Conférence de Joé Seeten

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Le 20 février 2005
Huitième du Vendée Globe 2004-05, Joé Seeten (Arcelor Dunkerque) a tenu une conférence haute en couleur avec le soutien de nombreux dunkerquois, juste après celle de Conrad Humphreys.
« Cette régate est énorme parce que les marins sont énormes. Les bateaux sont encore plus performants, et les démarches plus professionnelles. Avant, c’était des éditions d’aventuriers. Maintenant, c’est de la régate pure et dure. Tenir des moyennes de 16 nœuds par 24 heures dans le grand sud est tout simplement hallucinant. C’est difficile d’imaginer l’ambiance à l’intérieur. C’est assez impressionnant. Cela peut même être traumatisant. En cela, la nouvelle génération a fait de bons progrès, comme les postes de veille entre l’extérieur et l’intérieur. Les bateaux sont désormais plus intelligemment conçu au niveau du respect du marin. »

Peur ?
« Je n’ai pas peur. Paradoxalement, plus le vent monte, plus cela m’excite. Mais il faut être conscient du danger lorsque les conditions sont énormes. Une nuit, il y avait 50-60 nœuds de vent et il pleuvait. Je suis sorti pour réduire. J’ai allumé le feu de pont pour éclairer la plage avant. J’ai regardé vers l’étrave et me suis dit : « je ne vais pas arriver jusqu’à l’avant. » La pluie tombait à l’horizontale et épousait les formes de l’accastillage sur le pont. C’était génial et effrayant à la fois ! Il faut avoir un gros cœur et s’accrocher à la vie. Il faut aussi être en symbiose avec son bateau pour gérer intelligemment la course. »

Casses des safrans
« Quand j’ai cassé le premier safran, j’ai rapidement pu le changer par celui de secours. Mais 48 heures plus tard, il y eut le deuxième impact. Là, j’avais un vrai problème car il ne m’était plus possible de naviguer ainsi. La seule solution était de réparer. J’ai envisagé d’abandonner à ce moment-là. J’avais demandé à ma femme si elle voulait visiter l’Afrique du Sud et avais même rédigé ma lettre d’abandon. Finalement, je suis reparti vers les Kerguelen et Crozet. Je n’avais pas de carte de détail. Je suis donc arrivé à tâtons, avec le sondeur, pour trouver un lieu de mouillage. J’ai alors perdu ma première ancre car le mouillage s’est coupé sur le bord de fuite de la quille. C’était le soir. J’ai mouillé ma deuxième ancre et suis parti me reposer. Ce n’est que le lendemain matin que j’ai sorti le safran endommagé. J’ai travaillé quatre heures sur le safran avant de commencer à “strater“. C’était un peu du bricolage. J’ai mélangé du lait en poudre avec la résine pour faire ma charge. Heureusement, j’avais une résine spéciale humidité extraordinaire, car il faisait 2°C à l’extérieur. Une fois le travail terminé s’est posé le problème de remettre le safran, car j’ai besoin d’une ancre pour plomber le safran et le positionner verticalement. Or, ma dernière ancre était au fond de l’eau pour retenir le bateau. Je l’ai donc remonté pendant trois quarts d’heure et me suis obstiné pendant deux heures pour tenter de remettre le safran. Mais la mer avait beau être plate, il y avait 50 nœuds de vent et le bateau bougeait trop. Je suis donc reparti avec un seul safran, qui plus est sur le mauvais côté, pendant trois jours, jusqu’au moment où un petit calme m’a permis de remettre mon safran en place. Au total, cela m’a pris une semaine de course entre la casse du premier safran et la fin de la réparation du deuxième. »
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