« Ça va comme un dimanche matin, j'étais en train de faire le ménage. L'intérieur, pas le pont, lui il se débrouille avec les paquets de mer qui le balayent. Ça m'a permis de faire l'inventaire des forces en présence. Pour l'écart avec Bilou, vous ne voulez pas me croire quand je dis des choses vraies ! Le problème c'est qu'en voile, en comparant le temps, il faudrait en plus tenir compte de la trajectoire, ou alors il faudrait qu'on passe tous au même endroit. Nous, on a les outils qu'il faut pour comparer et... vous les avez aussi d'ailleurs ! Là, je suis plus rapide que Bilou, donc l'écart va encore se creuser un petit peu, puis je vais ralentir en arrivant dans le Pot-au-noir. Ça devrait passer comme une lettre à la poste, mais ce sera peut-être un peu plus dur que ça. On n'a pas une situation très académique et il sera peut-être un peu meilleur pour Bilou. De ce que j'en comprends - parce que je n'ai jamais été très inspiré à cet endroit là - d'après les photos satellites que j'ai récupérées avec mon antenne, il est très bordélique et pas vraiment de saison. Mais il y aura peut-être moins d'air dedans que prévu... Par contre derrière, il y a les Alizés qui nous attendent et ça risque d'être musclé. A l'entrée dans l'Atlantique Nord, on va devoir faire une grande boucle par l'Ouest des Açores, ce qui n'est pas une position stratégiquement très complexe. Il n'y a pas de passage dans l'Est, donc ça devrait être évident et sans impondérable. D'ici là, il faut faire attention à ne pas faire de conneries, car sur ces grands bateaux, c'est vite arrivé. On prévoit une arrivée pour le 1er février, on va voir comment ça va se passer. Il y a des choses qu'on ne m'enlèvera pas : notamment, tout ce que j'ai fait jusqu'à présent, mais ce serait bien d'aller jusqu'au bout de la démarche. Après, la vie est faite d'impondérables : je suis seul sur mon bateau, je ne peux pas avoir l'œil partout... J'ose espérer que ce ne sera pas un problème technique. Pour le moment, Je n'ai pas de lumière orange, je n'ai que des lumières vertes. Je ne suis pas excessivement confiant, mais ça roule. » Michel Desjoyeaux, Foncia, à la vacation de 11h30.
A la uneBrèves
Confiant, avec modération
18.01.2009
Chasse au Desjoyeaux ouverte jusque début février
18.01.2009« C'est dur, là. Je pensais que je rentrais dans le bon wagon, puis Mich' est parti et moi je suis resté. Un mauvais dimanche... Enfin, je n'ai pas à me plaindre, on est dans un beau pays. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir et j'ai jusqu'à l'arrivée pour aller le plus vite possible. Ce qui sous-entend, aller plus vite que l'autre, mais ça va être dur. Pourtant, le Pot-au noir va être plus éprouvant pour lui que pour moi. Bien sûr, l'écart commence à compter, mais je ne vais pas me pendre dans mon bateau, je vais faire comme si je pouvais gagner jusqu'au bout. Ce matin, il y a eu une rupture du système et il a fallu ramasser de la toile un peu vite. En fin de nuit, j'ai eu un grain à presque trente nœuds et depuis, grosse pétole. Je louvoie entre des lignes de grains et entre les grains, il n’y a rien ! J'espère que ça ne va pas durer la journée entière, car dans ces températures là, c'est rude de rester les trois-quarts du temps sur le pont. J'ai eu deux superbes arc-en-ciel, le demi-cercle complet, pas trop de mer et un peu de poissons volants. Ils ne sont pas encore tombés sur le pont, mais j'ai préparé mon citron. Pour la suite ? La chasse au Desjoyeaux est ouverte jusqu'à février, après on ferme, mais on la fera jusqu'au bout. » Roland Jourdain, Veolia Environnement, à la vacation de 11h30.
