Vendée Globe

1990 : VDH, trois jours dans les glaces !

1990 : VDH, trois jours dans les glaces !
© Jean-Luc Van Den Heede / DPPI / Vendée Globe
Le 25 décembre 2008

Le 1er février 1990, le voilier 36-15 Met progresse dans le Pacifique par 62 degrés sud, soit à moins de 5 degrés du cercle polaire*. Son skipper Jean-Luc Van den Heede, alors en seconde position à 284 milles du leader Titouan Lamazou a fait une superbe remontée dans les mers australes. Placé plus au sud que ses rivaux, VDH décide d’en remettre une couche en se rapprochant encore du continent antarctique afin de réduire la route à parcourir et faire l’intérieur au skipper d’Ecureuil d’Aquitaine II situé plus haut.

Au-delà de cette motivante perspective, l’ancien prof de Lorient avait aussi envie de pouvoir contempler au moins une fois un grand glaçon à la dérive. Trois ans plus tôt, au moment de doubler le cap Horn sur son précédent bateau durant le BOC Challenge, il avait mentionné sa frustration au livre de bord : «Je ne rencontrerai plus d’icebergs, je le regrette, j’aurais aimé en voir au moins un». Trois ans plus tard, le voici à pied d’œuvre, à hauteur du cap Colbeck situé sur le 159ème méridien qui marque la limite de la mer de Ross, une vaste échancrure pratiquée dans le continent antarctique. Cette mer de Ross est une vraie usine à glace. VDH ne va pas être déçu du voyage !

« Un Globe à la force du poignet »
Dans ce livre paru chez Neptune/Filipacchi, le marin solitaire narre sa première rencontre : «N’ayant pas de radar, je surveillais attentivement ma sonde de température et j’avais constaté que l’eau était passée de 7 à 2 degrés. C’était le moment de faire attention. Et de fait en allant à l’avant faire une manœuvre, j’ai aperçu de nombreux petits glaçons autour du bateau. Puis à 300m environ sur bâbord, un bloc de 3 ou 4 m3 qui se balançait au gré de la houle. C’était mon premier growler…»
Une demi-heure plus tard un halo, gigantesque miroir de 400m de long sur 30m de haut, attire son regard. C’est son premier iceberg. VDH est ravi. Mais au fur et à mesure que le voilier avance, de nouveaux icebergs jonchent l’horizon : «Il se forme autour de moi un véritable arc de cercle de glace. J’ai l’impression de me diriger au fond d’un cul de sac. Et s’il n’y avait pas de passage ? Si j’étais simplement dans une baie de la banquise. D’un seul coup, je réalise que je vais devoir faire demi-tour ! Repartir au près serré contre le vent et les vagues pour me dégager ! J’ai le sentiment d’être encerclé, pris au piège».

Des montagnes blanches
Un peu plus tard, Jean-Luc entrevoit un passage à travers cet amoncellement de glaces et de growlers qui obstruent la surface de l’eau. Des blocs heurtent la coque en alu et aussi le safran, mais ça passe ! Sagement, il met du nord dans sa route et passe la nuit - heureusement courte en ces latitudes - à la barre. Au lever du jour, les montagnes blanches sont encore au rendez-vous et toute la journée ça va être un défilé. VDH est ébloui par la majesté de ces éphémères sculptures glacées. Il s’enhardit et vient à les raser pour mieux les admirer. Il passe une deuxième nuit rivé à la barre les yeux aux aguets. Chemin faisant, il retrouve le sillage de l’Ecureuil d’Aquitaine II. Désormais il y a un poisson pilote. Au troisième jour de cet épisode initiatique, VDH gavé de fatigue va prendre un peu de sommeil. Le prochain iceberg signalé par Titouan est à 15 milles. «Tant pis pour les growlers, j’en profite pour dormir une heure et demie de suite, les pieds vers l’avant pour que ma tête ne porte pas en cas de collision. Avec ses cinq compartiments étanches, mon bateau en alu est solide. Je prends le risque car je n’aurais pas pu tenir longtemps». Quand il se réveille l’iceberg est bien là sous le vent, plus rond que les précédents. «Après les Alpes, c’est le Massif Central», plaisante le navigateur. La bonne nouvelle du soir est que Titouan n’a pas croisé d’icebergs. L’horizon s’éclaircit. Une semaine plus tard, VDH franchira le cap Horn, seulement 22 heures derrière Lamazou, cette fois sans regret et sans doute avec une pointe de soulagement… Même s’il n’est pas allé aussi loin dans le sud qu’il le voulait !

* Précisons qu’à l’époque aucune porte ne ponctuait le parcours du Vendée Globe dans les mers australes.

Patrice Carpentier
 


 

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