« Ça fait du bien d'avoir passé le Cap Horn. La nuit dernière était intense, avec des montagnes d'eau de plus en plus impressionnantes à mesure que j'approchais du plateau continental. Il fallait aller vite pour ne pas se faire rattraper par les vagues. Beaucoup de stress, je n'ai pas eu la possibilité de dormir. Dès le Horn passé, le vent est tombé et depuis, j'avance tout doucement dans une houle qui s'allonge. C'est un peu bizarre car on sort d'un grand désert maritime et il commence à y avoir une petite vie. C'est marrant car on change vraiment d'univers, ça s'est vu tout de suite, rien qu'avec un paquebot croisé tout à l'heure. Je suis un peu fatigué, mais ça symbolise la récompense de 30 ou 35 jours de quarantième ou cinquantième avec des conditions dures, froides, avec beaucoup de tension à cause des icebergs et des growlers. C'est une libération après toutes les choses extraordinaires du Pacifique, ce stress permanent, le vent, le matériel... Le corps enregistre tout ça et maintenant, c'est le début d'un repos mental et physique.
J'ai aimé le Grand Sud. Je me suis senti bien avec mon bateau dans l'Indien, même si ce n'était pas toujours facile. J'étais en accord avec les éléments, bien qu'handicapé et les ailes un peu coupées dans la partie Pacifique. On a eu des conditions intéressantes, permettant de faire de bons temps sur 24h. J'ai trouvé ça beau mais un peu frustrant de ne pas pouvoir exploiter les capacités du bateau. En passant devant le rocher, j'étais à 8 ou 9 milles et j'ai aperçu la lune dans mon nord-ouest. Deux secondes plus tôt, je parlais à ma femme qui est à la montagne, et elle aussi a vu la lune se lever.
A cette vitesse, les Falklands, c'est peut-être pour demain, enfin j'ai prévu d'arriver sur zone dans l'après-midi. Je me mettrai sous le vent, dans la partie sud ouest. A la dérive, ce sera plus simple car pas de coffre à prendre... mais si le vent tourne quand tu es en tête de mât et qu'il t'emmène vers la côte, c'est angoissant. » Marc Guillemot, Safran, à la vacation de 11h30.
A la uneBrèves
Quitter le Grand Sud
12.01.2009
919 milles
12.01.2009« Hier, il y a eu le passage de la dépression avec un front assez actif, qui n'a pas duré bien longtemps. Derrière, on avait de la mer, qui elle aussi s'est vite calmée. Je suis embêté car j''ai tardé un peu à manœuvrer et il y a toujours ce gros nuage qui me suit. En me basant sur les prévisions, je m'attendais à des conditions plus difficiles, même si on n'est à l'abri de rien. C'est un peu pénible : le vent a molli d'un seul coup, et la mer est restée grosse. Elle est formée mais belle. On est comme un con dans ces accalmies. Tu te dis que tu vas attendre et c'est la seule chose à faire. Je suis exaspéré d'avancer seulement à 10 nœuds. Je pense que le Pacifique va durer après le Cap Horn, et on risque d'être encore malmené après le caillou. Dans 919 milles exactement, donc 3 jours, j'arriverai au Cap Horn. Là-bas, j'ai d'ailleurs une mission qui m'a été confiée par Sam Davies. Je dois prendre de belles photos, car quand elle est passée, il faisait gris. Comme je devrais le passer de jour, je vais éprouver mes talents de photographe. » Arnaud Boissières, Akena Vérandas, à la vacation de 11h30.
Veolia Environnement en convalescence
12.01.2009"Je navigue dans des conditions qui ne sont pas faciles pour un bateau où la résine est fraiche. Il y a eu un bon coup de vent cette nuit, donc j'ai viré à l'ouest. Hier, sur tribord amure, j'ai pu vérifier que la réparation était correcte. La cloison est bloquée, ce qui n'occasionne plus de bruit. Pour affronter les 45 nœuds de vent et une mer bien agitée, j'ai été prudent, j'ai joué 3 ris, rien devant. Il n'en reste pas moins que ça tape beaucoup. Comme avant on naviguait au portant, les efforts ne sont pas les mêmes. Je regarde ce que ça donne au près. Si je toile un peu plus, ça tapera plus fort. Les grains se font moins nombreux, mais ça souffle quand même à 30 nœuds. Hier, je me suis montré une véritable fée du logis. Vu que je n'arrivais pas à dormir, j'ai fait le ménage à grandes eaux, pour virer une bonne partie des particules de carbone, même si, à heures précises, la grattouille revient. Je suis en convalescence. Je pense qu'il faut y aller crescendo. Concernant Michel Desjoyeaux, quand j'ai un petit coup de blues, je fais des scénarios dans ma tête. La route est encore longue, et je m'occupe plus que jamais de mon bateau. Parti comme il est parti ce Vendée Globe, il risque d'y avoir encore des rebondissements." Roland Jourdain, Veolia Environnement, à la vacation de 11h30.
Le Horn pour Marco
12.01.2009"Bonjour, Le jour se lève, j'apperçois entre les nuages la lune dans mon Nord-Ouest, le vent s'essoufle et la mer se range mais reste toujours une bonne houle d'Ouest qui nous pousse avec souplesse. Passage dans le Sud du caillou à7H31TU à 8,85 noeuds par 56°08,885 S et 67°12,729 W. Bien content de terminer ce Pacifique que j'ai pourtant trouvé vraiment bien mais on en sort un peu usé par la tension, le stress et toutes les aventures liées à l'épreuve. Je ne vois rien, j'espère que le GPS est bon... Une masse sombre apparaît ? Est ce donc ça ? Bonne journée." Marc Guillemot, Safran, par courriel de ce matin.
Cap-hornière
12.01.2009"Je suis maintenant cap-hornière. Et avec la manière, en contournant le point mythique dans 40 noeuds de vent et une mer montagneuse. Cependant, dans le vrai style cap Horn, le vent est tombé rapidement et je me suis retrouvée avec moins de dix noeuds. Pas de possibilité de faire la sieste : j’ai dû larguer les ris et changer de voile d’avant… J’ai eu aussi pas mal de travail à l’intérieur replaçant tout ce qui avait été matossé à l’arrière vers le centre du bateau pour garder une bonne assiette. C’est alors que le vent est rentré et j’ai dû alors reprendre mes ris et réduire à nouveau devant. Nous montons rapidement vers les Falklands dans une mer très hachée (excusez les fautes de frappe). C’est la nuit et la pleine lune éclaire le pont comme un spot. J’ai mon sac de couchage sous les yeux et je crois que je vais finalement prendre un peu de repos (beaucoup j’espère…). Bonne nuit ! " Sam Davies, Roxy, par courriel cette nuit.
Terre
12.01.2009Jonny Malbon (Artemis) vient d’accoster à Auckland. Il devrait être rejoint dans la journée par Jean-Pierre Dick (Paprec – Virbac 2). Le navigateur niçois sera accueilli par trois membres de son équipe technique et s’est d’ores et déjà assuré du soutien logistique de Bruno Troublé, organisateur de la Louis Vuitton Cup en Nouvelle-Zélande.