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L’antiméridien, cure de jouvence ?

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© SEBASTIEN JOSSE / BT / Vendée Globe
 
Le mardi 23 décembre 2008 à 10:02

Quand Phileas Fogg, le héros du roman de Jules Verne, décida de faire le tour du monde en 80 jours, il ne savait pas que l’heureux épilogue se serait joué quelque part à la longitude des antipodes. Le fameux antiméridien venait de lui sauver la mise, lui qui était persuadé de rentrer dans les locaux de son club londonien avec une journée de retard sur son plan de marche. En faisant un tour du monde d’Ouest en Est, il avait en fait gagné une journée par rapport à son horloge personnelle. 

La nécessité d’imposer l’antiméridien date de la constatation d’une évidence. Quand Magellan entreprit sa première circumnavigation, le navigateur, en bon capitaine, consigna chaque jour ses observations. Aussi quand l’équipage rentra en Espagne, leur surprise fut grande de constater qu’ils possédaient un jour de décalage avec leurs compatriotes restés au pays. En faisant le tour du monde d’Est en Ouest et en vivant aux heures locales, ils avaient en réalité navigué un jour de moins que ceux qui étaient comptabilisés… Le problème, bien que parfaitement compréhensible au vu des connaissances de l’époque, n’en provoqua pas moins des débats sophistiqués au point d’envoyer une délégation de l’expédition se justifier auprès du Pape. Aujourd’hui, aucun des navigateurs du Vendée Globe n’aura besoin de l’onction du chef de l’Eglise catholique romane pour pouvoir justifier de son temps de navigation. La référence du temps de parcours est, une bonne fois pour toutes, ancrée en terre de Vendée, qui sait faire la part du bon sens et des élucubrations.


Il reste que pour résoudre cette quadrature du cercle, il a bien fallu adopter un méridien de ligne de changement de date. Si Greenwich constituait le temps de référence universel, il fallait donc que le méridien 180°E ou 180°W, devienne la ligne imaginaire de changement de date. En quelques heures nos navigateurs qui vont arriver le 23 décembre vont devoir, une fois passé, le fameux méridien accepter de revenir au 22 décembre pour ensuite laisser filer le cours du temps. Le phénomène n’a au fond guère d’importance si ce n’est par sa brutalité : imaginons maintenant que notre navigateur arrive dans les parages le jour de Noël, il devra, dès la ligne du changement de date passée, remballer tous ses cadeaux et attendre 24 heures avant de découvrir ce que le Père Noël a amené dans sa hotte. A moins d’espérer d’être servi deux fois, mais l’antiméridien n’est pas encore magicien.

 

Un jour de plus ou un jour de moins ?
Dans la pratique, les conséquences de ce dispositif ne se font sentir que pour les voyageurs qui franchissent cette ligne imaginaire. Pour ceux qui résident dans les parages, les géographes n’ont pas hésité à distordre l’antiméridien et prendre quelques libertés avec la rigueur de la ligne droite : le méridien 180° laisse ainsi Nouvelle-Zélande et îles Fidji à l’Ouest quand il fait basculer les îles aléoutiennes dépendant des Etats Unis dans son Est. On imagine sinon la vie d’un habitant de l’antiméridien qui pourrait au gré de ses allées venues entre son domicile et son travail changer de journée plusieurs fois par vingt-quatre heures. De quoi rendre schizophrène la plus rigoureuse et la plus solide des personnalités. C’est cette situation absurde qu’avait d’ailleurs mis en scène Umberto Eco dans son roman, l’île du jour d’avant.


Petit élément de polémique : le record à battre de cette épreuve détenu en 2004 par Vincent Riou sur PRB de 87 jours 10 heures et 47 minutes est-il vraiment réel ? En reculant d’un jour lors de son passage de l’antiméridien, le vainqueur du Vendée Globe 2004-2005 n’aurait-il pas navigué en 88 jours sans que nous n’en sachions rien ?

 

PF Bonneau