Semaine 1 : Résumé d'une folle première semaine de course
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par Patrice CarpentierAprès une semaine de navigation, les premiers voiliers, encore groupés, sont déjà en approche des îles du Cap Vert. La tempête du départ a laissé quatre bateaux sur le carreau et, Dejeanty, le dernier des rescapés part seulement aujourd’hui des Sables. Chronique d’une folle semaine.
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Neuf voiliers, soit presque le tiers de la flotte, auront donc subi les affres de la tempête qui a soufflé sur le Golfe de Gascogne peu après le départ du Vendée Globe. Blessés à des degrés divers, les bateaux sont rentrés aux Sables d’Olonne – unique escale autorisée - pour y être réparés. Encouragés par la population des Sables, aidés par les équipes techniques restées sur place, les navigateurs ont tous réussi à repartir, sauf quatre : Yannick Bestaven, Kito de Pavant, Mark Thiercelin (réfugié à la Corogne), dont les bateaux ont démâté, et le Britannique Alex Thomson dont le Hugo Boss est gravement atteint structurellement.
Fatale bascule
Kito de Pavant raconte les circonstances de son démâtage : «D'un coup vers16h (lundi après-midi, NDR), le vent tourne brutalement. Pas le temps de dire ouf, le foc est pris à contre violemment, entraînant le virement de bord avec ballast à contre, matossage à contre et la quille basculée dans le mauvais sens. Figure de style, Groupe Bel se retrouve couché à 90° sur l'eau. La Vache ne rit plus. Pas de panique, je redresse la quille et je reprends le sens de la course… Maintenant, tout va aller mieux, ça va glisser de plus en plus vite et je reste dans le groupe de tête. Le vent de NW revient plus fort, 25 noeuds mais avec la mer de face maintenant, je peux faire route directe vers le SW. Sous un nuage, le vent accélère, Groupe Bel aussi. A la table à cartes, en train de téléphoner, je sens le bateau monter sur la vague abrupte, je le sens redescendre au fond du trou. Le bruit assourdissant précède un silence de mort. Le mât s'est cassé en plusieurs morceaux sans explications. L'aventure s'arrête là, brutalement».
A bord d’Aquarelle.com, légèrement en retrait, le démâtage se produit, aussi, juste après la brutale bascule de vent. Yannick Bestaven : «Après avoir passé un front violent avec des vents de 50 noeuds au près, je naviguais trois ris dans la grand-voile et petit foc à l'avant. Je pensais être tiré d'affaire…Tout se passait pour le mieux. Le vent est passé nord-ouest en mollissant 20 nœuds. J’ai pu virer de bord travers au vent pour faire route vers le Cap Finisterre. La mer était toujours très formée. En renvoyant le deuxième ris, je me trouvais en pied de mât quand après avoir passé deux grosses vagues qui ont balayé le pont, le bateau est retombé derrière la troisième. La chute fut violente et en s'écrasant, le mât est sorti de son emplanture pour retomber à côté en se brisant en 3 morceaux».
Le démâtage de DCNS a eu lieu au lever du jour du mardi. On a moins de détails sur le déroulé exact de l’incident, mais Mark Thiercelin, le skipper de ce voilier flambant neuf, alors situé plus en avant dans le Golfe de Gascogne évoque des vents violents et des creux de plus de six mètres. Généralement le sens de la mer accompagne celui du vent, mais en l’occurrence le passage du front a été si rapide que les bateaux se sont retrouvés nez à la mer ou presque. En pareil cas, le bateau tape avec une violence inouïe et ce n’est pas forcément en ralentissant qu’on évite le pire.
Maisonneuve allait seulement à 7 nds quand la coque fut happée par une vague pyramidale et «déposée» dans un trou sans fond. Le mât a tenu le choc mais la coque s’est fendue à l’avant. Jean-Baptiste Dejeanty qui a fait l’équivalent d’un tour du monde avec son plan Lavranos n’y croyait pas.
Navigation à haut risque
Une fois sortis du malstrom de Gascogne, on a choqué les écoutes et les compteurs se sont affolés en dévalant l’Atlantique au large de la côte ibérique. Tirés tantôt par leurs immenses spinnakers, tantôt par d’autres voiles hybrides, les bolides glissent sur l’eau dans des gerbes d’écume. Vu d’en haut c’est magnifique, vécu à la surface du pont c’est exigeant. Armel Le Cléac’h à bord de BritAir : «Je reste très vigilant sur la bonne configuration des voiles. Un changement de voile de portant – par exemple, passer du spi au gennaker -, c’est une manœuvre qui prend entre 30 et 45 minutes tout compris et qui demande une grosse dépense d’énergie !» Il ne vaut mieux pas se tromper. Barre ou pilote ? : «Quand BritAir est très toilé, le pilote automatique a plus de mal à tenir le cap et je préfère donc barrer un maximum. En revanche, sous voilure un peu réduite, quand le bateau est bien calé sur son allure, il est parfaitement efficace. Je le laisse alors travailler pour me consacrer au reste».
