Résumé semaine 6 : Dans la tourmente australe
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par Patrice CarpentierLes semaines se suivent et souvent se ressemblent dans les mers australes. Dimanche dernier, nous dressions un lourd bilan des sept jours écoulés avec plusieurs abandons à la clé. Cette fois encore, la course a connu son lot de déconvenues.
La première fut le dérapage tragique du voilier de Bernard Stamm sur les cailloux de la baie du Morbihan alors que le Suisse venait se mettre à l’abri des Kerguelen pour tenter de réparer son appareil à gouverner. Fort heureusement, le bateau endommagé sur bâbord fut sorti de la sordide impasse le lendemain et put être chargé démâté sur le pont du Marion Dufresne en partance pour La Réunion. Et, au moment où l’étonnant Stamm achève la délicate manutention sur le bateau des TAAF, on apprend que Jean-Pierre Dick qui caracolait en tête de la flotte depuis huit jours a heurté un objet non identifié...
Avarie de safran pour JP Dick
Dans le choc qui s’est produit à plus de 20 noeuds de vitesse, l’attache du safran tribord au bateau s’est fendue. Le skipper de Paprec-Virbac 2 doit lever le pied pour naviguer à plat, safran bâbord immergé. Pour solidariser durablement le gouvernail tribord, il lui faut réaliser un insert, le boulonner au tableau arrière et y rapporter la tête de gouvernail : une opération de longue haleine pour un navigateur solitaire et qui lui fait perdre un temps énorme. De la place de premier dimanche dernier, il évolue ce mardi matin à 965 milles du leader en 7ème position. Hier, samedi "Jipé" était repassé en mode régate mais sans forcer sur le safran tribord, car le tableau arrière auquel est fixé désormais le gouvernail n’est pas conçu pour ça et ce matin encore Jean-Pierre s’efforçait de diffuser les contraintes à l’aide de cordages.
Golding prend la tête, puis démâte
Dans la nuit de lundi à mardi (heure de Paris), Mike Golding a vite fait de dépasser Dick handicapé et s’empare du commandement des opérations à l’issue d’une journée «à faire péter les compteurs de vitesse». Michel Desjoyeaux signe la meilleure performance depuis le départ des Sables d’Olonne avec 466.5 milles accomplis en 24h, à plus de 19 nœuds de moyenne (et à 2 milles du record absolu détenu par Alex Thomson). Le skipper de Foncia est dans le sillage du Britannique… qui démâte mardi matin : « J'étais sur le pont quand un grain est arrivé, avec 55 noeuds de vent. J'étais depuis 2 heures sous grand-voile 2 ris et reacher », racontera plus tard l’infortuné Golding… « En fait, c'est comme si c'était passé de la tempête à l'ouragan et le mât n'a pas apprécié du tout. J'étais en train de mettre ma veste de ciré quand le bateau est parti au lof. J'ai entendu un grand «bang» et immédiatement, je me suis précipité à l'intérieur en attendant que le bruit cesse. Tout le gréement était par terre, il ne restait pas un seul morceau ». L’incident s’est produit à plus de 1 000 milles de la terre australienne la plus proche. En ce mardi 16 septembre, 37ème jour de course, Michel Desjoyeaux, auteur d’une formidable remontée après son re-départ des Sables d’Olonne, prend alors la tête de la course… et la conserve depuis.
Yann Eliès se casse la jambe
Jeudi matin, 18 décembre dans la matinée, le PC course est informé que Yann Eliès est sévèrement blessé à la jambe droite. Alors qu’il manoeuvrait une voile à l’avant, son bateau s’est arrêté brutalement en percutant une vague. Dans le choc, Yann, projeté contre le balcon, a ressenti une douleur très vite. Il a regagné le cabine en rampant sur le pont et a contacté le docteur Jean-Yves Chauve qui a diagnostiqué une très probable fracture du fémur (fracture confirmée par la suite ainsi que des côtes cassées). Le navigateur qui ne pouvait plus se déplacer a mis son bateau à la cape (il était alors sous trinquette et grand-voile arisée) en actionnant le pilote automatique et il a demandé â être évacué. Le soir même, la frégate HMAS Arunta longue de 180 m et capable d’atteindre 30 noeuds quittait Perth en direction du Generali situé à plus de 800 milles dans le sud. De son côté le PC course avait demandé dès le matin à Marc Guillemot (Safran), situé à 100 milles dans le sud de Yann Eliès de se détourner ainsi que Samantha Davies (Roxy) se trouvant nettement plus loin dans l’Ouest.
La présence de Marc sur zone ainsi que les échanges entretenus par VHF entre les deux marins ont soulagé la peine d’Eliès sur le plan psychologique et aussi efficacement au plan médical quand Yann a réussi à saisir un peu de nourriture et surtout des anti-douleurs en attendant le secours des Australiens. La jonction entre la frégate et Generali s’est opérée plus tôt que prévu samedi. Le vent avait molli mais il y avait encore une forte houle résiduelle. Yann a été débarqué dans une civière à bord d’un semi-rigide puis conduit sur l’Arunta en station juste à côté. Opération de sauvetage réussie ! Deux hommes de l’équipe de Generali devaient ces jours prochains rallier le voilier à la dérive, mais toujours localisé, et le ramener à bon port.
Les premiers à mi-parcours cette nuit.
Après les avaries de la semaine et le sauvetage de Yann Eliès, le classement de la course a été singulièrement modifié depuis dimanche dernier. Au 42ème jour de navigation, Michel Desjoyeaux, localisé ce matin à 11h par 52°19’S et 160°50’E, au S/SW de la Nouvelle-Zélande, occupe toujours la première place du classement à 11 925 milles du but. Il a parcouru 2 614 milles en distance de rapprochement cette semaine à la vitesse moyenne de 15,5 nœuds, soit la meilleure progression hebdomadaire depuis le début de la course. Ce dimanche soir, le skipper de Foncia devrait atteindre la moitié du parcours et ainsi commencer à se rapprocher des Sables d’Olonne. Michel, le premier à pénétrer l’océan Pacifique, mène un peloton serré composé de Roland Jourdain (Véolia Environnement), Sébastien Josse (BT) et Jean Le Cam (VM Matériaux), quatrième à seulement 186 milles du leader. Autant dire que ces quatre-là s’observent à la loupe.
Ensuite, Brit Air et PRB, naviguent de conserve à 250 nautiques de VM Matériaux bien décidés à raccrocher la locomotive dès que les conditions s’y prêteront. Jean-Pierre Dick, septième, concède désormais presque mille milles au bateau qu’il précédait encore lundi… Plus en arrière pour avoir porté assistance au skipper de Generali, Marc Guillemot (à qui le jury va restituer le temps consacré au secours de Yann) navigue aux côtés de Samantha Davies. Brian Thompson, désormais dixième, est à plus de 1 500 milles du premier. Beaucoup plus loin, en approche des Kerguelen, Raphaël Dinelli et Norbert Sedlacek ferment toujours la marche. En ce dimanche 21 décembre, le Vendée Globe compte 12 abandons et 18 voiliers encore en course.
Patrice Carpentier
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