« C'est fatigant en ce moment, surtout qu'au près, c'est la configuration la pire pour mon bateau avec les ailes coupées. Je ne suis pas très à l'aise pour remonter. On a touché un petit peu de vent depuis hier soir, mais je suis bien en dessous des prédictions. On a vraiment besoin d'une grand voile entière, c'est pénible et difficile... Mais on va le faire, il reste encore un petit peu de milles pour arriver jusqu'à Récife, puis au Pot au noir. J'ai gardé trois ris jusqu'à la hauteur de l'Uruguay et depuis, j'ai pu en remettre deux. Au large, ce n'est pas trop handicapant : avec les spis, les gennakers, en jouant avec les angles... Alors qu'à la côte et au près, il faut vraiment de l'appui. Une grand voile réduite, pour remonter un vent « medium », c'est difficile. J'ai dû faire deux empannages pour éviter des lignes de pêche. Après, alors que je n'avançais pas vite à cinq ou six nœuds , les pêcheurs sont venus me voir et m'ont indiqué de quel côté passer. Ils étaient ravis que je ne vienne pas dans leurs lignes dérivantes, et moi, de ne pas devoir refaire d'empannages. Je me suis un peu plus écarté de la côte : pas de pêcheurs, pas trop de cargos, c'est bien plus libre maintenant. Cette nuit j'ai pas mal écrasé et j'ai pu récupérer un petit peu, mais je suis encore crevé. J'ai eu une période un petit peu difficile pendant une ou deux heures, deux grains, le déluge, puis d'un coup, trois nœuds de vent... Il a tendance à revenir, et s'il reste stable, je vais pouvoir me reposer encore un peu plus : j'en ai besoin. » Marc Guillemot (Safran) à la vacation de 11h30.
A la uneBrèves
Dur Brésil
25.01.2009
Ambiance short et T-shirt
24.01.2009« J’ai retrouvé un peu de vent hier en fin de journée. Là, j’ai entre 8 et 10 nœuds, j’essaye de faire route vers le Nord/Nord-Ouest. Quand tu regardes la place des autres (Brian Thomson et Dee Caffari), tu vois qu’ils m’ont mis quasiment 500 milles ! Ici, il fait relativement beau, je suis au près. Si ça évolue comme ça doit évoluer, ça risque d’être un peu galère donc je risque d’être au près pendant un petit moment. Mais ça reste de conditions clémentes. Moi, j’aime bien naviguer au près mais le bateau n’aime pas trop… Depuis les Malouines, c’est agréable, c’est ambiance short et T-shirt, il y a du soleil. Il faut en profiter car chez vous il ne fait pas si chaud que ça il parait !? Je me suis baigné pour vérifier la quille et enlever une grosse algue. Pour le ballon de foot, c’était quand j’étais à côté du Brésil, j’ai mis le maillot de foot avec le numéro 14 d'Akenas Véranda… A part ça, j’ai fait un peu de voile, j’essaye de pas mal barrer comme les conditions sont redevenues agréables. Le moral est bon. Le plus dur, c’était au début, j’étais à 4/6 nœuds tandis que les autres étaient dans un bon flux… Mais il reste encore plein de choses : le Pot au Noir, l’équateur, etc. » Arnaud Boissières (Akena Véranda) à la vacation de 11h30
Retour de la brise
24.01.2009« C’est un peu plus sportif. Ça change mais positivement. Depuis le début du Pacifique, on a un énorme anticyclone, c’est une bulle énorme. Mais cap sur la prochaine porte, car là c’est sympa, c’est plein Ouest, on essaye de louvoyer au portant, puis hier soir c’est bien rentré. Sinon, on a eu une sorte de brouillard, je m’étais mis à 2 ris trinquette. De plus, ça faisait deux jours que je n’avais pas remis le ciré, c’était un peu imprévu. Maintenant, c’est le milieu de la nuit, je viens de remettre un peu de toile. Je suis à peu près à trois cent milles de la prochaine porte. J’espère que le temps va bien tenir car ça nous donnera une météo assez bonne pour le cap Horn. S’il se scinde en deux, on risque d’avoir de gros grains, mais s’il reste, ça ne me dérangerais pas. Avec Norbert (Sedlacek), il y a un petit match et c’est sympa. C’est sûr que ça fait un peu long quand tu marches à 7 nœuds et que ça fait dix jours que ça dure. On se dit que ce n’est pas possible ! Ca fait un peu long par 40° Sud quand t’es à 6/7 nœuds. Quand les conditions sont plus musclées, t’as un peu de stress, mais du stress sympa. Donc droit devant : la porte, le cap Horn puis la remontée et tout devrait aller bien. » Raphael Dinelli (Fondation Océan Vital) à la vacation de midi
Killer Queen
