« Nous naviguons désormais à 90° du vent, perpendiculaire aux alizés. J'avance entre 14 et 17 noeuds selon les variations du vent, selon les grains. La force du vent évolue rapidement et il faut être réactif, régler les voiles, jouer avec les ballasts. Même s'il n'y a pas de changements de voiles à faire, je suis grand voile haute et solent, il faut souvent sortir pour veiller aux réglages et travailler en permanence à l'équilibre du bateau. Indéniablement, je me suis fait un peu violence pour sortir de ma ligne de conduite un peu conservatrice pour donner un grand coup d'accélérateur aujourd'hui. Je tire un peu plus sur le bateau sans trop me stresser, en confiance. La physionomie de la course, avec des coureurs très rapides comme Peyron, Josse ou Golding qui impriment un rythme très soutenu et qui attaquent en permanence, me force à sortir un peu de ma réserve et à surenchérir avec eux en vitesse et en précision. Personne ne lâche rien. Tout le monde a envie de tester son bateau avant d'entrer dans le grand Sud. C'est aussi le moment de pousser le matériel, afin que ce qui doit casser le fasse dès maintenant.
Il existe une petite fenêtre pour passer cet espèce de « péage » matérialisé par l'anticyclone de Sainte-Hélène d'ici trois ou quatre jours. Il faut se caler sur les premiers afin que personne ne s'échappe, si d'aventure cette fenêtre très étroite se refermait sur les poursuivants. Une fois dans le Sud, on va aligner des grosses moyennes, de l'ordre d'une quinzaine de noeuds et il sera difficile de se refaire... C'est Peyron qui imprime le tempo, donne le "La" et est en tête de course. Il impressionne parce qu'il ne relâche jamais la pression, dans le petit ou le gros temps. Dans son rythme et dans sa rigueur au niveau des réglages, il est très impressionnant.
C’est vraiment agréable de pouvoir pousser sur l'accélérateur quant on le souhaite, attaquer à volonté pour combler un retard le cas échéant. L'intérêt est de pouvoir préserver le matériel et attaquer à bon escient, pour terminer cette course à la meilleure place. » Yann Eliès (Generali) par mail.