« Quelle frustration! Je passe mon temps à me battre pour faire avancer le bateau, qui ne progresse guère. Le pire, c’est que je vois partir tous les autres devant moi après de tels efforts pour les rattraper. Enfin, j’ai réussi à entrer dans l’hémisphère Nord avant que Foncia ne franchisse la ligne d’arrivée, ce qui me réconforte un peu dans ces moments déprimants. Le vent revient là à une vingtaine de nœuds. J’ai pris un ris et j’ai rempli les ballasts. Je commence à m’habituer à la navigation au près avec ses inconforts, mais après ces derniers jours, je ne vais pas m’en plaindre. Cela avait été affreux pour la grand voile, car en l’absence de vent et avec la houle, la voile claque et je ne savais pas comment elle allait résister à ce traitement. Je voyais la voile se désintégrer devant mes yeux dans un nuage de confettis. » Dee Caffari (Aviva)
A la uneBrèves
Confettis dans le Pot
03.02.2009
Roland Jourdain à quai à Ponta Delgada
02.02.2009Bilou a amarré son bateau à Ponta Delgada sur l’île de Sao Miguel. Accueilli par Nicolas de Castro et Luis Guervos, le navigateur a réussi son pari : ramener Veolia Environnement à bon port. Roland n’avait de cesse de le dire : le devoir d’un bon marin c’est avant tout d’être capable de préserver son bateau et de ne pas mettre en danger sa vie ni celle des autres. Mission accomplie donc, même si la remontée du chenal des Sables d’Olonne par Monsieur Jourdain va manquer cruellement dans l’histoire de ce Vendée Globe.
Cali dans le pot
02.02.2009Arnaud Boissières dans une interview avec son équipe :
"Je suis très proche de Fernando de Norhonha, à une dizaine de milles par le travers. C’est la première fois que je passe à l’ouest de ces îles. J’ai été ralenti cette nuit et ce matin, c’est reparti. Le ciel est chargé depuis hier, c’est le signe que je suis dans le Pot Au Noir. Je n’ai pas encore subi les grains mais j’ai de la pétole parfois et ça repart ensuite. Ce n’est pas facile à voir arriver. J’ai récupéré des fichiers récents et il semble moins virulent pour moi que ce qu’a connu Dee Cafari. J’ai réduit mon retard mais elle est sortie du Pot Au Noir alors que je vais y rentrer. Je peux en être sorti demain matin ou y rester coincé trois jours. Il suffit d’un nuage pour se faire arrêter. Je suis content car je n’ai pas allumé le moteur pendant trois jours. Mon fonctionnement à l’économie est plutôt profitable. L’objectif est d’avoir encore assez de gazole pour l’hémisphère nord."
Dernière vacation
02.02.2009« Veolia Environnement, c'est un bon bateau qui peut encore naviguer et je m'en voudrais trop qu'il chavire et qu'on ne le récupère plus. J'aurais pu envisager un « stand by » et attendre que ce coup là passe, mais ce n'est même pas un petit coup d'une nuit : il y a un flux de Nord-Ouest pour sept jours. Du vent de travers, je sais faire, mais une mer de travers, je ne voudrais pas me laisser emporter en me disant que ça passe, que ça va de mieux en mieux, jusqu'à la déferlante de trop. Hier, c'était la fête de Michel et je n'allais pas ruiner l'ambiance avec mon truc. Je viendrai à pied aux Sables pour vous voir et vous remercier, tout particulièrement toi et toute l'équipe qui a animé les vacations, c'est ma dernière et vous avez été top. J'ai passé de bons moments avec vous, ça ne s'oublie pas ! » Roland Jourdain (Veolia Environnement) à la vacation de 11h30.
Troisième cap Horn
02.02.2009« En fin de nuit, je suis passé près des îles Diego Ramirez et là je suis en train de voir les montagnes, les monts sur l'île Hermite. Je pense que je vais avoir en vue le cap Horn, dans une heure, une heure et demie. Je ne pensais pas avoir la visibilité, mais le vent a basculé un peu dans le bon sens et je pense pouvoir le voir pour la troisième fois, ça va être sympa. C'est bien, parce que là, les conditions sont musclées depuis quelques jours et je sais que derrière, il y a un anticyclone. Je me bagarre comme un fou pour passer ce cap. Ça passe de 25 nœuds à 40 nœuds, je vois les grains autour de moi et je sais que dessous il y a un très mauvais temps. Je sais que ça va durer encore trois ou quatre heures. Je pense que je vais prendre le ciré et les bottes, me méfier des grains et profiter du spectacle, ça va être un grand moment. C'est toujours pareil, parce qu'il y a d'abord cette adrénaline, cette excitation de navigation côtière, avec les îles Diego Ramirez, les îles Ildefonso... Le vent est assez variable, donc il y a toujours cette petite adrénaline à naviguer de nuit. Vérifier bien son GPS et quand on voit enfin les montagnes, ça fait quand même quelque chose. Penser que derrière après, ça change totalement de météo, de cycle... Cette approche est assez mythique, c'est spectaculaire. C'est toujours très sympa de rencontrer des îles en plein milieu du Pacifique, mais là c'est grandiose, les Alpes sans la terre, juste les montagnes. C'est incroyable. Le Pacifique, lui, était très grand, parce que depuis la Nouvelle-Zélande jusqu'à la porte Pacifique Est, ça a été l'anticyclone, avec du vent refusant, du vent faible adonnant... Et puis là, je me suis bien éclaté depuis la dernière porte jusqu’au cap Horn : j'ai fait des records de vitesse et de distance avec mon bateau... Le Pacifique était tellement long que ce caillou, ça va tout changer. Je commence déjà à regarder un peu les Malouines et la météo, je pense que je vais arriver le 4 ou le 5 et voir si je peux m'y arrêter. Après, il faut que ça soit différent parce que c'était vraiment très long et océan. » Raphaël Dinelli (Fondation Ocean Vital) à la vacation de 11h30.
Rester à l’Est
02.02.2009« Cette nuit, j'ai eu toutes les conditions, depuis 8 nœuds jusqu’à 30 nœuds et des grains avec un ciel clair, sans avertissement. J'étais à bloc toute la nuit, jusqu'au matin. Marc se décale vers l'Ouest : j'ai regardé et je ne vois pas pourquoi il faut aller dans l'Ouest, pour moi c'est plutôt une route Est qu'il faut prendre parce que l'anticyclone ne fait que monter et se déplacer vers l'Ouest. Du coup, je ne sais pas si Marco va réussir à faire le tour. Peut-être que c'est à cause de ses voiles qu'il essaye de chercher le portant au plus vite. Moi, je continue ma route. J'ai envoyé une photo à Michel et j'en ai reçu une, prise pendant la soirée, avec Mich et des « Roxy boys », mon équipe ! Je viens tout juste d'apprendre pour Bilou et c'est une énorme, énorme tristesse. Je ne peux pas imaginer comme il doit être déçu, ça fait super mal, après tout ce qu'il a fait jusqu'à maintenant, toujours dans la tête de la course. Il ne mérite pas de ne pas finir, c'est trop triste. » Samantha Davies (Roxy) à la vacation de 11h30.