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Compte à rebours

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par Jean-Yves Chauve
© Jean-Marie Liot / DPPI / Vendée Globe
 
Le vendredi 07 novembre 2008 à 16:25

Le compte à rebours s’égraine désormais en heures. Le pilote prend lentement possession de cet univers clos et froid qui sera bientôt le sien. Dans 2 jours, il y sera seul pour y vivre et pour tout faire. Alors assis face à l’écran de l’ordinateur, il observe et s’imprègne des cartes météo du jour du départ. Oubliant toutes ces personnes qui s’agitent autour de lui, il est déjà en mer dans le Golfe de Gascogne, en route pour l’épreuve ultime, ce Vendée Globe de légende dont il est déjà l’un des héros.

Europ Assistance

La période est délicate. Il doit être prêt à 100%. Pas évident de bien se préparer quand il faut répondre aux innombrables interviews, serrer des mains, signer des autographes, expliquer, raconter. Tout le monde vous le dira, ces marins d’exception restent des gens accessibles loin des « stars » des circuits. L’humilité est une des vertus du marin. La mer sait le rappeler à ceux qui auraient tendance à l’oublier.

Parmi tous ces admirateurs, il y a les membres de l’entreprise dont il porte fièrement les couleurs. Pour ceux-là, c’est un peu d’eux-mêmes qui va faire le tour du monde. Alors le skipper sait qu’il doit être disponible, même si son envie serait d’être seul pour rentrer doucement dans la concentration nécessaire avant le coup de canon libérateur.

Il faudrait pourtant le protéger. En cet automne pluvieux, au milieu de cette foule d’anonymes passionnés, les virus rôdent. Plusieurs skippers se sont plaints de toux, de maux de gorge et de mal de tête. Rien de bien grave mais partir avec un gros rhume ou une rhino-pharyngite n’est pas l’idéal dans cette phase essentielle des premiers jours de course où il faut être au top pour se positionner dans le peloton de tête.

Une mise en quarantaine quelques jours avant le départ, à la manière des astronautes, serait une bonne sécurité mais j’ai bien peur que les médias et les sponsors ne soient pas tout à fait d’accord. Plus tard et plus loin, ça ira mieux. La mer est un milieu pauvre en bactéries et autres virus. Le risque d’épidémie y est quasiment nul. Pour l’instant et tant qu’ils sont encore physiquement accessibles, j’en profite pour les suivre au plus près et les soigner au mieux.

Une fois en mer ils pourront utiliser la pharmacie de bord. Elle doit les aider à faire face à tous les incidents médicaux de la course.

Comme les préparateurs, je me demande si j’ai bien tout prévu. Pas simple. La liste de produits doit être raisonnable, facile à utiliser pour un solitaire, tout en étant capable de traiter un maximum de troubles. Le poids et l’encombrement sont limités, pas question de leur faire embarquer un hôpital de campagne. Il y a tout de même plus d’une centaine de produits dans cette petite trousse dépassant à peine 5 kgs dont nous détaillerons le contenu et les évolutions futures dans une prochaine chronique.

A l’intérieur des bateaux, dans cette cabine monacale si large qu’on se demande où peut bien se tenir lors des soubresauts violents de la coque, je regarde avec attention les équipements de transmission. Ils sont le trait d’union obligé entre les coureurs et moi-même. Sans liaison satellite, pas de connexion possible. Heureusement plusieurs systèmes se superposent. Si tout tombe en panne, on aura encore le moyen de savoir si tout va bien à bord.

Face à un problème médical, grâce aux symptômes et aux images transmis, j’aurai les moyens d’appréhender au mieux l’accident ou la maladie. En situation d’isolement, la consultation médicale à distance est le seul recours. A ce titre, le Vendée Globe est un véritable laboratoire expérimental au service du plus grand nombre.

Cette année et pour la première fois, nous allons avec Europ Assistance et les équipes de sa Division International Health Solutions, planter les bases d’un patient virtuel généré par l’ensemble des informations que les concurrents vont nous transmettre dans des conditions réelles de terrain. En retour, nous pourrons leur prodiguer à distance des soins mieux adaptés. Ce Remote Control Aid (RCA) est un outil destiné à rapprocher le patient de son médecin. Malgré la distance.

Ainsi,  au-delà de leur exploit, les coureurs du Vendée Globe vont être les acteurs attentifs et concernés de cette nouvelle médecine où la technologie abolie les distances pour mieux soigner. Malgré l’isolement.

 

Dr Jean-Yves Chauve