« Je sentais la détresse dans les cris de Jean. Le danger, à tout prendre, c’est d’abord l’hypothermie. En plus le bateau s’était enfoncé de bien 40 centimètres. Jean était guetté par le froid. Quand je suis passé à côté de VM Matériaux, j’ai crié. Une réponse m’est parvenue. Jean a agité un pavillon par le passe coque. Ne sachant pas dans quel état il se trouvait à l’intérieur, je me suis organisé avec Armel pour faire des rondes. Il se trouve que Jean a alors réussi à attraper son safran et à monter sur le bateau. La manœuvre était peu évidente. J’ai vu la trappe de survie à l’arrière s’ouvrir. Il fallait se tenir tout près pour le réceptionner. Là, je me suis approché une première fois, tout près, une deuxième fois. Ce n’est qu’à la quatrième tentative que j’ai réussi à passer le cordage. Je prenais plus de risques en m’approchant. Même s’il était accroché au safran, il suffisait d’une vague un peu grosse pour que Jean soit éjecté. Pas facile de résister à la pression de l’eau. Les coques se sont frôlées. L’outrigger a été cassé, mais à ce moment précis, c’était le cadet de mes soucis. J’ai entendu le crac du mât. Heureusement, Jean était déjà réceptionné. Maintenant, nous faisons route vers le cap Horn, vers l’entrée du canal Beagle. Jean devrait débarquer à Ushuaia. On a rendez-vous là-bas avec Isabelle Autissier. C’est notre contact sur place. A priori, le débarquement se fera par elle. » Vincent Riou (PRB) à la vacation de 11h00.
A la uneBrèves
Récit d’un sauvetage
07.01.2009
Quand le bateau a chaviré
07.01.2009« Je viens tout juste de me réveiller, et j’avais sacrément besoin de dormir. Je vous prierai d’éviter les gros plans car je ne me suis pas maquillé… Ce qui s’est passé hier : j’étais au téléphone avec Vincent quand j’ai senti un truc, un choc bizarre sur le bateau. Je me suis tout de suite dit qu’il y avait un gros problème. Le bateau s’est couché et, peu de temps après, j’ai chaviré. Il y a peut-être eu un container dans l’eau. Dans le coin, le trafic maritime est important. J’ai eu le réflexe d’aller voir derrière, mais il n’y avait rien du tout. Comme il n’y avait plus de lest, le bateau a donc chaviré. J’ai sauté sur mon sac de vêtements et ma combinaison de survie TPS. Je l’ai enfilé et me suis organisé pour résister au froid. J’ai ainsi réussi à sécher ma couverture qui était dans l’eau. Après, je me suis fait un nid à l’étrave du bateau : c’est tout ce qui restait en dehors de l’eau. Le bateau a alors gîté par l’arrière. » Jean le Cam (VM Matériaux) à la vacation de 11h00
Grosse dépense énergétique
07.01.2009« J’ai eu peur pour Jean (Le Cam), surtout que personne ne connaissait son état et sa situation. Je n’en ai pas dormi de la nuit. Et même quand tu sais ce qui se passe, tu n’arrête pas d’imaginer les difficultés qu’il peut avoir. Enfin je suis très contente que Jean soit en sécurité. Vincent et Armel ont fait un super sauvetage. Je suis juste triste pour Jean et VM Matériaux qui doivent laisser leur bateau dans le Sud. Je suis en route directe vers le cap Horn, et je serai contente quand je l’aurai passé : le 11 janvier au matin, je pense. Les conditions sont idéales et j’ai pu employer les grandes vitesses avec Roxy. Je me sens mieux que je ne l’aurais imaginé. Ça a été dur avec toute cette dépense d’énergie. J’essaie de manger au maximum avant d'attaquer l’Atlantique. Je dors par tranche d’1h30 maximum, plus c’est le rêve. J’essaye de ne pas trop utiliser mon réveil et je fais confiance à Roxy pour prévenir lorsqu’il faut faire un réglage. J’ai de bonnes sensations avec mon bateau. » Samantha Davies (Roxy) à la vacation de 11h.
