« Le Cap Leeuwin est à plus de 2 500 milles derrière Joshua…
Pourtant Joshua l’a doublé pour de bon il y a seulement vingt minutes.
Car la géographie du marin n’est pas celle du cartographe
Pour qui un cap est un cap avec sa latitude et sa longitude.
Pour le marin, un Grand Cap représente un ensemble à la fois très simple et extrêmement compliqué
De cailloux, de courants,
De mers déferlantes et de mers belles,
De jolies brises et de coups de vents,
De nuits blanches, de joies et de peurs,
De fatigues, de mains qui font mal, d’estomac vide,
De minutes merveilleuses et parfois de souffrances…
Un Grand Cap ne peut pas être traduit tout bêtement en longitude et latitude.
Un Grand Cap a une âme.
Avec ses ombres et ses couleurs, très douces et très violentes.
Une âme aussi lisse que celle d’un enfant,
Aussi dure que celle d’un criminel…
C’est pour ça qu’on y va.
Ce n’est pas pour le fric, ce n’est pas pour la gloire,
C’est pour l’amour de vivre.
C’est cela un Grand Cap.
Reste le Horn… »
Bernard Moistessier : journal de bord du 28 décembre 1968 par 47°27 S et 166° 47 E (document envoyé par Bernard Reymond, Grand Cap)