Vendée Globe

L’archipel de Madère

L’archipel de Madère
© Jean-Marie Liot / DPPI / Vendée Globe
Le 13 novembre 2008

Sur la route des alizés, l’archipel de Madère est isolé dans l’Atlantique à 500 milles de Lisbonne et 250 milles des Canaries. Ces îles volcaniques culminant à plus de 1 500 mètres, l’effet perturbateur sur le vent s’étend sur plusieurs dizaines de milles autour de ces reliefs, incitant les solitaires du Vendée Globe à s’écarter de ces îles. 

A la même latitude que Casablanca, l’archipel comprend en fait deux groupes d’îles (Grande Madère, Porto Santo, Desertas au Nord, et les Selvagens très éloignées dans le Sud) mais seule Grande Madère (275 000 habitants) et Porto Santo (7 000 résidents) sont habitées. Cette dernière fut la première découverte en 1419 par deux des marins explorateurs du roi portugais Henri le Navigateur, totalement par hasard car leur caravelle fut entraînée au large par un coup de vent : João Gonçalves Zarco et Tristao Vaz Teixeira purent se réfugier sous le vent de l’île qu’ils dénommèrent « Port Saint ». Ayant observé qu’un autre relief pointait à l’horizon, Zarco y retourna l’année suivante en compagnie de Bartolomeu Perestrelo et débarqua à Machico avant de fonder Funchal en 1421.


Face à la luxuriance de la forêt primale, les premiers colons mirent le feu à Madère, île volcanique extrêmement torturée au niveau relief avec d’immenses vallées pénétrant au cœur de montagnes culminant jusqu’à 1 861 mètres (Pico Ruivo de Santana). La canne à sucre importée d’Italie et la vigne venue de Crête devinrent les deux grandes activités des Madériens qui défrichèrent principalement la côte Sud de l’île. La face Nord est en effet battue par les vents et les flots avec des falaises de plus de 500 mètres de haut qui tombent à pic dans l’Atlantique : il a fallu des siècles pour qu’un chemin, puis une route longe les côtes de Porto Moniz à Porto da Cruz…

 

De Christophe Colomb à Charles de Habsbourg

C’est à Porto Santo que Christophe Colomb fit escale en 1478 et épousa la fille du gouverneur, Felipa Perestrelo ce qui lui permit d’accéder aux portulans (cartes de navigation) de son père et d’imaginer son premier voyage vers la future Amérique… Sur la route des Antilles et du Brésil, Madère devint une escale stratégique à l’aller comme au retour des vueltas (navigation triangulaire entre Europe-Afrique-Antilles ou Brésil) qui pratiquaient le trafic des esclaves et ramenaient les richesses de l’Amérique. Colonie portugaise, l’archipel se fit attaquer par le pirate français Bertrand de Montluc qui fit régner la terreur pendant deux semaines en 1566, puis il devint une possession espagnole de 1580 à 1640 avant de rentrer dans l’escarcelle britannique lorsque Charles II épousa Catherine Henriette de Bragance en 1662…
Le 19ème siècle fut terrible pour les Madériens qui virent leurs vignobles détruits à 90% par le mildiou, la population décimée par le choléra (7000 morts) et le phylloxera se propager… Le tourisme remplaça progressivement l’économie agricole avec l’ouverture des grands hôtels comme le Reids en 1890 et la mise en service d’une ligne d’hydravions au départ de Lisbonne en 1921. Le dernier empereur austro-hongrois Charles de Habsbourg s’y exila après la guerre et les Britanniques investirent la place pour y passer leurs vacances. A l’issue de la Révolution des œillets en 1974, l’archipel de Madère devint une région autonome du Portugal à l’image des Açores.

 

Une climatologie particulière

Par sa situation géographique privilégiée et son relief montagneux, Madère bénéficie d’un climat tempéré sub-tropical, avec une amplitude thermique annuelle faible et un taux d’humidité modéré. Les températures oscillent entre 23º l’été et 17º l’hiver. Grâce à l’influence des courants chauds, la température de l’eau oscille entre 22º l’été et 18º l’hiver. Le vent souffle essentiellement de secteur Ouest en hiver (circulation tempérée) et de Nord-Est en été (alizés portugais). Le Nord de Madère est souvent nuageux et très arrosé tandis que les côtes Sud sont sèches et plus ensoleillées, surtout en été. Les précipitations varient de 500 mm au Sud-Est de l'île à plus de 2 mètres sur les falaises du Nord.
Le contraste thermique est très important entre les côtes et les plateaux montagneux qui dépassent les 1 800 mètres d’altitude avec des températures inférieures à 10° alors qu’elles dépassent les 25° à Calheta... Les vents de Nord-Est sont bloqués par les reliefs et s’ils peuvent se renforcer par effet Venturi entre Porto Santo et Machico, ils faiblissent en gagnant vers l’Ouest avec souvent des calmes près de l’aéroport : la brise ne reprend de la vigueur qu’à plus de dix milles au Sud de l’île… Comme toutes les îles isolées en mer et au relief marqué, l’effet de dévent peut influer sur plus de vingt milles sous le vent, mais la déviation des alizés est aussi sensible au vent de l’archipel. C’est pourquoi les partisans de la route Ouest s’écartent de plus de cinquante milles tandis que Jean Le Cam pourrait bénéficier d’un effet de renforcement en passant à l’Est des îles.

Dominic Bourgeois

 

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