Vendée Globe

Physionomie du Grand Sud

Physionomie du Grand Sud
© JONNY MALBON / ARTEMIS / Vendée Globe
Le 12 décembre 2008

Le pays de l’ombre tel que l’avait nommé Titouan Lamazou, inspire chez les marins crainte et fascination. Et pour cause, dans cet univers gris et désolé, à des centaines voire des milliers de milles de toute terre habitée, tourne le grand manège des vents, des vagues et parfois des glaces…

En référence aux conditions extrêmes du « grand Nord », on a appelle « grand Sud » la bande océanique située à partir du 40e degré de latitude Sud. Si le tour de l’Antarctique est le chemin le plus court pour une circumnavigation, c’est aussi, via les fameux 40e rugissants et 50e hurlants, le plus périlleux. Comme la circulation est fluide autour de cet immense périphérique, les voiliers ne sont pas les seuls à l’emprunter ! « Cette région de la planète est particulière. Rien n’arrête les perturbations, alors que sous nos latitudes, en Europe, les dépressions atlantiques qui abordent nos côtes, s’épuisent peu à peu au contact du continent » explique David Salas, spécialiste du climat de l’Antarctique au Centre National de Recherche Météorologique (CNRM).



« Ces dépressions ont deux types d’origine »
précise Sylvain Mondon responsable, avec Richard Silvani, des prévisions météo marine pour l’organisation du Vendée Globe. « Il y a d’abord celles qui se forment sous le vent des continents limitrophes – Amérique du Sud, Afrique, Australie, Nouvelle-Zélande- et il y a celles, plus rares, issues des cyclones ou des tempêtes tropicales de l’océan Indien et Pacifique. Entre le cap de Bonne Espérance et le cap Horn, les concurrents savent qu’ils vont subir le passage de 8 à 20 fronts froids. A cette saison (fin du printemps et début de l’été austral), les vents moyens de secteur Ouest soufflent entre 20 et 25 nœuds avec des rafales de 35 à 40 nœuds. Disons que ce sont les conditions standard. L’endroit le plus délicat se situe entre Bonne Espérance et les Kerguelen, où l’on rencontre en général les vents les plus forts et les vagues les hautes. Les dépressions se déplacent donc d’Ouest en Est à 25/30 nœuds de moyenne, soit en gros 30% plus vite que les bateaux. Aussi, si un même système peut accompagner les concurrents assez longtemps, il finira tôt ou tard par les dépasser. Entre chaque perturbation, il y a une dorsale plus ou moins bien organisée, à savoir une accalmie qu’il faudra négocier où les vents peuvent chuter jusqu’à 10 à 15 nœuds ».



Le bien nommé « pays de l’ombre »

Dans d’autres circonstances, 20 à 25 nœuds de vent portant seraient qualifiés de conditions idéales. Sauf qu’ici, le train continu des dépressions donne au ciel une couleur grise quasi permanente. Les températures moyennes, de 5 à 14 degrés, sont diminuées sous l’effet du vent et de la vitesse du bateau. A l’intérieur des grands monocoques, passé le 45e, elles sont tout juste positives. Quant aux précipitations, elles sont présentes 3 jours sur 4, et peuvent parfois prendre la forme de grêle, de neige ou de grésil. Et puis, il y a la mer. Si rien n’arrête les vents, rien n’arrête non plus les vagues. Jean Michel Lefevre (Météo France), en charge de la prévision numérique des vagues, nous éclaire : « Comme c’est une zone où il n’y a pas d’obstacle, les vagues ont tout le loisir de grossir sur des distances très importantes. Le fetch – distance sur laquelle elles subissent l’action du vent – est très long. Dans l’hémisphère Sud, les vagues atteignent souvent leur phase de croissance maximale, la houle est permanente, à laquelle se superpose la mer du vent. C’est donc une région où l’on va rencontrer des mers bien formées ». Des observations européennes réalisées sur 30 ans (entre 1970 et 2000), traitées dans l’atlas des vagues du KNMI (service météo hollandais) donnent une hauteur moyenne significative de 3 à 4 mètres. Or, cette hauteur significative (dite H 1/3), correspond à la moyenne du tiers des plus hautes vagues. Il est donc probable de rencontrer des vagues 1,5 à 2 fois plus grosses.



Attention, froid devant !
Vents réguliers soutenus, mer formée, précipitations, froid… le dernier et peut-être le plus redouté des dangers, ce sont les glaces. Il n’est d’ailleurs pas de tour du monde (que ce soit en course ou en record) où les marins ne croisent pas quelques glaçons plus ou moins imposants. D’autant qu’en course, la tentation est grande de descendre le plus Sud possible pour raccourcir sa route, en multipliant ainsi le risque de rencontrer ces icebergs tabulaires typiques de la région. Pour ces raisons, huit portes de sécurité glace ont été mises en place par la direction de course du Vendée Globe (lignes de latitude virtuelles que les concurrents devront respecter), tandis que le CLS (filiale du CNES) veille à localiser les icebergs importants qui pourraient entraver la route des marins. « Même avec ces portes de sécurité, cela ne veut pas dire qu’ils ne rencontreront pas de glaces » commente David Salas. « Ces icebergs qui se détachent des bancs de Ross ou de la péninsule antarctique, en mer de Weddell, on en trouve au large de l’Afrique du Sud et dans le Sud de l’océan Indien. Ils peuvent faire le tour du monde et aller très loin. En 2006, on a observé un iceberg gros comme une maison au large de la Nouvelle-Zélande. Pour qu’il arrive jusque-là, on estime qu’à l’origine, il devait faire 8000 km² ! » Mais plus que ce type de mastodonte exceptionnel, ce sont les Bourguignons ou growlers, petits fragments d’icebergs de quelques mètres carrés pouvant peser plusieurs dizaines de tonnes que les marins redoutent de percuter…



Camille El Beze


 

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