« Je ne sais pas trop comment, mais j'ai continué de faire marcher le bateau, en me disant que ma quille à moi n'avait pas de problème. Quand les ingénieurs étudiaient le problème en m'assurant d'une façon peu convaincante que tout allait bien, je basculais la quille à 80-90% afin de réduire le risque, mais cela signifiait qu'il était de plus en plus difficile de rester avec le peloton de tête. Nous avons décidé avec l'équipe technique de surveiller la tête de quille et de prendre une décision sur l'abandon ou non de la course à la porte de l'Australie de l'Ouest. Nous aurions eu la possibilité de redescendre vers le Sud-Est pour viser la prochaine porte ou de poursuivre notre route vers le Nord-Est en abandonnant la course, comme Dominique (Wavre), en mettant le cap sur Perth. Je n'avais aucune intention d'abandonner la course sans me battre et surtout étant donné ma bonne position dans le classement. Mais poursuivre la course aurait été la situation la plus stressante de ma vie. Malgré les doutes, j'avais donc pris la décision même avant la fin de la conversation avec Dominique – c'est le Vendée. Je suis un concurrent sérieux pour la victoire. Je veux continuer ! L'ironie du sort, c'est peut-être le démâtage, qui m'aurait sauvé la vie. Peut-être que quelqu'un me surveille d'en haut ? Et peut-être que je suis simplement le malheureux le plus chanceux de la planète ! » Mike Golding (Ecover 3) par mail.
A la uneBrèves
La chance du malheureux…
23.12.2008
Comme sur un manège…
23.12.2008« Je marche en moyenne à 15/16 nœuds. C’est génial, car le vent commence à monter mais la mer est encore belle et le ciel est bleu. Mais je sais que dans les prochaines 24h, ça va être un peu plus dur. Rattraper le paquet de tête, oui, mais il est encore très loin. Là sur mon écran de contrôle, je ne le vois quasiment plus ! Mais je garde espoir de les rattraper d’ici le cap Horn. J’essaye aussi de préserver Roxy. C’est très cool de retrouver Marco (Guillemot). On navigue en couple, c’est assez sympa même s’il est très fatigué…. 8ème ? C’est un classement de rêve, mais je n’aime pas trop car je suis à cette place en raison de la casse des autres. D’ici arrivée, il reste beaucoup de milles et six semaines, donc je ne regarde pas trop le classement. Quand je serai de nouveau dans l’hémisphère Nord, je recommencerai à le regarder… J’ai un sapin sur mon bateau, mais il n’arrête pas de tomber. Demain, je vais l’installer dans le cockpit et je pense que Roxy sera très contente, Pour Noël, il y aura 30 nœuds devant, la mer sera l’enfer. Ça sera comme manger un repas de Noël sur un manège. Je vais vous envoyer une photo et vous rigolerez. » Samantha Davies (Roxy) à la vacation de 11 heures.
En attendant de pouvoir sortir
23.12.2008« Depuis quelques heures, on est sur un plateau continental. J’ai levé un peu le pied car la mer n’est pas vraiment belle. Les transitions sont assez chaotiques, mais on attend pour remettre un peu de toile. On est nombreux à rêver de retrouver des conditions agréables pour être dans le cockpit. Toujours être à l’intérieur, ça pèse un peu à la longue. On souhaite retrouver un petit vent médium et pouvoir être dehors pour faire de la voile sympa. C’est vrai que je suis souvent à côté d’Armel (Le Cléac’h) et qu’on a fait la même route. Je le croise régulièrement. On a fait du spi ensemble. On a la même trajectoire, la même vitesse, donc c’est normal qu’on se retrouve ensemble… Chaque porte de glace ne laisse pas beaucoup de choix. Peu de stratégie à long terme. On en est à maximum 4-5 jours de la prochaine porte. Entre les points obligatoires et les modèles météo qui sont assez précis, on ne reste pas beaucoup de choix de trajectoire.» Vincent Riou (PRB) à la vacation de 11 heures.
