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La belle histoire du voilier de Titouan Lamazou

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par Patrice Carpentier
© Jacques Vapillon / DPPI / Vendée Globe
 
Le mercredi 19 novembre 2008 à 14:00

A l’heure où les premiers bateaux approchent de l’équateur, l’histoire d’un voilier illustre valait d’être contée.  Celle du premier voilier vainqueur du Vendée Globe, Ecureuil d’Aquitaine, ce 60 pieds dessiné par le cabinet Bouvet/Petit qui par trois fois franchit le « Pot au noir » en belle posture, conduit par trois skippers différents : Titouan Lamazou en 1989, Bertrand De Broc dans le Vendée Globe 1992, puis Hervé Laurent lors de l’édition 1996-97.

En 1989, le trio de tête composé de Titouan Lamazou, Loïck Peyron (il avait alors tout juste 30 ans !) et Philippe Poupon franchit le Pot au noir sans quasiment ralentir. Derrière eux la porte s’est refermée sur le reste de la flotte à commencer par l’infortuné Alain Gautier scotché en panne de vent. Titouan se dit satisfait de son bateau : «Je commence même à l’apprécier vraiment. L’hiver dernier, j’avais connu une période de flottement. Je me demandais si je n’avais pas fait une connerie de le construire car j’aimais beaucoup l’ancien». Son ancien bateau du BOC Challenge déjà dessiné par le cabinet Bouvet Petit, avait été vendu à Loïck Peyron et prit le nom de Lada Poch. On comprend la pression qui pesait sur les épaules du Béarnais. Loïck, second du premier Vendée Globe, a constamment été sur les talons de d’Ecureuil d’Aquitaine… Lequel Ecureuil courut les deux tours du monde suivant non sans panache.
En 1992, il était aux couleurs de Groupe LG skippé par Bertrand de Broc. Il fit un début de course remarquable en occupant la tête de la flotte…jusqu’au 10 décembre. La course est partie depuis presque trois semaines et ce jour-là Alain Gautier à la barre de son puissant Bagages Superior à deux mâts dépasse Bertrand. Les deux voiliers ont traversé le «Pot» à l’ouest du 25ème ouest, comme une lettre à la poste. Gautier ne sera plus jamais rejoint et Bertrand connaîtra un sort moins heureux. Son bateau se révéla «bon rouleur» dans le Grand Sud et lors d’un empannage involontaire, l’écoute de grand-voile le blessa au visage et plus particulièrement à la langue qu’il devra recoudre lui-même. Courageuse intervention qui figure en bonne place dans la mémoire du «Vendée». Un peu plus tard, le malchanceux Bertrand fut invité par les architectes du bateau à rallier la terre au prétexte que la nouvelle quille nettement plus légère que l’ancienne menaçait de se détacher de la coque. La course s’arrêta en Nouvelle-Zélande pour le héros breton.
Quatre ans plus tard à la troisième édition du Vendée Globe, Hervé Laurent est à la barre de ce même voilier qui accuse désormais huit ans d’âge. On a coutume de dire que les gens heureux n’ont pas d’histoires. Hervé est sans conteste un homme heureux sur le Groupe LG – Traitmat. Son début de course a été une leçon de navigation. A l’issue de la première semaine, il figure en troisième position, devant excusez du peu, le Géodis de Christophe Auguin futur vainqueur, et loin devant… le nouveau Groupe LG de son camarade d’écurie Gerry Roufs. Une semaine plus tard, les «pelles à feu» le dépassent de tout côté en abordant les alizés de l’hémisphère sud, mais il tient encore une flatteuse place de cinquième. Hervé Laurent finira troisième de ce Vendée Globe riche en rebondissements  et malheureusement endeuillé par la disparition du Canadien. Troisième officiellement, car en réalité, le voilier doyen de la flotte était le second de retour en Vendée. Mais à la demande de Philippe Jeantot, Hervé Laurent attendit que Marc Thiercelin le dépasse dans la nuit et franchisse la ligne d’arrivée avant lui. En raison du temps rendu pour s’être dérouté à la recherche de Gerry dans le Pacifique Sud, le skipper du Crédit Immobilier était de toute façon assuré de sa place de second. Pour la compréhension du public, il était plus simple que le bateau classé second arrive… second. Hervé Laurent est un garçon très compréhensif ! Figurez-vous que ce voilier illustre faillit retourner sur un quatrième tour du monde conduit par un Néo-Zélandais. Il était même aux Sables d’Olonne en 2000 dans sa nouvelle livrée bleue mais ne quitta pas la Vendée faute de financement.
Aux dernières nouvelles, l’ancien bateau de Titouan Lamazou écoulerait des jours heureux et paisibles aux Antipodes. Au rayon des vétérans, précisons que le record de participation appartient à l’ancien Fleury Michon de Philippe Poupon. Le plan Briand construit par Jeanneau a été de tous (5) les « Vendée », sauf celui-ci. Son histoire mérite aussi d’être contée.
 
Patrice Carpentier