Accueil > Magazines

Vingt-quatre heures dans la vie d’un solitaire

Magazines

© SAM DAVIES / ROXY / Vendée Globe
 
Le vendredi 05 décembre 2008 à 16:45

Bien sûr, il y a la course. Elle est palpitante, incertaine… Les skippers du Vendée Globe mènent leurs montures à un rythme d’enfer, investissent dans des options tactiques, manoeuvrent à tout va. Mais pourtant la vie quotidienne continue : manger, dormir, se laver sont des actions tout aussi indispensables pour le bien-être du navigateur, mais aussi pour son moral. Petit emploi du temps synthétique d’un solitaire en course autour du monde.


Dormir


Mais comment dorment-ils ? D’ores et déjà, il faut chasser une idée reçue : les solitaires dorment en moyenne de quatre à six heures par vingt-quatre heures en moyenne. Cela peut paraître peu, mais les rythmes de vie en mer ne sont pas les mêmes qu’à terre. En fractionnant leur sommeil, les navigateurs dorment « utile ». Ces plages de sommeil restent toutefois largement dépendantes des circonstances : difficile de plonger dans les bras de Morphée quand le bateau dévale des pentes liquides dans des surfs endiablés. Il faut une bonne dose de fatalisme pour arriver à trouver la force mentale de faire abstraction des sifflements dans la quille, des mouvements désordonnés du bateau, des vagues qui recouvrent régulièrement le pont du bateau… Le stress est sûrement le plus gros facteur de fatigue. Pour dormir, chacun a son truc : certains s’en remettent à la traditionnelle bannette quand d‘autres expérimentent des solutions plus originales. Michel Desjoyeaux, partisan d’un ascétisme fonctionnel a opté pour des sièges baquet qui lui permettent d’être parfaitement calé, quand Sébastien Josse ou Jean Le Cam ont choisi d’embarquer une sorte de pouf qu’ils calent à leur guise comme des gros chats dans le recoin qui leur semble le plus adapté. L’essentiel est d’être bien et de retrouver une sorte de cocon protecteur qui vous permet de vous isoler des pressions extérieures. Certains ont travaillé scientifiquement sur les rythmes de sommeil quand d’autres font confiance à leur instinct, question de tempérament.

 

Manger


Là encore, à chacun son style de vie. Bien sûr, les cuisines sont devenues minimalistes, chasse au poids oblige. Le plus souvent, il s’agit d’un simple réchaud, calé le plus bas possible dans le bateau. Finis les meubles de cuisine imposants : quand on cherche à gagner du poids, on ne va rajouter un meuble de 1m20 de hauteur. Il faut non seulement alléger le bateau, mais aussi éviter de charger des poids dans les hauts. Bien évidemment, c’est moins confortable quand il s’agit de faire cuire un bœuf mironton, mais la course a ses lois. Alors, on fait fi de la cuisine mijotée et on opte pour des aliments rapides à faire cuire. Objectif premier : se nourrir. Accessoirement, certains navigateurs n’oublient quand même pas d’embarquer quelques conserves qui rappellent les heures heureuses de la maison… D’autres optent pour une vie d’ascèse en se nourrissant exclusivement de nourriture lyophilisée. Avantage : ces petits sachets déshydratés ne pèsent rien. Inconvénient : on ne peut pas dire que leurs qualités gustatives soient exceptionnelles. Et pour certains navigateurs , retrouver le goût des bonnes choses contribue largement au moral des troupes.

 

Se laver


Une bonne hygiène est bien évidemment indispensable. En vivant dans l’humidité permanente, les navigateurs sont sujets à de multiples petites infections : escarres, démangeaisons sont monnaies courantes quand on porte une veste de ciré trempée en permanence. Pour remédier à cet état de fait, une seule règle, ne pas oublier de se laver régulièrement. Pas de douche à disposition bien sûr : dans les latitudes tropicales, un bon bain d’eau de mer à l’étrave ou un seau d’eau sur la tête suppléent largement des salles de bains plus sophistiquées. Dans les latitudes australes, la donne se complique : chacun utilise alors ses petits trucs personnels : pulvérisateur de jardin rempli d’eau douce pour l’un, lingettes nettoyantes pour l’autre, l’essentiel est de parvenir à un bon équilibre. De même certains navigateurs sentent le besoin d’être rasé de près quand d’autres supportent allègrement une barbe de plusieurs jours. Question de tempérament : mais on sait qu’au final c’est toujours la mer qui dicte sa loi.

Toutes ces petites choses de la vie quotidienne rythment la vie des solitaires du Vendée Globe. Bien évidemment, ce modèle reste théorique. Quand tout va bien, que le bateau avance à quinze nœuds, que le soleil brille, il est encore plutôt facile de respecter ces règles. Que le mauvais temps se mette de la partie et la vie quotidienne devient alors une véritable école de volonté. Mais c’est aussi ce type de détails qui fait la différence.

PF Bonneau