Vendée Globe

1989 : L’incroyable sauvetage du Fleury Michon

1989 : L’incroyable sauvetage du Fleury Michon
© Jacques Vapillon / DPPI / Vendée Globe
Le 06 décembre 2008

Un mois après le départ du premier Vendée Globe, Titouan Lamazou occupe la tête du classement talonné par Philippe Poupon. Dans la nuit du 27 décembre 1989, le navigateur breton file bon train à bord de son Fleury Michon. Depuis une dizaine d’heures le vent ne cesse de monter et la mer de grossir. Situé par 47° Sud et 01°Ouest, soit environ 1 200 nautiques dans l’W/SW du Cap, le ketch subit son premier coup de tabac. Confiant et motivé, «Philou» fonce à bride abattue, quand soudainement le voilier part en dérapage incontrôlé, se couche sur le flanc... Et reste ainsi jusqu’à ce que Loïck Peyron vienne à sa rescousse. Récit d’un sauvetage peu banal.

Le bateau ne revient pas à l’endroit (extraits de «13 solitaires autour du monde», edt Laffont) : «Il y a 5,4 tonnes de plomb au bout de 4m de quille, on ne va pas tarder à se redresser. Poupon compte. Roulé-boulé à 90 degrés, 100 peut-être. Il est bel et bien couché.15 secondes. Rien. Telle une bête blessée, son bateau est pris de convulsions. 20 secondes. Toujours rien…» Le navigateur rampe jusqu’au cockpit en partie submergé par de l’eau glacée. Il réussit à choquer les écoutes pour libérer la pression exercée par les voiles tendues. Toujours rien. Les vagues percutent le monocoque impuissant comme pour le chavirer complètement. Il faut agir. Philou ouvre la vanne de vidange du ballast au vent. 2 500 litres d’eau s’évacuent. La coque ne bronche pas. Le skipper tente la manœuvre inverse pour remplir les ballasts sous le vent et ainsi créer une masse en mouvement afin de déséquilibrer le bateau de sa position couchée. Sans plus de résultat. 
 
Alerte

A 11h 50 le 28 décembre, le PC course reçoit un appel du Cross Etel. Un signal de détresse émis par une balise Sarsat a été identifié à 8h 30 en provenance du Fleury Michon. On ne sait pas si la balise a été déclenchée manuellement ou automatiquement par un système hydrostatique. La réponse, rassurante, viendra quelques heures plus tard du centre de traitement de CLS Argos à Toulouse. Philou a déclenché cette seconde balise manuellement. Il est donc bien en vie, à bord de son voilier ou de son canot de sauvetage. En vie, mais en difficulté. Il faut le secourir. Sur l’eau, Loïck Peyron, alors en troisième position est dérouté sur Poupon localisé à 135 nautiques dans le sud. Il lui faut serrer le vent par 40 nœuds de vent et mer grosse pour rejoindre la position donnée. Simultanément s’organise un vol de reconnaissance. Un Lockheed Hercules C 130 H de la Marine sud-africaine basé à Johannesburg devrait décoller vers minuit, faire une escale au Cap, et rallier au lever du jour la position du français en difficulté.
 
Survol

A 8h 23, le 29 décembre, le C 130 survole le voilier désemparé. En se rapprochant à basse altitude, l’équipage découvre stupéfait le voilier posé à plat sur l’eau comme un vulgaire dériveur dessalé. Soudain une tache sombre apparaît à hauteur du livet de pont : c’est Poupon dans sa combinaison de survie. L’information est immédiatement relayée au PC Course. Au même moment, Peyron ne se trouve plus qu’à environ trois heures de son camarade. Le vent a molli et un peu tourné. Le Baulois a pu accélérer le mouvement en larguant de la toile. A 11h, il localise visuellement Philou. Les deux hommes prennent contact en VHF. C’est décidé, ils vont tenter de remettre le Fleury Michon à plat sur l’eau. Il n’y pas de temps à perdre car la météo annonce un nouveau coup de vent.
 
Redressement

En tractant le bateau face au vent les deux marins pensent pouvoir y arriver, mais la manœuvre est osée. Approcher le bateau à la voile dans cette forte houle pour saisir l’amarre lancée par Philou présente moult difficultés. «Plein vent arrière, grand-voile bordée dans l’axe, je m’approche, je redoute que ma quille ou mon safran ne se prennent dans une drisse, dans les bouts ou dans les voiles en lambeaux qui flottent un peu partout. Philou fait du toboggan pour aller chercher un grand bout qu’il me lance. Je ne parviens pas à m’en saisir…» relate Loïck dans son ouvrage «Course au Large». Il recommence l’opération en allant au plus près de l’étrave du plan Briand. L’aussière est passée, elle se tend d’un coup sec, Loïck croit entendre la coque de son Lada craquer, l’étrave du Fleury Michon amorce une lente rotation mais reste à l’horizontale. Le bateau est  retenu par son gréement à demi immergé. «L’idée de larguer l’artimon n’a fait que l’effleurer, poursuit Loïck. A mes yeux c’est la seule solution. Il en convient». Philou désolidarise le mât arrière de son bateau. Loïck active sa caméra. C’est le clou du spectacle. De nouveau tracté, mais cette fois libéré de son pesant fardeau, Fleury Michon revient doucement à plat. «Impressionnant ce gros méchant qui s’ébroue. Le mât principal se lève à la verticale faisant apparaître des voiles déchirées pendouillant un peu partout». Quelques heures après les deux marins se quittent. Loïck reprend sa course cap à l’est et Philou ramène cahin-caha son cheval blessé au Cap. Les images de cet incroyable sauvetage ont fait le tour du monde
 
Patrice Carpentier

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