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Résumé semaine 3 : Jusqu’aux portes des Quarantièmes

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par Patrice Carpentier
© JEAN MARIE LIOT / DPPI / Vendée Globe
 
Le dimanche 30 novembre 2008 à 14:01

Dimanche dernier à la même heure, le dix majeur de la flotte embouquait ce qu’on appelle communément l’autoroute du sud qui conduit à la bifurcation de Ste-Hélène. Ce segment du parcours habituellement se déguste « tranquillement », mais des alizés capricieux ajoutés à un anticyclone libertin ont perturbé le programme de la semaine. Il a fallu suivre le sens obligatoire jusqu’aux portes des Quarantièmes avant de tourner enfin à gauche.

Comme souvent en pareil cas, certains ont privilégié l’extérieur du virage, Michel Desjoyeaux (Foncia) et  d’autres, l’intérieur tel Jean Le Cam (VM Matériaux) sans que de fortes disparités apparaissent au classement de ce dimanche. Au contraire, le peloton de tête reste formidablement compact après trois semaines de navigation. A l’intérieur du dix majeur qui a perdu l’un des leurs, Delta Dore, on s’échange les places d’honneur. Marc Guillemot, désormais 10ème, a lâché les chevaux de son bolide (Safran) sur l’autoroute et a comblé une partie de son retard sur les leaders. Par ailleurs, vous aurez sûrement relevé que Foncia, auteur d’un retour remarquable ne concédait que 250 milles au premier ce matin contre presque 385 dimanche dernier. A ce rythme, celui d’une régate, les semaines à venir dans les mers australes vont être d’une folle intensité. Retour, au jour le jour, sur une semaine particulière.

Lundi 24. Dominique Wavre (Temenos II) : « Je me sens très bien physiquement et moralement, cette nuit j’ai croisé la route de Jérémie (Beyou) et quand on compare nos destinées je me dis que je suis vraiment privilégié et que je suis bien content d’être-là. ». Depuis la veille Delta Dore a dû se dérouter vers la côte brésilienne car les barres de flèche tribord se sont désolidarisées du mât. De toute évidence, le problème est sérieux. Le bref échange radio entre les deux marins puis les interventions du jeune skipper ne laissent pas planer le doute.

Mardi 25. Cheminées Poujoulat a franchi l'Equateur à 17 h 35'. Il aura fallu quatre heures de plus à Bernard Stamm pour effectuer le parcours Les Sables – Latitude zéro que Loïck Peyron (Gitana Eighty), toujours premier. Reparti le 13 novembre de Vendée après réparation, le Suisse de Loctudy reste dans le match et commence déjà à dépasser les attardés.

Mercredi 26. Jérémie Beyou arrivé au Brésil déclare officiellement son abandon. On s’y attendait malheureusement. Delta Dore est le cinquième abandon et le premier depuis les affres du départ. 25 voiliers sur les 30 partants restent en course.

Jeudi 27. Contrariés par cette bulle anticyclonique cantonnée dans le sud est et des conditions orageuses, les voiliers affichent des vitesses notablement différentes d’un pointage à l’autre. Au soir de ce 17ème jour de course, Sébastien Josse (BT) ravit la première place à Loïck Peyron (Gitana Eighty) scotché sous un gros nuage.

Vendredi 28. Malgré quelques contre-bords au gré des bascules de vent, le paquet de tête demeure incroyablement compact. Sébastien Josse : « Quelques infimes milles distancent actuellement les 7 premiers bateaux de la course, ce qui est frappant sachant qu'ils ont déjà parcouru plus de 5000 milles ». Yann Eliès (Generali) : « J'ai vu Bilou (Roland Jourdain, Veolia) aux jumelles et je l'ai appelé. Il avait l'air d'avoir la frite. Il a même vu un albatros qui s'était perdu dans le coin. Il y a des "cygnes" qui ne trompent pas : nous sommes bien, à un anticyclone près, à la porte du grand Sud... ». Dominique Wavre (Temenos 2) : « Depuis hier le temps s’est dégagé, on sent bien que l’on rentre dans une masse d’air différente, d’ailleurs beaucoup plus froide. On a commencé à s’habiller en conséquence, j’ai repassé des polaires et ressorti les bottes. ». Reparti des Sables avec une semaine de retard, Jean-Baptiste Dejeanty (Maison Neuve) franchit à son tour l’Equateur après 11 jours et 13 heures de navigation. C’est le meilleur temps effectué sur cette portion du parcours.

Samedi 29. C’est au tour de Yann Eliès (Generali) d’occuper la première place. Il est le plus à l’est du peloton avec Jean Le Cam (VM Matériaux). Le choix est cornélien, entre continuer ce bord interminable au sud pour toucher les bons vents portants ou tenter l’intérieur du virage au risque d’être ralenti. Armel Le Cléac’h (Brit Air) : « Le classement ne signifie pas grand-chose à ce stade car on ne se rapproche pas vraiment du but… Bientôt, quand on aura passé l’anticyclone, ce sera différent. J’ai Vincent (Riou) à côté de moi et c’est sympa de voir qu’on navigue tous serrés ». Vincent Riou (PRB) : «  Il me faut tout ranger, tout préparer et il y a déjà des brises froides qui nous tombent dessus. On rentre dans nos quartiers d’hiver… Ce sera du portant musclé… C’est pour demain dans la journée mais c’est une transition particulière, très rapide. Il faut que je fasse un grand nettoyage, du bateau et du bonhomme… ».  

Dimanche 30. L’option sud semble être la bonne. Sébastien Josse, toujours en tête, flirte avec le 39ème parallèle. Au pointage de 11h, sa vitesse a encore augmenté mais il reste prudent en s’imposant un cap au SE. Loïck Peyron lui emboîte le pas. Les deux leaders ont repris leurs distances sur la meute qui les poursuit. Encore un peu de patience avant d’embrayer la surmultipliée.

Statistiques : Au pointage de 11 h ce matin, Sébastien Josse se trouvait à 19 273 milles de l’arrivée. En une semaine, il avait effectué 1 618 milles en gain au but à une moyenne légèrement inférieure à dix nœuds. En réalité il a parcouru beaucoup plus de milles et donc tenu une moyenne nettement supérieure. Mais en suivant une route fort éloignée de la trajectoire directe, la faute à ce damné anticyclone. En 21 jours, les premiers ont bouclé le 5ème du parcours, en retard sur les meilleurs chronos de 2004. Jean-Baptiste Dejeanty, toujours lanterne rouge à quelques milles seulement du Canadien Derek Hatfield, concédait 1 488 milles au premier, soit une centaine de moins que la semaine dernière. Desjoyeaux et Stamm remontent eux aussi la flotte avec une belle énergie. Leur retard sur le premier a diminué respectivement de 130 et 157 milles.

Patrice Carpentier