Résumé Semaine 5 : Branle-bas dans l’Indien
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par Patrice CarpentierLa semaine 5 qui vient de s’écouler a été tout simplement énorme. Elle avait démarré avec le retrait de l’Espagnol Unaï Bazurko elle s’achève avec la mise hors course de trois ténors, Loïck Peyron (mât cassé), Dominique Wavre (quille cassée), Bernard Stamm (roulements de safrans hors d’usage).
Enorme, car malgré les dispositions prises par la direction de course, plusieurs navigateurs sont passés à proximité de glaces à la dérive. Enorme aussi par la distance accomplie par les voiliers les plus rapides avec des moyennes quotidiennes à plus de 400 nautiques, soit plus de dix degrés de longitude avalés par jour et des «runs» horaires dépassant les 20 nœuds. Enorme encore par le rythme soutenu par Jean-Pierre Dick (448 milles parcourus, le plus rapide, à 20 milles du record détenu par Alex Thomson). Au pointage de ce matin à 11h, le skipper de Paprec Virbac 2 avait effectué 2 590 milles en gain au but à plus de 15 nœuds de moyenne. Dimanche dernier il venait de franchir la verticale du cap de Bonne Espérance. Mardi il sera à la longitude de Fremantle (côte SW de l’Australie). Du jamais vu sur le Vendée Globe.
D’ailleurs, ils ne sont que trois à tenir ce rythme effréné dans le sillage du «grand blond», Roland Jourdain, Michel Desjoyeaux et Mike Golding. Les autres de l’ex-peloton de tête ne peuvent ou ne veulent pas et se font irrésistiblement distancer. Une sagesse ou une prudence bien compréhensible quand on sait que cette ruée vers l’est doit se poursuivre encore trois bonnes semaines avant d’atteindre le cap de la Délivrance (le Horn). Cette semaine, énorme aussi par l’écart séparant désormais le premier du dernier de la flotte - l’équivalent d’un océan Atlantique - préfigure une autre semaine sûrement agitée car aux latitudes empruntées par les coureurs, il ne peut en être autrement.
Avaries en série
En l’espace de trois jours, trois voiliers ont subi des avaries majeures. Chronologie : Mercredi, Vers 14h00 (heure française) le monocoque de Loïck Peyron a démâté alors qu'il se trouvait à environ 180 milles dans le sud des îles Crozet et à 650 milles de l'archipel des Kerguelen. Pointé en troisième position, Gitana Eighty naviguait avec un ris dans la grand-voile et foc Solent poussé par trente noeuds, autrement dit une voilure de circonstance. Loïck se trouvait à l'intérieur de son habitacle quand le mât s'est cassé et ne connaît pas les raisons de l’avarie. Il a décidé de rallier Fremantle sous gréement de fortune. Une longue route au ralenti ! Vendredi, en milieu d’après-midi, le skipper de Temenos II informe son équipe à terre : «J'étais à pleine vitesse lorsque la tête de quille a cassé et que le bateau s'est couché. J'ai abattu, roulé le gennaker et affalé la grand-voile. Puis j'ai remis en route tout doucement. La quille est libre, elle pendule sous le bateau et si elle s'angule seule de plus de 40°, cela peut abîmer le fond de coque et faire couler le bateau. J'ai fait mon deuil de ce Vendée Globe». Dominique Wavre s’est réfugié hier dans la Baie du Morbihan (Kerguelen) heureusement proche du lieu de son incident et va essayer de réaliser une immobilisation provisoire de la quille afin de rejoindre l'Australie. Samedi, Bernard Stamm, autre sujet helvète, prévient : «Mes safrans ne sont pas cassés, mais ce sont les roulements au niveau des fixations qui présentent une usure anormale. Ce sont comme des roulements à bille, avec des crayons. Et ces crayons sont mâchés, cassés. Faut que je fasse le tour de la question, mais pour l'instant, je ne vois pas de solution». Ce matin le Suisse, auteur d’un fantastique retour, faisait route vers les Kerguelen pour se mettre à l’abri et tenter de trouver une solution lui permettant de continuer sa route, mais hors course. Sur 30 partants voici 5 semaines, neuf ont déposé les armes. Un bilan salé alors que la flotte embouque seulement le deuxième tiers de la course.
Mike Golding dans son jardin. On savait le Britannique à sa main dans ces mers hostiles. Il le confirme une nouvelle fois en prenant place en haut de tableau. Jeudi, le skipper d’Ecover, «vieux» routier de la sentence australe nous révélait sa façon de voir les choses : «Attaquer, il y a des pour et des contre. On peut choisir une option sage et maligne comme BT, mais la question est de savoir si cela sera payant à l'arrivée dans l'Atlantique. Le problème c'est que chaque mille perdu par rapport au leader est un risque pris. D'un autre côté, on ne peut pas pousser le bateau jusqu'à la rupture. Il faut atteindre la limite et s'arrêter. Même si ce n'est pas ce que l'on souhaite, il faut attendre que les autres cassent. On pourrait discuter des heures sur la stratégie d'attaque perpétuelle comme Jean-Pierre Dick. On constate qu'il y a une espèce d'effet yo-yo, qui nous permet de garder un peu de marge, mais bien que cet effet yo-yo ait plutôt bien fonctionné sur cette course jusqu'à présent, ce ne sera peut-être pas toujours le cas, et à ce moment-là, ceux qui seront partis devant ne seront pas faciles à rattraper… Le but est de se trouver du bon côté du yo-yo». En fin de semaine, Mike enfonçait volontiers le champignon car les conditions de vent – un NW bien établi - se prêtent à aller vite : «Le bateau est aux trois-quarts hors de l'eau une grande partie du temps. On s'installe sur le quart restant et on peut entendre le moment où la tête de quille sort de l'eau, car à ce moment-là, il n'y a plus de bruit». C’est un silence assourdissant !
Quelques statistiques
Au-delà de l’écart de 72 milles creusé par Jean-Pierre Dick sur le second, Mike Golding, le classement de 11h ce dimanche matin fait apparaître un fort recul à partir de la 7ème place occupée par Vincent Riou (PRB) localisé à 326 milles du leader, soit une perte de plus de 200 nautiques en une semaine. Pour la première fois depuis le début de la course, les distances perdues ou gagnées sont plus significatives que l’ordre du classement. Ainsi par exemple, Michel Desjoyeaux (Foncia) classé neuvième est désormais quatrième mais son retard sur le premier demeure quasi identique : un peu plus de 100 milles. Sébastien Josse (BT) a rétrogradé de la seconde à la 5ème place et a perdu 140 milles dans l’affaire. Pour résumer la situation, il y a un premier, Jean-Pierre, échappé d’un peloton composé dans l’ordre de Golding, Jourdain, Desjoyeaux, Josse et Le Cam regroupé dans un rayon de 100 milles, puis un troisième peloton maintenant à plus de 300 milles du premier et lui aussi regroupé dans un rayon de 100 milles composé dans l’ordre de Riou, Le Cléac’h, Eliès et Guillemot. Ensuite, on retrouve à la 11ème place, mais à plus de 800 milles du premier, l’étonnante Samantha Davies (Roxy) qui vient de dépasser son compatriote Brian Thompson et l’infortuné Bernard Stamm. Dee Caffari (Aviva), l’autre femme de la course pointe en 14ème position à plus de 1 000 milles du premier devant Arnaud Boissières (Akena Vérandas). Raphael Dinelli (Fondation Océan Vital) et Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) ferment toujours la marche… à presque 3 000 milles de Jean-Pierre Dick. La course s’est emballée !
Patrice Carpentier
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