Dans le Vendée Globe 1996-1997, après la mise hors course d’Isabelle Autissier et d’Yves Parlier contraints à des escales techniques en raison de safrans cassés, Christophe Auguin caracole en tête de la troisième édition du Vendée Globe, loin devant Gerry Roufs. Plus en arrière, les navigateurs sont à la peine dans un Océan Indien en furie… Les vents soufflent en tempête et la mer démontée va supprimer trois bateaux de la course : l’Algimouss de Raphael Dinelli, Amnesty International de Thierry Dubois et Exide Challenger du britannique Tony Bullimore. Récit !
Mercredi matin, 25 décembre 1996, Raphaël Dinelli, concurrent « hors-course » – il ne figure pas au classement officiel – décrit la situation à bord de son Algimouss, l’ancien Crédit Agricole IV de Philippe Jeantot : «Vents de plus de 60 nœuds, le bateau est resté couché par deux fois plusieurs minutes. Beaucoup de dégâts à l’intérieur. Je suis blessé à la jambe droite… La mer est blanche, fume de partout… A sec de toile, le bateau a dépassé les 15 nœuds de vitesse… A 13h, le PC Course à Paris est prévenu que deux balises Argos ont été activées en mode détresse à bord d’Algimouss. Le bateau se trouve alors à 1 100 milles au Sud du cap Leeuwin, la pointe SW du continent australien. Aussitôt un télex est envoyé à Patrick de Radigues, dont le voilier Afibel (l’ancien 36 15 MET de VDH) est juste derrière, pour se porter au secours de Raphaël. Mais le récepteur satellite du Belge n’est pas en veille. Impossible de communiquer avec lui, tout comme avec Dinelli qui vient d’activer sa troisième balise en mode intermittent pour signaler sa présence à bord. Peu avant, le centre de secours australien avait été prévenu de la situation ainsi que Pete Goss. Le navigateur britannique est à environ 150 nautiques de la position d’Algimouss mais dans le SE. C'est-à-dire que Pete va devoir tirer des bords contre une mer en furie à bord de son 50 pieds Aqua Quorum pour secourir le Français. Jeudi matin, dans un bref message, Pete s’excuse de la lenteur de sa progression : « Ca a été de la survie toute la nuit, je chavire toutes les demi-heures à cause des vagues énormes par le travers, j’ai des dégâts à bord… ». Plus tard un avion Orion P 3 de la RAAF va survoler Algimouss. Le voilier est immergé. Seul le roof dépasse encore de la surface de l’eau. Dinelli est dans sa combinaison de survie les bras et jambes dans l’eau, le corps retenu de part est d’autre par un bout amarré de chaque côté. Le pilote de l’avion est rentré en contact VHF avec Pete Goss, lui décrit la situation et lui fournit un gisement précis. Quelques heures après, l’Anglais exténué récupère le naufragé blotti dans un canot de survie resté attaché à ce qu’il reste de son bateau. Il télexe au PC course, le 27 décembre à 00 h 39’: « J’ai eu un beau cadeau de Noël ce matin. Il s’appelle Raphaël Dinelli ».
Dimanche 5 janvier 1996, moins de dix jours après le naufrage de Dinelli, Philippe Jeantot est avisé qu’Amnesty International et Exide Challenger, situés encore plus loin de Perth que l’était Algimouss mais sensiblement dans le même azimut, émettent un signal de détresse déclenché presque simultanément. Amnesty International, l’ex-TBS Charente Maritime de Pierre Follenfant et Exide, original avec ses deux mâts-aile de taille égale, sont à proximité l’un de l’autre et confrontés à la même tempête dans l’océan indien. Après une escale au Cap, Thierry Dubois, le jeune skipper d’Amnesty, désormais hors course, était remonté à la hauteur de Tony Bullimore qui suivait un train de sénateur en queue de la flotte. Il n’y avait donc plus personne derrière pour espérer les secourir. De nouveaux sollicités les secours australiens dépêchent sur zone le même avion que celui ayant servi pour Dinelli et un bâtiment militaire, la frégate australienne Adelaïde. L’avion localise Amnesty retourné et son skipper juché sur la coque dans sa combinaison de survie. Non sans difficulté, Dubois va réussir à embarquer sur un canot de survie largué par l’avion. L’équipage de l’aéronef localise également l’Exide Challenger tout près de là, retourné lui aussi et quille cassée. Mais Tony ne donne pas signe de vie. Malgré la tempête, un nouveau survol du voilier britannique détecte l’émission d’une balise 121.5 Mhz à activation manuelle laissant penser que Bullimore est en vie à l’intérieur de sa coque retournée. Il faut attendre que se rapproche la frégate militaire pour qu’un Seahawk hélitreuille le surlendemain Dubois dans son canot de survie tandis qu’une équipe de l’Adélaïde embarquée sur un pneumatique vient récupérer Bullimore prisonnier de sa coque en carbone. Les deux hommes sont sains et saufs. Trois naufrages, trois vies sauvées. C’est un miracle! Lequel malheureusement ne va pas se répéter quand quelques jours après, la balise de localisation du Groupe LG du canadien Gerry Roufs, alors à mi chemin entre la Nouvelle Zélande et le Cap Horn, cessera d’émettre. Dans un prochain article, nous reviendrons plus en détail sur cette dramatique disparition lors du Vendée Globe 1996-97.
Patrice Carpentier