout le courage dont il aura besoin pour cette réparation, qui je le sais ne sera pas facile. » Samantha Davies (Roxy) par mail