La navigatrice britannique Dee Caffari a fêté son 36ème anniversaire le 23 janvier, à son 74ème jour de course autour du monde : elle a reçu des messages de soutien et d’anniversaire venant de toutes parts. À ce jour, Dee a reçu plus de 2300 messages de fans et supporters venant de la France à l’Italie en passant par la Suisse et le Canada. Mais Dee ne s’attendait pas à recevoir des souhaits de Joyeux Anniversaire de célébrités telles que Patrick Poivre d’Arvor et son héros olympique Sir Matthew Pinsent : « C’est tellement sympa de savoir que ces gens-là se sont souvenus que je suis ici et que c’est mon anniversaire. De savoir qu’ils fêtent ça avec moi fait énormément de bien au moral. Il semblerait que je passe beaucoup d’anniversaire, toute seule en mer alors c’est super de recevoir des messages de mes héros ! »
A la uneBrèves
Messages à Dee
23.01.2009
Pêcheurs du Brésil
23.01.2009« J’ai navigué toute la nuit le long des côtes brésiliennes. Il fallait faire attention. De plus je suis entre les plates-formes et les pêcheurs. J’avais peur de m’endormir. Là, je suis fatigué mais je vais me remettre d’aplomb dans la journée. La zone n’est pas simple, mais en se rapprochant de la côte, le vent est monté à 23-24 nœuds, et il a fallu empanner de temps en temps. Si j’avais eu le choix, je serais plus au large, mais c’est la complexité du modèle météo qui fait que je suis là. J’ai été poursuivi hier par des pêcheurs brésiliens : j’entends crier à la VHS, je sors précipitamment et je vois un bateau de pêche à 50 mètres. Apparemment l’équipage n’était pas content, et je vois que je traîne une trentaine de flotteurs pris dans la quille et le safran. Dès que j’ai lâché les flotteurs, ils m’ont laissé, mais juste devant moi il y avait encore des flotteurs… et ça a duré sur 5 km. C’est dangereux pour nous, un vrai piège à bateau. L’alarme vient de se mettre en marche car il y a des bateaux ou un truc dehors. Ma stratégie pour demain, d’après les différents routages, sera de rester sur route proche de la côte, un peu moins de 40 milles. Comme ça je reste loin des plates-formes et je profite des vents portants. L’idéal pour se reposer serait de s’éloigner plus. J’ai affalé mon spi car j’ai peur de faire des bêtises… Il faut faire très attention pour gérer cette fatigue ». Marc Guillemot (Safran) à la vacation radio de 11h30
L’inconnue du Pot au Noir
23.01.2009« Je ne suis pas encore en plein dans le Pot au Noir, mais on s’en rapproche. Encore une dizaine d’heures avant de rentrer dans cette zone de nuages et de vents erratiques. Mais pour l’instant, j’ai encore cet alizé qui me rapproche de Fernando de Noronha. Je vais encore avoir 200-250 milles dans des conditions difficiles avant d’attaquer l’hémisphère Nord. J’avais dit qu’il fallait attendre un peu pour mesurer l’écart réel entre moi et les autres. On fera un bilan à l’équateur. Je déclencherai mon chrono quand j’aurai accroché l’alizé du Nord. Il y a encore quelques pièges devant nous avant d’avoir des vents plus simple. Pour l’instant je ne me prends pas trop la tête même si je regarde les cartes en ce moment pour trouver le meilleur passage pour le Pot au Noir. Il y a une part théorie et une part pratique. Pour l’instant le ciel est bien dégagé, je regarde devant moi mais je ne vois pas de gros nuage. J’ai bien vu que je n’avais pas eu les mêmes conditions que ceux de devant, c’est comme ça : c’est la course au large, c’est la météo. Là j’avance à 9 nœuds. On est dans la dernière ligne droite, et c’est super sympa d’avoir des gens qui nous soutienne. Ça motive pour arriver encore plus vite et il faut continuer à mettre du charbon. Je n’ai plus de copain sur l’eau… non, je rigole. Il y a encore Samantha. Sinon je reçois pas mal de messages de la terre et j’envoie beaucoup de mail le soir ». Armel Le Cléac’h (Brit Air) à la vacation radio de midi
Dur équateur
