« Je ne suis pas encore en plein dans le Pot au Noir, mais on s’en rapproche. Encore une dizaine d’heures avant de rentrer dans cette zone de nuages et de vents erratiques. Mais pour l’instant, j’ai encore cet alizé qui me rapproche de Fernando de Noronha. Je vais encore avoir 200-250 milles dans des conditions difficiles avant d’attaquer l’hémisphère Nord. J’avais dit qu’il fallait attendre un peu pour mesurer l’écart réel entre moi et les autres. On fera un bilan à l’équateur. Je déclencherai mon chrono quand j’aurai accroché l’alizé du Nord. Il y a encore quelques pièges devant nous avant d’avoir des vents plus simple. Pour l’instant je ne me prends pas trop la tête même si je regarde les cartes en ce moment pour trouver le meilleur passage pour le Pot au Noir. Il y a une part théorie et une part pratique. Pour l’instant le ciel est bien dégagé, je regarde devant moi mais je ne vois pas de gros nuage. J’ai bien vu que je n’avais pas eu les mêmes conditions que ceux de devant, c’est comme ça : c’est la course au large, c’est la météo. Là j’avance à 9 nœuds. On est dans la dernière ligne droite, et c’est super sympa d’avoir des gens qui nous soutienne. Ça motive pour arriver encore plus vite et il faut continuer à mettre du charbon. Je n’ai plus de copain sur l’eau… non, je rigole. Il y a encore Samantha. Sinon je reçois pas mal de messages de la terre et j’envoie beaucoup de mail le soir ». Armel Le Cléac’h (Brit Air) à la vacation radio de midi
A la uneBrèves
L’inconnue du Pot au Noir
23.01.2009
Dur équateur
23.01.2009« C’est un Pot au Noir dont je me souviendrais. Il m’a fait un sacré tour de cochon… Cette fois-ci, j’ai eu une variante. Avant-hier, c’était la bonne nouvelle : j’étais au frais dans du vent de Nord-Ouest. Ça avançait bien, mais le gros nuage noir que je venais de passer s’était reposé devant moi en fin de journée. Puis il y a eut un grain, mais alors un grain XXL ! Je ne voyais même pas a 50 cm : holala… c’était l’enfer ! Entre autres questions, on se dit, mais qu’est ce que j’ai fait pour mériter ça ? Il y avait des éclairs, et tout ce qui va avec ! Et que bon, t’as pas de moteur de quille électrique. Alors quand le vent revient toutes les heures, puis finalement molli… vraiment tu deviens fou ! Je voudrais bien qu’on me donne un cours de météo de ce que j’ai vécu dans le Pot au Noir. J’avais une idée théorique, mais franchement je voudrais bien des explications détaillées. Bon, il reste un grain pour Armel ou j’ai tout pris ? Ok il en reste mais c’est vrai que c’était étonnant, Pas un grain, puis tout à coup c’est tout noir, et là, c’est pluie pluie pluie…. Depuis que le vent s’est levé, je suis au près. J’ai diminué la voilure. Mich’ (Desjoyeaux) parlait de montagne russe. Ben là, on y est. » Roland Jourdain (Veolia Environnement) à la vacation de 11h30
Pas très confortable
23.01.2009« Là, je marche à 16 nœuds, un peu moins dans les creux de vent. Mais je ne suis pas inquiet pour les conditions météo. Sinon pour la carte postale : la lune est partie depuis quelques jours, on a vu les derniers quartiers dans le Pot au Noir. Le soleil est là depuis deux heures sur une mer forte, même croisée. Le bateau est quand même pas mal secoué. Je suis passé de la trinquette au petit foc et grand bien m’a fait car le vent a changé cette nuit. Ce qui m’a permis de profiter du « sommeil du Juste » entrecoupé des petites sorties habituelles pour surveiller. Mais là, ça roule bien ce matin. On perd à peu près un degré Celsius par jour, donc il a fallu que je ressorte ma petite couverture pour la mettre sur mes petites gambettes pour dormir. On reste sinon bien secoué, la houle principale est à gauche du vent. On est à 70°/90° de vent et une houle autour de 60°. Le bateau saute pas mal. Là je navigue à 90° du vent, donc c’est agréable même si c’est pas super confortable car ça tape. Mais comme il faut passer vite dans les passages dangereux, autant accélérer un peu ! » Michel Desjoyeaux (Foncia) à la vacation de 11h30