24.01.2009« Après une autre journée passée à vitesse réduite, j’espère vraiment que nous allons finir par accrocher les alizés à l’Est. Le vent refuse de faire ce que la météo prévoit, car à la place des 10-15 nœuds prévus, j’ai eu 2 à 4 nœuds toute la journée. Comme vous pouvez l’imaginer, c’est un peu dur pour le moral car je vois les milles s’envoler, Roxy bloqué ici et les autres filent à toute allure devant. J’ai écouté de la musique au crépuscule pour essayer d’oublier mes frustrations. J’ai découvert des bonnes musiques et parmi elles, des chansons du groupe « Queen », les meilleurs titres qui redonnent la forme : « the Show must go on » et « Killer Queen »… Je me suis fait un petit karaoké dans le cockpit à chanter à tue-tête. Moment très privé, désolée, pas de vidéo à l’appui ! C’est incroyable comme cela fait du bien à l’esprit. Je pense que j’emmènerais un karaoké pour mon prochain Vendée Globe. Maintenant, j’ai trouvé mes 10 nœuds de vent bien qu’au début cela a été dur car je suis passée dans des rafales avec plusieurs fois des changements de vent de plus de 100° (ne pas regarder mes traces de trop près !). Il fait noir et je suis sortie sur le pont régler les voiles pour la prochaine bourrasque et je me suis fait surprendre par un petit oiseau noir qui était posé sur la casquette du bateau à un mètre de moi. Je l’ai regardée et il me regardait… Puis il a fait un énorme bruit qui m’a fait un peu peur car normalement les oiseaux qui montent à bord sont plutôt timides et toujours très polis. Donc j’ai à mon tour fait un cri rauque, ce qui l’a fait un peu battre des ailes (j’étais aussi en train de remuer les bras) mais il est resté immobile, il continuait de me fixer comme s’il voulait me dire « retourne bosser et arrête de m’observer ». C’est ce que j’ai fait ! Mais je n’ai pas pu m’empêcher de lui mettre un gros faisceau de ma lampe torche dans les yeux, juste pour lui montrer qui est vraiment le chef ici !!!! » Samantha Davies (Roxy) par mail.
Mer coriace
24.01.2009« Sur le papier, tout va bien, ça accélère. Sauf que je suis dans la description que Michel Desjoyeaux a faite ces derniers jours : le terrain est sacrément cabossé. Je vogue à 25/30 nœuds sur une mer qui n’est pas rangée. C’est douloureux pour le bateau ainsi que le skipper. C’est même bien pénible. Je ne peux pas tenter autre chose que tenir debout. Je regarde toujours du coin de l’œil mes réparations, voir si elles tiennent. Pour la carte postale, la nuit est étoilée. Le jour, les nuages arrivent. La mer est coriace, avec des alizés bien costauds. Grosso modo, on a du vent croisé. Parfois je me retrouve contre la mer. Je ne pense pas trop à l’arrivée. Je n’ai pas envie d’y penser. Elle arrivera bien assez tôt. Je me dis qu’en ce moment, je vis les deux dernières semaines d’un long parcours et d’un long projet. Dans les 500 derniers milles, on sent la terre… » Roland Jourdain (Veolia environnement) à la vacation de 11h00
Peau de bébé
24.01.2009« En ce moment, j’aperçois un beau lever de soleil. Cela contraste avec la nuit qui a été particulièrement agitée. La mer n’était pas organisée. C’était un temps à grains. A un moment, comme il n’y avait que 15 nœuds de vent, j’ai failli envoyer de la toile. Heureusement que je ne l’ai pas fait car le vent a grimpé à 26 nœuds. Donc j’étais très bien avec la trinquette et une voile à deux ris. Alors que je vous parle, les conditions sont molles. J’ai 18/20 nœuds de vent. Dans les prochains jours, je pense que ça va continuer à faiblir, peut-être jusqu’au 26 janvier au matin. Comme il y devrait y avoir de la houle, je me mettrai sous gennaker. Je serai sous la bordure anticyclonique des Açores. J’empannerai alors pour mettre cap au Nord ou j’accrocherai au flux Nord-Ouest... A voir ! Dans le bateau ça bouge beaucoup. A tel point que depuis là où je roupille jusqu’au cockpit, il faut se tenir, s’accrocher au winch. Ça secoue. A 15 nœuds de vitesse quand on prend des vagues, c’est assez dynamique. Sous la casquette, je suis relativement peinard pour faire les réglages. J’enfile mon ciré et mes bottes. Il faut savoir que, même lorsqu’il fait chaud, je garde mon ciré. L’eau salée est l’ennemi du skipper. A bord, il n’y a pas d’eau courante pour se rincer… Et ça use la peau des fesses ! » Michel Desjoyeaux (Foncia) à la vacation de 11h00