Marc Guillemot, skipper de Safran expliquait, images à l’appui, que son bateau, alors sous grand-voile et gennaker, allait tellement vite dans les alizés que le pont était en permanence noyé sous les embruns. Barrer dans ces conditions ne pouvait durer longtemps. Il allait se réfugier dans l’habitacle et confiait la conduite de son destrier au pilote automatique. Tout en restant prêt à bondir à la barre si le bateau amorce une figure de style. Un départ au lof n’est pas dramatique mais une abattée ponctuée par un vrac complet, bateau à plat sur l’eau et voiles faseyantes peut avoir des conséquences gravissimes. Le rythme à tenir est celui imprimé par la tête du peloton. La grande difficulté est de le tenir sans aller au casse pipe. A ce jeu là des «vieux briscards» comme Peyron et Le Cam font des merveilles… avec sur leurs talons le «jeune» Sébastien Josse qui confirme tout le bien que les gens pensent de lui. Sachant que cette navigation à toute vitesse et à haut risque constitue le plat principal de la giration planétaire, on a des sueurs froides pour eux…
Loïck Peyron en chef de file
«On a rien sans efforts ! Les bateaux sont bruyants et exigeants et je n’ai pas encore réussi à dormir vraiment depuis le départ», disait le skipper de Gitana 80 en passant par le travers de Madère. Depuis, le rusé Loïck, le premier à reconnaître le bon coup de Guillemot au départ des Sables, qui fut le premier à virer dans la bascule de Gascogne et qui s’est maintenu en position favorable à l’est de ses adversaires au large de l’Espagne, occupe toujours la tête du classement. Au pointage de 11 heures ce dimanche matin, soit une semaine après le départ moins deux heures et deux minutes, le joli plan Farr portant casque bleu souligné d’un liserai jaune avait accompli 1847 milles en gain au but - à ne pas confondre avec la distance réelle parcourue à la surface de l’eau - soit une moyenne de 11 noeuds qui laisse pantois quand on sait le zigzag des premières 48 heures. Très tôt les navigateurs ont pour point de mire le point de passage du Front Inter Tropical, la barrière qui sépare – au nord de l’Equateur – les deux zones d’alizés et avant cela le franchissement des îles, Canaries puis Cap Vert.
Marc Guillemot a payé un très lourd tribut aux îles espagnoles en raison d’un lointain dévent qui l’a scotché douze heures durant.
L’exploit de la semaine
C’est Jean Le Cam (VM Matériaux) qui a réalisé le bel exploit de la semaine en remontant, et en se maintenant, à hauteur du leader après un départ prudent. Au chapitre des belles remontées, on peut aussi relever celle de Dominique Wavre (Temenos II) qui a doublé la moitié de la flotte depuis son re-départ des Sables. La partie sera nettement moins facile pour Michel Desjoyeaux car il évolue dans des systèmes météo différents. Le skipper de Foncia concédait quelque 500 nautiques au premier en quittant Port Olona mardi matin après un pit stop minuté, mais il évoluait toujours dans le rouge depuis. Habituellement chassé, l’un des grands favoris de la course est devenu chasseur. C’est un rôle dont il est condamné à s’accommoder. Bernard Stamm, dit le «bûcheron» nourrissait lui aussi de solides ambitions, mais en prenant d’entrée de jeu quatre jours de retard, la mission confine à l’impossible. Quoique «impossible» n’est surtout pas le mot qui convienne au Vendée Globe. Bien au contraire et c’est pourquoi l’aventure nous passionne.
A la semaine prochaine !
Patrice Carpentier
Infos précédentes :
- 16/11/08 à 12:11 : Semaine 1 : Résumé d'une folle première semaine de course
- 14/11/08 à 12:57 : Tranquille
- 13/11/08 à 15:31 : L’archipel de Madère
- 12/11/08 à 12:30 : Retour à la case départ : un peu d'histoire
- 11/11/08 à 19:12 : Le pire
- 10/11/08 à 16:00 : Le cap Finisterre
- 08/11/08 à 17:37 : A l'assaut du monstre de Gascogne
- 07/11/08 à 16:25 : Compte à rebours
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