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Résumé semaine 2 : En mode régate !

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par Patrice Carpentier
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Le dimanche 23 novembre 2008 à 16:26

Après un départ mouvementé, le Vendée Globe a vécu sa deuxième semaine en mode régate. Le peloton de tête toujours compact et toujours emmené par Loïck Peyron (Gitana 80) évolue dans l’hémisphère sud depuis hier. Retour sur une séquence haute en température et parfois piégeuse.

Les chiffres

La position de Gitana 80 ce matin à 11 h, comparée à celle de la semaine passée à la même heure fait apparaître une faible progression au but, éloignée de la réalité en raison d’une modification apportée par l’organisation dans l’évaluation de la route théorique globale. Nous retiendrons plutôt l’écart relatif entre les concurrents. L’analyse des chiffres confirme la lecture de la carte. Les écarts se sont resserrés dans le peloton de tête. Le 16 novembre, le voilier de Loïck Peyron déjà en tête de la flotte possédait plus de 100 milles d’avance sur le 9ème, en l’occurrence Mike Golding (Ecover). Une semaine plus tard, le bateau bleu aux couleurs de Gitana, toujours en tête de la flotte possède 93 milles d’avance sur le 9ème, en l’occurrence Jean Le Cam (VM Matériaux). Le peloton de tête, les dix premiers voiliers moins l’infortuné Jérémie Beyou contraint de se dérouter vers la côte brésilienne (lire en bas) est donc resté très compact. La raison en est que les différences de vitesse entre les nouveaux bateaux sont minuscules et aussi que les premiers voiliers de la flotte ont été plus ralentis que leurs poursuivants après les îles du Cap Vert. 100 milles derrière Jean Le Cam, on trouve un deuxième peloton emmené par Dominique Wavre (Temenos II) avec dans son sillage les voiliers Bahrain Team Pindar, Safran, Roxy, puis encore 100 milles plus loin Michel Desjoyeaux (Foncia) qui vient de dépasser Aviva et Akena Vérandas. Hormis le « chasseur » Desjoyeaux, l’écart a naturellement augmenté entre ces bateaux et ceux de tête. Idem avec un delta supérieur pour les bateaux qui ferment la marche. A l’heure où Peyron approchait les côtes brésiliennes, Jean-Baptiste Dejeanty (Maisonneuve) voguait au large du Cap Blanc (près de Dakar), toujours à vive allure.

Le passage des îles

Jean-Luc Nélias, navigateur de son état, suit attentivement la progression de son ami Roland Jourdain (Veolia Environnement) et commente avec pertinence les pièges de la météo après le Golfe de Gascogne : « Il aura fallu aux skippers négocier l’empannage dans l’anticyclone au large du Portugal, le passage de Madère et de ses dévents, le passage des Canaries et de ses dévents, et le passage des Iles du Cap Vert et de ses dévents. Ces îles qui parsèment la route en direction de l’équateur sont effectivement piégeuses. Et même quand on prend soin d’en passer à bonne distance, il arrive néanmoins d’en subir les effets néfastes : C’est ce qui est arrivé au voilier Safran qui « a mangé sévère » au passage des Canaries. Au-delà des îles du Cap Vert, voire même avant, les voiliers se positionnent en fonction du Pot-au-Noir. « Statistiquement, poursuit Nélias, il est souhaitable de percuter le Pot-au-Noir entre 26° de longitude Ouest et 30° de longitude Ouest ». C’est l’endroit où la zone est la moins perturbée. Cela fut le choix de Roland Jourdain. Profitable mais sans plus, car de « Pot », il n’y eut pas vraiment.

Un Pot-au-Noir pas si noir
C’est entre le Cap Vert et la latitude présumée du Front inter tropical, que les voiliers de tête furent ralentis mais dans l’ensemble le passage du redouté Pot-au-Noir n’a guère troublé l’ordre des choses en tête de la flotte. Roland Jourdain dit : « Je n’ai jamais passé un Pot-au-Noir comme ça ! Je n’ai pas eu un grain ! Il n’y avait pas de nuage. Du coup, moi qui avais prévu de faire une lessive, j’attends toujours l’eau de rinçage ! ». Avec la même satisfaction, Dominique Wavre relevait : « Je m’attendais à un passage relativement facile mais peut-être pas à ce point là quand même. » Et le skipper qui avouait il y a trois jours à la vacation ne plus compter le nombre de ses passages, (19 s’il fallait les compter pour lui), de rajouter, « c’est bien la toute première fois que ça se passe comme ça, j’en suis encore surpris !». Michel Desjoyeaux confirmait : « Après un petit ralentissement dans le Pot-au-Noir la nuit dernière, la transition vers les vents de Sud-Est a été immédiate ! Et hop, je ne me suis pas embêté, j’ai tout de suite mis la trinquette (pour attaquer les alizés de SE). »
 
