Sébastien Josse (BT) à la vacation de 11h00 : « L’accident de Yann fait froid dans le dos. Je n’aime pas trop ce genre de truc. Je vais faire encore plus attention pour ne pas me faire mal. Nos bateaux sont très raides. Alors, quand on dit qu’il s’arrête dans une vague, ce n’est pas seulement une image. Le bateau s’immobilise et on ne tient plus debout. Il faut donc bien s’attacher, bien se tenir. Je me rappelle souvent cette devise : une main pour le bateau, une autre pour l’homme. Parfois, il faut deux mains pour le bateau. L’océan Pacifique, on sait que c’est moins casse bateau. La mer, normalement, est plus organisée. Ce sera plus facile d’appuyer sur le champignon. Pour le moment, je marche un peu serré à 17/18 nœuds. J’ai un superbe coucher de soleil sous le manteau nuageux. Ça fait du bien, moi qui suis dans le gris depuis 3 jours. »
A la uneBrèves
Deux mains pour le bateau
19.12.2008
Sécurité avant tout
19.12.2008Armel Le Cléach (Brit Air) à la vacation de 11h00 : « La nouvelle de l’accident de Yann a été très dure à apprendre hier soir. Il faut quand même dire qu’on a tous eu une semaine vraiment difficile. L’océan Indien n’a pas été très gentil avec ce Vendée. Même sans tempête, il y a eu beaucoup de casse. Hier, j’ai reçu le message de détresse. Tout de suite, j’ai vu que ça concernait Yann. J’ai appelé pour savoir si il y avait besoin que je me déroute. Mais comme il fallait que je remonte face au vent, la direction de course m’a dit que Marc était mieux placé.
Les mauvaises nouvelles viennent en cascade. Deux gros icebergs ont été repérés pas loin. Direct, j’ai empanné vers le nord…Ma priorité c’est la sécurité. Sur ce point, j’ai le même état d’esprit, la même philosophie que Vincent Riou, qui est dans ma zone. On verra pour les opportunités plus tard ! »
Marco ne lâche pas
19.12.2008Marc Guillemot (Safran) à la vacation de 11h00 : « Je suis à 500 mètres dans l’axe du bateau de Yann. Je viens de me rapprocher de lui. Le vent est rentré depuis 2 heures, j'ai entre 28 et 32 nœuds. Avec cette mer un peu agitée, ça risque de remuer pour Yann. Pour l’aider, j’ai tenté de lui lancer des vivres et des médicaments, mais ça s’est terminé avec un paquet dans le cockpit, un autre dans l’eau. Il y a eu un moment très fort émotionnellement. Quand je suis passé derrière son bateau, j’ai vu une main s’agiter à l’intérieur de l’habitacle, et l’ombre de sa tête. On s’est appelé en VHF, et ça a été un grand moment. Je sais ce que c’est de souffrir en mer : je l’ai vécu moi aussi. Ce qui est difficile à vivre, c’est d’être à proximité et de ne pas pouvoir lui apporter une aide physique. La consolation, c’est de se dire que l’aide psychologique compte beaucoup. Entre le moment où je suis arrivé et maintenant, j’ai pu noter un changement dans sa voix qui m’a beaucoup rassuré. On a même fini par blaguer. Avec Yann, on a un peu le même défaut : on est breton, on est têtu ! Pour la course, je n’ai aucun regret. J’ai bien l’intention de rester jusqu’à l’arrivée des secours. »
Une parenthèse dans la course
19.12.2008Vincent Riou (PRB) à la vacation de 11h00 : « On attend le mauvais temps, mais mes pensées vont à Yann, d’abord…Ce qui lui est arrivé est ce qui peut arriver de pire à un marin. Moi, ça me fait presque ni chaud ni froid quand on casse des bateaux, mais quand c’est un homme qui se blesse, là c’est terrible. On est dans un sport où en général, on a peu de chance de se blesser. Lorsqu’on navigue dans des mers difficiles avec des bateaux de plus en plus rapides, les chocs sont de plus violents et les risques de se blesser augmentent fortement. La nuit avant que Yann ait son accident, j’ai enfourné, pendant que je dormais, j’ai été projeté et j’ai terminé ma course sur la table à carte ! Pour Yann, les heures qui viennent ne vont pas être faciles. Nous, les coureurs, nous sentons impuissants. J’espère que l’évacuation se fera vite. La priorité est de porter assistance aux hommes. Son accident met entre parenthèse la course. Personne n’aura le cœur de naviguer à fond tant que la situation de Yann ne sera pas stabilisée. On ne sera soulagé que lorsqu’il sera secouru.»
"J'arrive"
19.12.2008Samantha Davies (Roxy) à la vacation de 11h00 : « Je ne suis plus en course pour la course. Je cherche simplement à aller plus vite pour retrouver Yann et Generali, le soutenir et aider comme je peux. D’ailleurs, je viens d’avoir un coup de vent à 45 nœuds, et je suis à fond. Si tout se passe bien, je serai en zone vers minuit. Je pense très fort à Yann car il va avoir les mêmes conditions que celles que j’ai en ce moment. Ça risque d’être assez inconfortable. Pour Yann, ne pas bouger va être difficile et pour Marco, aussi, ça risque de remuer. J’espère que Yann n’attendra pas trop longtemps le navire australien. Moi, je profite de ces heures pour me reposer et être en forme quand j’arriverai...Tout le monde ferait la même chose dans ces conditions… »
Yann a récupéré ses médicaments
19.12.2008Bonne nouvelle en ce début d’après-midi. En fin de vacation, Erwan Steff, le directeur de l’équipe du monocoque Generali, a annoncé que Yann avait réussi à accéder à sa trousse à pharmacie qui se trouvait à moins de 2 mètres de lui. Il a déchiré au couteau le grand compartiment en tissu qui contient tous les consommables du bateau et récupéré des comprimés antidouleur mais aussi une bouteille de boisson gazeuse et de quoi manger. De quoi tenir toute la journée dans un vent qui est en train de fraîchir, en attendant la marine australienne attendue sur zone samedi vers 14h00 TU.