23.01.2009« C’est un Pot au Noir dont je me souviendrais. Il m’a fait un sacré tour de cochon… Cette fois-ci, j’ai eu une variante. Avant-hier, c’était la bonne nouvelle : j’étais au frais dans du vent de Nord-Ouest. Ça avançait bien, mais le gros nuage noir que je venais de passer s’était reposé devant moi en fin de journée. Puis il y a eut un grain, mais alors un grain XXL ! Je ne voyais même pas a 50 cm : holala… c’était l’enfer ! Entre autres questions, on se dit, mais qu’est ce que j’ai fait pour mériter ça ? Il y avait des éclairs, et tout ce qui va avec ! Et que bon, t’as pas de moteur de quille électrique. Alors quand le vent revient toutes les heures, puis finalement molli… vraiment tu deviens fou ! Je voudrais bien qu’on me donne un cours de météo de ce que j’ai vécu dans le Pot au Noir. J’avais une idée théorique, mais franchement je voudrais bien des explications détaillées. Bon, il reste un grain pour Armel ou j’ai tout pris ? Ok il en reste mais c’est vrai que c’était étonnant, Pas un grain, puis tout à coup c’est tout noir, et là, c’est pluie pluie pluie…. Depuis que le vent s’est levé, je suis au près. J’ai diminué la voilure. Mich’ (Desjoyeaux) parlait de montagne russe. Ben là, on y est. » Roland Jourdain (Veolia Environnement) à la vacation de 11h30
Pas très confortable
23.01.2009« Là, je marche à 16 nœuds, un peu moins dans les creux de vent. Mais je ne suis pas inquiet pour les conditions météo. Sinon pour la carte postale : la lune est partie depuis quelques jours, on a vu les derniers quartiers dans le Pot au Noir. Le soleil est là depuis deux heures sur une mer forte, même croisée. Le bateau est quand même pas mal secoué. Je suis passé de la trinquette au petit foc et grand bien m’a fait car le vent a changé cette nuit. Ce qui m’a permis de profiter du « sommeil du Juste » entrecoupé des petites sorties habituelles pour surveiller. Mais là, ça roule bien ce matin. On perd à peu près un degré Celsius par jour, donc il a fallu que je ressorte ma petite couverture pour la mettre sur mes petites gambettes pour dormir. On reste sinon bien secoué, la houle principale est à gauche du vent. On est à 70°/90° de vent et une houle autour de 60°. Le bateau saute pas mal. Là je navigue à 90° du vent, donc c’est agréable même si c’est pas super confortable car ça tape. Mais comme il faut passer vite dans les passages dangereux, autant accélérer un peu ! » Michel Desjoyeaux (Foncia) à la vacation de 11h30
Une vue magique
23.01.2009« Je suis entrain d’écrire alors que Roxy navigue doucement sous un ciel étoilé…. Cela change des nuages et de la pluie qui tombait sur le pont ! J’ai rattrapé mes heures de sommeil hier, après les dernières 48 heures où je n’ai presque pas dormi ! Cela a été un vrai bonheur et surtout une nécessité. J’étais vraiment au bord de la fatigue émotionnelle et mentale hier matin… ce qui est très rare pour moi et c’est vraiment signe qu’il faille dormir ! Heureusement, les conditions m’ont permis de dormir plusieurs heures d’un sommeil profond ! C’est le milieu de la nuit et je viens juste de terminer le dur travail de matossage, j’ai dû prendre tout le matériel qui était sous le vent pour le mettre au vent vu que ça commence à souffler un peu et que Roxy a besoin de poids au bon endroit. Normalement, le matossage est toujours fait avant de virer de bord ou d’empanner car la gravité nous aide, mais dans cette situation, il n’y a pas eu d’autres possibilités que de faire le travail soi-même. Le côté positif est qu’après le matossage, je peux aller sur le pont pour m’apaiser. Il est vrai qu’à ce moment-là, j’aimerais recevoir des embruns, ce qui voudrait dire que nous allons vite, mais comme ce n’est pas le cas, j’en profite pour regarder les étoiles paisiblement. Je commence à réaliser qu’il reste de moins en moins de jours dans cette course et je veux profiter de chaque minute et de chaque vue qu’il me reste. Vous n’en avez jamais assez ! La lune n’est pas encore sortie et comme il n’y a pas de lumière, la vue est magnifique ! Il y a quelque chose de magique à être toute seule sous un si beau ciel. Maintenant je vais me recoucher, jusqu’à ce que le vent soit assez fort pour remplacer le code 0 par le solent. » Samantha Davies (Roxy) par mail.