Au bout de la passion

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Le 01 mars 2005
De Karen Leibovici (Benefic), à plus de 2 000 milles de l’arrivée, à Benoit Parnaudeau à 450 milles des Sables d’Olonne, les 4 marins encore en course dans le Vendée Globe font preuve d’un courage et d’une abnégation qui forcent l’admiration. Près d’un mois après l’arrivée du vainqueur Vincent Riou (PRB), deux femmes, Karen Leibovici et Anne Liardet (Roxy) et deux hommes, Benoit Parnaudeau et Raphaël Dinelli
(Akena Verandas) composent, en plus d’une lassitude bien compréhensible, avec des éléments capricieux qui s’acharnent à rendre chaque mille gagné vers les côtes Vendéennes plus cher à payer en manœuvres et en souffrance.
Karen Leibovici déploie des trésors d’énergie pour garder la tête froide dans un invraisemblable marasme météorologique qui l’emprisonne depuis 5 jours au large du Sénégal. La jeune femme descend aujourd’hui sous la barre des 2 000 milles à parcourir jusqu’à l’arrivée. 2 000 milles en route directe, mais combien au louvoyage dans une météo bien cruelle ?

Cruelle aussi pour Benoit Parnaudeau et Anne Liardet. Benoit est attendu jeudi prochain aux Sables d’Olonne. Mais après un violent coup
de vent, il compose aujourd’hui avec du vent très faible. Son étrave est désormais résolument pointée vers l’arrivée et Benoit sent la délivrance proche. Anne Liardet navigue enfin cap au nord par le travers de Lisbonne. Le vent est instable en force et en direction, ce qui n’est pas le cas de la mer dont la longue houle venue d’Irlande cueille de face l’étrave de Roxy. « Je me fais brasser entre deux
grains » explique la jeune femme qui s’est fixée dimanche prochain comme date d’arrivée aux Sables d’Olonne. Seul marin à sourire un peu aujourd’hui, Raphaël Dinelli savoure, après plusieurs jours de vent fort, une navigation travers au vent propice à la vitesse sur la route directe. Le vendéen espère tenir cette allure le plus longtemps possible, 24 heures au minimum, avant d’aborder, comme ses prédécesseurs dans ce Vendée Globe, la remontée le long de la péninsule ibérique dans du Nord Est fort, au près et face à la mer.

Raphaël Dinelli :
« Je n´ai pas beaucoup dormi, mais au moins j´avance. Je suis sous 2 ris-trinquette, j´ai remis mes bottes et mon ciré, et je fais marcher mon Akena du mieux que je peux. Je suis encore parti 2 fois au lof, j´ai 25 nœuds établis, et je peux avoir 35 à 40 nœuds sous les grains. Je navigue bon plein. Là, maintenant, c´est parti. C´est tout de même
agréable de repartir en glisse! Ce qui était prévu est arrivé ! Akena a passé la journée d´hier dans la pétole. J´ai tenté plusieurs virements de bord pour me permettre de me diriger vers la bascule, et en fin de journée, c´était terminé…tanqué ! J´ai été obligé d´arrêter le pilote, et le voilier s´est mis à tourner sur place à cause de la houle. Le
directeur de la course m´a d´ailleurs appelé pour savoir s´il n´y avait pas de problème à bord ! C´était juste un trou d´air ! La nuit a été nettement plus mouvementée au milieu de grains violents. Le bateau s´est couché, ce qui m´a valu une belle peur. Entre les grains, je n´avançais pas, par contre dessous, je pouvais avoir jusqu´à
30 nœuds ! »


Anne Liardet :
« On subit beaucoup des météos pas très sympas… La mer est très dure, le bateau tape beaucoup mais il y a un coin de ciel bleu pour soutenir le moral. J’ai viré hier à la recherche d’un meilleur angle de vent. Aujourd’hui, je parviens à faire un bon cap et j’espère toucher l’avant d’une dépression qui se développe dans l’ouest. Le bateau est solide mais il est comme moi, il a eu sa dose de difficultés physiques. La succession des chocs est usante. Je ne suis pas désespérée mais je crois que j’ai eu ma dose. J’ai hâte de vous revoir tous. »

Karen Leibovici :
« Ce n’est pas la grande joie ! J’essaie de trouver l’énergie pour avancer. J’attaque mon 5ème jour de pétole ou de molle. Je suis en colère contre la nature. J’attends une amélioration pour cette nuit
mais mes fichiers météos ne me rendent pas optimiste pour la suite. Je dois vraiment prendre sur moi. A ce rythme, les problèmes d’eau, de nourriture et de carburant vont devenir cruciaux… »


Benoit Parnaudeau :
« Le vent a beaucoup molli, et j’en ai profité pour assécher le bateau.
J’ai aussi bricolé sur le pont. J’ai notamment changé la drisse de trinquette qui me sera bien utile sur la fin. Avec tout cela, je n’ai
pas beaucoup dormi, une heure peut-être. J’attends une rotation du vent au Nord Ouest pour redécoller enfin… »

dvdb


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