Panne de pilote à bord de VM Matériaux.
Le skipper de VM Matériaux situé à l’est de ses adversaires a ravi le temps d’un pointage la première place à Loïck Peyron : c’était au classement de 11 h le mardi 18 novembre. Dans la nuit, la progression du bateau fuschia ralentit singulièrement, comme si tout d’un coup le vent l’avait abandonné. En fait Eole n'y était pour rien, mais plutôt une défaillance de son pilote automatique. Jean possède trois vérins à bord de son bateau. Au moment de la panne il utilisait son vérin électrique, moins gourmand en énergie que les vérins hydrauliques. En l’occurrence, le dysfonctionnement ne provenait pas du vérin mais d’un mauvais contact sur une prise. Et avant de diagnostiquer le problème, et de relancer la machine il lui fallut beaucoup de temps. Près de quatre heures durant lesquelles le bateau errait au ralenti sur l’océan. La bonne nouvelle est que le matériel fonctionne parfaitement depuis cet incident, mais la mauvaise est que ça lui a coûté une quarantaine de milles. A l’échelle de la planète ça paraît totalement insignifiant, mais dans la réalité d’une course au corps à corps où les voiliers affichent des vitesses similaires, le moindre contre temps constitue un vrai handicap. 
 
La maîtrise de Loïck Peyron
Malgré la pression permanente de ses petits camarades qui ne pensent qu’à le doubler, le bientôt quinquagénaire demeure imperturbable ancré à sa première place. Il balaie toute notion de domination mais s’explique sur sa méthode pour contrôler la situation : « À chaque fois, j’arrive à avancer un peu plus vite que les autres. Ça passe par une multitude de petites choses, il faut avoir le souci du moindre détail, je suis tout le temps en train de régler un truc sur le bateau. Je peux vous dire que ce n’est pas de la croisière ! Les bateaux sont menés à 100% de leur capacité ». Et franchement son bateau est comparable à celui de ses adversaires les plus proches : BT, Paprec – Virbac 2 et PRB, dessinés par le cabinet Farr. Au sujet des jours à venir, Loïck  commente : « Cette nouvelle période sera un compromis entre vitesse et cap. Il nous faut nous réhabituer à la gîte du bateau et au clapot ». C’est aussi un moment propice à la récupération, avant d’attaquer « le grand virage ». Ce moment où les voiliers vont mettre le clignotant à gauche et qui dépend totalement de l’évolution de l’anticyclone de Sainte-Hélène. La semaine prochaine !
 
La remontée des attardés
Parmi ceux repartis tardivement des Sables d’Olonne en raison de problèmes techniques, trois figurent au rang des favoris. Ce sont Dominique Wavre, Michel Desjoyeaux et Bernard Stamm. Dominique a quitté la Vendée a la première heure lundi matin. A pointage du 16 novembre, il était 14ème à 240 milles du premier. Une semaine après, il est 11ème à 210 nautiques. Michel Desjoyeaux est reparti des Sables à 6 h 40 mardi le 11 novembre. Le 13, il accuse 527 milles de retard sur Loïck, le 16, 643 milles. A 11h aujourd’hui, le skipper de Foncia figurait à la 15ème position et ne concédait plus que 387 milles au bateau de tête. Michel est redoutable, on le sait, et en plus la météo lui a donné un coup de pouce. Le parcours de Bernard Stamm est également éloquent. Le « patron » du Cheminées Poujoulat a franchi à nouveau la ligne de départ 48 heures après Desjoyeaux. Au pointage du 16, son déficit était de 1368 milles, et ce matin il l’avait réduit à 888 milles. Michel a été plus vite entre Les Sables et l’Equateur que Loïck et Bernard pourrait en faire autant. Que ces as du timon remontent ainsi est excellent pour leur moral et aussi pour la course. A ce beau duo, il faut associer Jean-Baptiste Dejeanty, le benjamin de l’événement, reparti à bord de son Maison Neuve, avec une semaine de retard. Ce matin, il avait réduit de plus de 400 milles son déficit sur le peloton de tête. En voila encore un qui ne regrettera pas d’avoir forcé le destin.  
 
Patrice Carpentier
 
Dernière heure

C'est à 9h12 dimanche matin que Jérémie Beyou a téléphoné à la Direction de Course pour lui faire part de son avarie. Au lever du jour, vers 8h00 (HF), il a constaté que son gréement sous le vent (sur tribord) n'était plus solidaire du mât, l'empêchant de virer de bord ou d'empanner. Le skipper n'est pas en danger et fait route à allure réduite vers la terre la plus proche, le Brésil. Il se dirige actuellement vers la ville de Recife distante de 430 milles (cap au 240°) qu'il pourrait atteindre en 2 à 3 jours de navigation.