Marc Guillemot (Safran) à la vacation de 11h00 : « Je suis à 500 mètres dans l’axe du bateau de Yann. Je viens de me rapprocher de lui. Le vent est rentré depuis 2 heures, j'ai entre 28 et 32 nœuds. Avec cette mer un peu agitée, ça risque de remuer pour Yann. Pour l’aider, j’ai tenté de lui lancer des vivres et des médicaments, mais ça s’est terminé avec un paquet dans le cockpit, un autre dans l’eau. Il y a eu un moment très fort émotionnellement. Quand je suis passé derrière son bateau, j’ai vu une main s’agiter à l’intérieur de l’habitacle, et l’ombre de sa tête. On s’est appelé en VHF, et ça a été un grand moment. Je sais ce que c’est de souffrir en mer : je l’ai vécu moi aussi. Ce qui est difficile à vivre, c’est d’être à proximité et de ne pas pouvoir lui apporter une aide physique. La consolation, c’est de se dire que l’aide psychologique compte beaucoup. Entre le moment où je suis arrivé et maintenant, j’ai pu noter un changement dans sa voix qui m’a beaucoup rassuré. On a même fini par blaguer. Avec Yann, on a un peu le même défaut : on est breton, on est têtu ! Pour la course, je n’ai aucun regret. J’ai bien l’intention de rester jusqu’à l’arrivée des secours. »
A la uneBrèves
Marco ne lâche pas
19.12.2008
Une parenthèse dans la course
19.12.2008Vincent Riou (PRB) à la vacation de 11h00 : « On attend le mauvais temps, mais mes pensées vont à Yann, d’abord…Ce qui lui est arrivé est ce qui peut arriver de pire à un marin. Moi, ça me fait presque ni chaud ni froid quand on casse des bateaux, mais quand c’est un homme qui se blesse, là c’est terrible. On est dans un sport où en général, on a peu de chance de se blesser. Lorsqu’on navigue dans des mers difficiles avec des bateaux de plus en plus rapides, les chocs sont de plus violents et les risques de se blesser augmentent fortement. La nuit avant que Yann ait son accident, j’ai enfourné, pendant que je dormais, j’ai été projeté et j’ai terminé ma course sur la table à carte ! Pour Yann, les heures qui viennent ne vont pas être faciles. Nous, les coureurs, nous sentons impuissants. J’espère que l’évacuation se fera vite. La priorité est de porter assistance aux hommes. Son accident met entre parenthèse la course. Personne n’aura le cœur de naviguer à fond tant que la situation de Yann ne sera pas stabilisée. On ne sera soulagé que lorsqu’il sera secouru.»
"J'arrive"
19.12.2008Samantha Davies (Roxy) à la vacation de 11h00 : « Je ne suis plus en course pour la course. Je cherche simplement à aller plus vite pour retrouver Yann et Generali, le soutenir et aider comme je peux. D’ailleurs, je viens d’avoir un coup de vent à 45 nœuds, et je suis à fond. Si tout se passe bien, je serai en zone vers minuit. Je pense très fort à Yann car il va avoir les mêmes conditions que celles que j’ai en ce moment. Ça risque d’être assez inconfortable. Pour Yann, ne pas bouger va être difficile et pour Marco, aussi, ça risque de remuer. J’espère que Yann n’attendra pas trop longtemps le navire australien. Moi, je profite de ces heures pour me reposer et être en forme quand j’arriverai...Tout le monde ferait la même chose dans ces conditions… »
Yann a récupéré ses médicaments
19.12.2008Bonne nouvelle en ce début d’après-midi. En fin de vacation, Erwan Steff, le directeur de l’équipe du monocoque Generali, a annoncé que Yann avait réussi à accéder à sa trousse à pharmacie qui se trouvait à moins de 2 mètres de lui. Il a déchiré au couteau le grand compartiment en tissu qui contient tous les consommables du bateau et récupéré des comprimés antidouleur mais aussi une bouteille de boisson gazeuse et de quoi manger. De quoi tenir toute la journée dans un vent qui est en train de fraîchir, en attendant la marine australienne attendue sur zone samedi vers 14h00 TU.
Sam à 300 milles de Generali
19.12.2008“Je suis tentée d’aller le plus vite possible vers Yann, mais je sais que je doit rester raisonnable et me reposer en route afin d’être en forme quand on aura besoin de moi. Je suis prête à tout faire pour aider, comme n’importe quel marin engagé dans cette course le serait.» Samantha Davies (Roxy)
Marc Guillemot, joint ce matin à 06h15
19.12.2008Le skipper de Safran, joint au téléphone depuis le PC Course alors qu’il se trouvait à moins d’un mille de Generali, va tenter de lancer à Yann des bouteilles d’eau. Il fait le point sur la situation. De son côté, Samantha Davies est à 300 milles du plan Finot.
« Actuellement, on a une vingtaine de nœuds, la mer est agitée peut-être un peu moins que lorsque je suis arrivé sur la position de Yann hier soir. Ce qui est bien, c’est qu’il y a du soleil. J’ai eu Yann à la VHF, il a dormi, et j’en ai aussi profité pour dormir. Du coup, on s’est un peu écarté mais là, à nouveau, je suis revenu sur lui, je suis à moins d'un mille de sa position. Je vais m’organiser pour passer assez proche de son tableau arrière, sans vitesse et essayer de lui balancer une bouteille d’eau. Je resterai là tant que c’est nécessaire, même s’il faut attendre trois jours et quelles que soient les conditions météo. Yann doit savoir que je serai là tant qu’il en a besoin. La course, c’était hier. Aujourd’hui, c’est autre chose...
J’ai malheureusement vécu une expérience un peu similaire il y a quelques années. Quand je l’ai en VHF, j’essaie de savoir ce qu’il ressent, s’il arrive à bouger, c’est juste histoire de parler avec lui. Hier, il m’a semblé fatigué, souffrant aussi, mais en même temps très rassuré de me savoir à côté. Ce qui est important, c’est que Yann sente qu’il y a une présence à proximité. Il sait que tant qu’il sera seul dans son bateau, il peut compter sur moi. C’est un soutien plus psychologique que physique mais c’est important parce qu’en général, c’est la tête qui fait marcher le reste du corps. Ça va l’aider en attendant l’arrivée des secours. »