Cherche l’ouverture
07.01.2009« J’étais assez inquiet hier (pour Jean Le Cam). La direction de course nous a donné des informations rapidement. Et maintenant, je suis rassuré. Ils vont avoir des super souvenirs. Je reste fatigué. Le bateau a des séquelles de l’Indien et du Pacifique. Mon Mich’ (Michel Desjoyeaux) m’énerve, car je ne vois pas d’ouverture. La météo me semble favorable devant. Il faut que je me gratte la tête ou que je brûle un cierge. Je suis un peu déçu par ces opportunités qui tardent à arriver. Depuis le cap Horn, j’ai profité de l’esthétique du paysage. Mais bon… Pas de chance, je n’ai pas pu passer par l’extérieur, car cela m’aurait fait prendre trop de retard. Et Michel s’est décalé à l’Est, ce qui lui a profité. Tout peut encore changer. L’anticyclone peut bouger par rapport au routage. Il faut être patient. Je positionne mon routage par rapport à la semaine et je fais des scénarios. Triste nouvelle : mes crickets n’ont pas survécu au grand Sud. Ils n’ont pas supporté l’hibernation du Pacifique. Par respect, je les ai gardés sur le bateau. » Roland Jourdain (Véolia Environnement) à la vacation de 11h
Vivement l’Atlantique
07.01.2009« Je suis soulagé de l’issue de l’histoire. Vincent (Riou) a fait une très belle manœuvre pour sauver Jean. Ce sauvetage montre le tempérament des gens qui font cette course, et Vincent et Armel l’ont prouvé hier. Quand il s’agit de sauver quelqu’un, personne n’hésite. La dernière porte a été un peu difficile car j’ai dû faire un trajet sinusoïdale pour la passer. Maintenant, les conditions sont plus faciles. Compte tenu de ma petite voilure, j’aimerais quand même aller un peu plus vite. J’ai de plus en plus de mal à me réveiller et à percuter la nuit : il y a de la fatigue qui s’accumule. Le Sud marque les bonhommes…Vivement l’Atlantique ! Il est impératif que je m’arrête soit au cap Horn, soit aux îles Falkland. Vraiment, j’ai l’impression de faire la course des îles. C’est un des charmes du Vendée Globe. Ça fait plein d’émotions. Je pense arriver au cap Horn dans 4 jours et 10 heures, c'est-à-dire dimanche après-midi à l’heure du thé et des petits biscuits… et avec du vent. » Marc Guillemot (Safran) à la vacation de 11h
Un mot d’Anne Le Cam
07.01.2009Dans ce message envoyé hier soir (mardi) à la rédaction du Vendée Globe, la compagne de Jean Le Cam revient sur le coup de fil nocturne fatidique que tous les proches des marins redoutent ; sur l’attente et l’obligation de faire face et sur les innombrables mails de soutien qu’elle a reçus…
Anne Le Cam : « Cette nuit, le téléphone a sonné... Tous les conjoint(e)s de marin savent de quoi il en retourne. La nouvelle ne peut être que mauvaise voire très mauvaise. Une sonnerie suffit pour que l'esprit soit parfaitement éveillé et préparé au pire.
A l'autre bout, la voix douloureuse de Michel Ollivier, le bras droit de Jean, qui selon ses propres dires, avait bien du mal à passer ce foutu coup de téléphone. Il me raconte ce qu'il sait, les quelques mots prononcés par Jean avant son chavirage.
Nous raccrochons, l'attente commence... C'est d'autant plus surréaliste que Jean m'avait parlé à minuit, qu'il était en forme, content de passer le Cap Horn, que tout allait bien. 1h20 après, il déclenchait sa balise !
Ensuite, le jour s'est levé et comme tout un chacun, il a fallu mettre un pied devant l'autre. Braver le verglas, déposer les filles à l'école et aller travailler... Tout en continuant de penser à Jean, attendre et espérer.
Toute la journée, le téléphone a sonné et les courriels se sont accumulés, et c'est le pourquoi de ce petit mot. Toute la journée, nous avons reçu des messages de soutien et d'amitié. Je n'ai pas l'énergie de répondre à chacun d'entre-vous mais c'est du plus profond de mon coeur que je vous remercie de cet apport de chaleur et de réconfort.
Merci à Vincent qui mérite plus que jamais le surnom de "Terrible" et à Armel ainsi qu'à l'organisation et au Chili...
Merci à vous tous !!! La solidarité n'est pas un vain mot !
PS : Il est 20h40, je viens d'avoir Jean au téléphone... Il est avec son compère... »
Anne Le Cam