Ménage à trois
18.01.2009« Là, ça va, le temps est beaucoup plus clément qu'il y a quelques jours. Tu fais du Nord, même si c'est encore super long, tu vas vers l’Europe ! Mes manœuvres durant la tempête ? On a fait ça en liaison avec la direction de course et les deux coureurs qui étaient avec moi. On a joué la sécurité, c'est quand même une histoire qui se termine plutôt bien. Le fait d'avoir Brian (Thomson) devant et Dee (Caffari) derrière, ca met du piment, même pour eux. Je pense que c'est bien, on a une dynamique à nous. On s'est beaucoup écrit pendant le coup de vent. Brian (Thomson) a été très sympa, il nous a donné les conditions qu'il avait, car il était devant nous.... Sinon, j'ai croisé des pêcheurs hier soir, là où je ne m'y attendais pas, c'était génial. Le ciel est maintenant assez chargé, c'est gris et il pleut un petit peu. Mais j'ai changé mes bottes de légionnaire contre des bottes de danseuse, c'est quand même plus agréable ! Aujourd’hui, j'ai fait le tour du propriétaire, ,j'ai un peu de boulot : un peu d'écopage à faire à droite à gauche et un peu de bricolage aussi. J'ai cassé un taquet de lazy jack, mais sinon, tout à l'air clair. Le check passe aussi par un tour dans le mât ; j'attends des conditions plus clémentes pour faire un tour dans le gréement. » Arnaud Boissières, Akena Verandas, à la vacation de 11h30.
Grand-voile affalée pour Steve
18.01.2009"Tout va bien à bord, mais mon chariot de têtière est cassé et j’ai dû affaler la GV, ce qui explique mon ralentissement. Il est coincé au niveau des barres de flèche, et je ne peux pas monter là-haut pour le moment pour des raisons évidentes......." Steve White, Toe in the Water, par courriel, hier au soir.
Punition pour Rich Wilson
18.01.2009"Le bateau subit une vraie punition avec une mer croisée et des creux de sept mètres. Le mouvement du bateau est violent, ce qui rend la vie dangereuse sur le pont et également dangereuse à l'intérieur. Il faut s'accrocher tout le temps. J'ai modifié l'angle de la quille pour que le bateau retombe sur son flanc plutôt que sur son fond et cela semble le soulager. Avant d'entrer dans le compartiment il fallait mettre le casque, car j'aurais pu voler dans cet espace. Je n'ai dormi que deux heures depuis 40 heures, car j'étudie les instruments afin d'essayer de trouver les moyens de faire face à cette offensive. La mer est énorme et désordonnée et régler les voiles ne change en rien cela." Rich Wilson, Great American III, dans son carnet de bord hier soir
Nuit caline
18.01.2009« Nuit intéressante derrière l’île des Etats pendant la tempête de nord. Les deux premières heures, ce fut relativement calme avec vingt noeuds de vent et le bateau confortablement calé entre deux îles granitiques avec juste quatre ris dans la grand-voile. Ensuite les nuages se sont accumulés, la pluie a commence et le vent est monté. J’ai alors démarré en aller et retour sous le vent de l’île pour chercher l’endroit le plus abrité.
J’ai certainement trouvé l’endroit le plus venté de l’île avec des vents rabattants à plus de 50 nœuds. Je me suis échappé de cet endroit en pilotant sous une pluie battante si drue que le radar ne pouvait plus distinguer les contours de l’île. Je me suis référé aux traces antérieures du bateau pour ne pas risquer de toucher l’île. J’ai finalement trouvé un endroit sous le vent de l’île où le vent ne soufflait qu’à trente nœuds. En restant sous grand-voile à quatre ris seule, j’étais dans une position idéale. Ma dérive était compensée par un courant qui me ramenait vers l’île.
Le baromètre est descendu jusqu’à 963 hpa, ce qui est très profond. J’ai branché l’alarme de vent et je me suis accordé une petite sieste. Quand le vent est rentré du sud-ouest, j’ai décidé de faire route : hors de l’abri de l’île, le vent est monté rapidement à 45 nœuds. La grand-voile à quatre ris était parfaite dans cette mer courte générée par les précédents vents de nord. La journée s’est ensuite passée à faire route vers les Falklands à bonne vitesse avec une mer évaluée à sept mètres de creux malgré un fetch de moins de 200 milles depuis les côtes de Patagonie. » Brian Thompson, Bahrain Team Pindar, par courriel cette nuit.