Journée de transition
23.12.2008« Pas de soucis sur l’eau comme on dit. C’est un jour de transition, la mer est calme. Y a du soleil, on en profite, car deux dépressions arrivent pour Noël. Tout ceci m’a permis de passer le plateau des Kerguelen. J’ai contacté les bateaux de pêche français car je ne voulais pas me prendre dans leur filet. J’avais beaucoup de krills sur le pont, vous savez ces petites crevettes…. La journée a été assez bonne. J’ai pu vérifier plein de choses. Je fais la chasse à la consommation électrique. Je suis encore en autonomie complète. L’indien apporte toujours des surprises : il y a toujours des déprécions qui traînent. Par exemple au Sud de Madagascar, ça peut être très calme et 48h après, c’est la tempête. Cet océan est très mal formé, les mers sont croisées, pour moi c’est assez long car j’ai eu pas mal d’avaries. Ma drisse de grand voile, ça devient urgent que je m’arrête pour la réparer… » Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) à la vacation de 11 heures.
Une mer pour deux
23.12.2008« On va sortir d’ici quelques heures d’une zone assez mouvementée. Il y a du vent en rafale et la mer est bien agitée. La mer n’était pas trop mal hier avec des vitesses sympas, à 22-28 nœuds, mais cette nuit on a eu des rafales plus importantes. Donc là j’ai un peu ralenti. Mais ça fait du bien de recoller ceux qui sont devant. Je me suis donné une journée de retard maximum au cap Horn. Il faudra voir la situation dans les prochains jours. Vu le temps qui arrive, je vais peut-être devoir remettre du charbon. Avec Vincent (Riou), on a fait la moitié du parcours ensemble. On a quasiment la même trajectoire. Ce n’est pas d’un commun accord mais nous devons avoir la même philosophie, la même stratégie : on ne cherche pas icebergs ! Être ensemble est sympa car ça permet de s’appeler et de voir ce que fait l’autre. C’est aussi important de savoir qu’on a quelqu’un de pas trop loin pour la sécurité. Surtout dans le Pacifique, car dans les quinze prochains jours, on sera vraiment au milieu de nulle part… Je ne sais pas qui a demandé une dépression pour le jour de Noël mais ce n’est pas ce que je voulais comme cadeau. A bord de BritAir, on va fêter Noël comme on peut, ça sera mieux plutôt demain soir que le lendemain (le 25/12). Joyeux Noël à tous. » Armel Le Cléac’h (Brit Air) à la vacation de 11 heures.
Fini l’Indien, vive le Pacifique
23.12.2008« Il y a une dépression qui se forme près de la porte donc c’est possible qu’on recolle sur Michel (Desjoyeaux) et Bilou (Roland Jourdain). Là, c’est le Pacifique, mais il va falloir faire « piano-piano ». Là, on retrouve une mer bleue, du soleil, il y a moins de brouillard, c’est moins blanchâtre, moins grisâtre. Hier, j’ai pris une photo et je savais que j’étais dans le Pacifique… Je viens de trouver le sac pour Noël. J’ai commencé à décorer le bord. J’ai un sapin mais il va mettre plein d’aiguilles partout. A cause de l’antiméridien, je ne vais pas avoir un Noël, mais deux ! D’ailleurs, comme ce n’est pas facile d’ouvrir les cadeaux par 40 nœud de vents, je pense que je vais en faire trois. La météo est moins bonne donc j’anticipe. Cette dépression qui arrive demain, c’est du 40 nœuds de Sud-Ouest avec des rafales à 50. Et comme je suis impatient, je vais ouvrir mes cadeaux avant Noël. Pour la configuration des voiles, c’est comme dans l’Indien. On charge plus ou moins, on lofe plus ou moins, on essaye de ne pas trop souffrir. On reste à l’écoute du bateau. À 40 nœuds, il y a toujours plein de bruits. S’il y en a un que je ne connais pas, je vais vérifier tout de suite pour résoudre le problème. Ça c’est le safran qui bouge, ça c’est une vague qui frappe à l’arrière… » Sébastien Josse (BT) à la vacation de 11 heures.