Une vue magique
23.01.2009« Je suis entrain d’écrire alors que Roxy navigue doucement sous un ciel étoilé…. Cela change des nuages et de la pluie qui tombait sur le pont ! J’ai rattrapé mes heures de sommeil hier, après les dernières 48 heures où je n’ai presque pas dormi ! Cela a été un vrai bonheur et surtout une nécessité. J’étais vraiment au bord de la fatigue émotionnelle et mentale hier matin… ce qui est très rare pour moi et c’est vraiment signe qu’il faille dormir ! Heureusement, les conditions m’ont permis de dormir plusieurs heures d’un sommeil profond ! C’est le milieu de la nuit et je viens juste de terminer le dur travail de matossage, j’ai dû prendre tout le matériel qui était sous le vent pour le mettre au vent vu que ça commence à souffler un peu et que Roxy a besoin de poids au bon endroit. Normalement, le matossage est toujours fait avant de virer de bord ou d’empanner car la gravité nous aide, mais dans cette situation, il n’y a pas eu d’autres possibilités que de faire le travail soi-même. Le côté positif est qu’après le matossage, je peux aller sur le pont pour m’apaiser. Il est vrai qu’à ce moment-là, j’aimerais recevoir des embruns, ce qui voudrait dire que nous allons vite, mais comme ce n’est pas le cas, j’en profite pour regarder les étoiles paisiblement. Je commence à réaliser qu’il reste de moins en moins de jours dans cette course et je veux profiter de chaque minute et de chaque vue qu’il me reste. Vous n’en avez jamais assez ! La lune n’est pas encore sortie et comme il n’y a pas de lumière, la vue est magnifique ! Il y a quelque chose de magique à être toute seule sous un si beau ciel. Maintenant je vais me recoucher, jusqu’à ce que le vent soit assez fort pour remplacer le code 0 par le solent. » Samantha Davies (Roxy) par mail.
La Vendée se prépare à accueillir les skippeurs.
23.01.2009Alors que les premiers skippeurs du Vendée Globe se dirigent vers Les Sables d’Olonne, la Vendée se prépare à accueillir ces valeureux marins qui ont affronté pendant plus de 2 mois et demi pour les premiers les océans et les caprices d’une météo pas toujours très clémente. Philippe de Villiers, Président de la SEM Vendée, organisateur de l'épreuve, sera présent sur le ponton Vendée Globe afin de féliciter les skippeurs et saluer leur courage pour ce tour du monde épique. Le public pourra écouter le récit des skippeurs et les aclamer lors de leur passage sur un podium installé en haut du ponton Vendée Globe.
Le récit de Sébastien Josse
23.01.2009« C'était une grosse déferlante dans les mers du Sud, pendant une des plus grosses dépressions qu'on a eu sur ce Vendée Globe. Elle m'a cassé le roof, le safran, et une cloison structurelle. Le bateau n'est pas resté très longtemps couché, à peu près une minute, juste le temps de réaliser si on est à l'endroit ou à l'envers. Enfin, quand on a de l'eau dans le bateau, on sait que ce ne sont pas des conditions normales. Jusque-là, c'était une course maîtrisée, une belle descente de l'Atlantique, puis arrivé dans les mers du sud, j'avais pour objectif de ne pas forcer sur le matériel pour préparer la remontée de l'Atlantique. Mais c'est la loi du grand Sud, la loi du Vendée Globe... On ne peut pas faire des bateaux plus solides, c'est juste qu'on navigue dans des conditions dantesques, dans 120 à 130 km/h de vent, des tempêtes d'hiver breton tous les jours ! Nous on s'y habitue, mais ce jour-là, je me suis dit que ça commençait à être gros : des rouleaux de trois ou quatre mètres posés sur dix mètres de houle, ça fait treize mètres de creux et quand la déferlante s'abat, ce sont des tonnes d'eau qui arrivent sur le bateau. Dans 99% des cas, on arrive à surfer sur la vague, mais cette fois ci, c'est la vague qui a surfé sur nous... » Sébastien Josse, BT, à la vacation de 11h30, en direct du PC Course.