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2000 : L’incroyable exploit d’Yves Parlier

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par Patrice Carpentier
© Jacques Vapillon / DPPI / Vendée Globe
 
Le jeudi 01 janvier 2009 à 16:48

Lors du Vendée Globe 2000-2001, dans la bagarre qui l’oppose à Michel Desjoyeaux et Roland Jourdain en tête de la course, Yves Parlier, un temps distancé, fait le forcing dans les mers australes pour revenir à leur hauteur. Vite, toujours plus vite, le bateau bleu avale les milles à une cadence infernale. Le 17 décembre, Yves s’estime à 3 semaines du cap Horn, il n’est plus qu’à 127 milles de Desjoyeaux et encore moins de Jourdain. Le skipper d’Aquitaine Innovations est tout simplement heureux. Pourtant le Vendée Gobe va une nouvelle fois lui échapper car son monocoque lancé à pleine vitesse va démâter. L’intrépide navigateur ne baissera pas les bras, bien au contraire. A force de détermination, d’intelligence, d’adresse et de patience, il va réaliser un exploit. Celui de refaire tout seul un mât et d’achever sa course autour du monde en solitaire. Dans son livre passionnant paru chez Laffont, en 2001, «Yves Parlier, Robinson des Mers», le navigateur solitaire revient en détail sur les péripéties de cette formidable aventure. Récit !

17 Décembre 2000 : «Tout baigne» pour Yves Parlier lorsque le moteur du pilote automatique d'Aquitaine Innovation semble donner des signes de lassitude. Yves bascule immédiatement sur l’autre pilote et s’en va à la mine, c'est-à-dire dans le compartiment arrière à l’intérieur de son boyau de carbone. Eclairé par sa lampe frontale, il ausculte le vérin noir et tente de réparer la panne. Conduit par le second pilote, le bateau fait des embardées. Tout d’un coup le bolide part franchement à l’abattée, la bôme traverse brutalement le pont et finit sa course dans les bastaques. Yves s’extirpe de sa mauvaise posture, sort dans le cockpit, réussit à faire repartir le bateau qui amorce une nouvelle abattée de l’autre bord cette fois. Le marin est déséquilibré ne peut saisir l’écoute, la coque bleu se cabre, accélère puis bute dans une vague. «Blang, un bruit immonde retentit dans la nuit, à la fois sec et très musical quand le carbone explose». Yves n’a pas le temps de se redresser que le mât est par terre cassé en trois morceaux. Décidément, le Vendée ne veut pas de Parlier. Une première fois, il casse son mât le lendemain du départ, une autre fois il casse son gouvernail dans l’océan Indien et maintenant, c’est encore un démâtage… qui survient si loin de la terre la plus proche.
 
Continuer
«Je ne m’imagine pas autre chose alors que de poursuivre. Cela me paraît si simple" explique Parlier. "Le Vendée représente pour moi neuf ans de ma vie ; le Vendée est comme une montagne qu’il me faut escalader jusqu’en haut. Et celui-là, encore une fois, je m’y suis préparé depuis mon retour précédent, je m’y suis accroché depuis mon accident de parapente, je m’y suis voué comme un homme se cloue à son destin…».
Au prix d’intenses efforts, l’Aquitain a réussi à récupérer les morceaux cassés de l’espar et les voiles. Rapidement, il érige un gréement de fortune, son tourmentin hissé sur le moignon de mât resté en place, puis envisage diverses solutions. Celle qui s’impose au final est de continuer vers Les Sables. Dans un premier temps, Yves songe à la possibilité de gréer un deuxième mât, de retailler les voiles pour les adapter à la nouvelle configuration, de faire une corne ou une livarde comme sur les voiliers d’antan afin d’agrandir la surface offerte au vent. Ainsi fait, il pense atteindre le cap Horn à vitesse correcte, mais son esprit fertile imagine déjà une autre solution plus fiable et plus efficace : se fabriquer un «vrai» mât en collant l’élément du haut à celui du bas et en s’aidant de celui du milieu comme manchon pour rigidifier l’ensemble. Un mât d’environ 18m de haut lui permettant de porter la grand-voile à deux ris, la trinquette indispensable pour remonter l’Atlantique et éventuellement le génois et même un spi retaillés. 
 
Réparer
Le chantier paraît impossible avec les moyens du bord (un peu de colle, de résine époxy et quelques tissus de carbone en stock) mais «l’extra-terrestre» y croît. Il est un excellent technicien et connaît bien le maniement des composites. Surtout il est formidablement déterminé. C’est pourquoi il décide de rallier un abri, ce sera l’île Stewart au sud de la Nouvelle-Zélande, recommandée par Peter Blake. C’est loin, et chemin faisant, il se met au boulot. Quand il atteint Port Pégasus – «une baie presque aussi grande que le bassin d’Arcachon» - au petit matin du 8 janvier, le travail est déjà bien avancé. Il a même gambergé sur les moyens d’ériger son poteau en carbone de 180 kg. «Sur mon cahier d’écolier, note le Robinson du Vendée, je commence à ébaucher une méthode qui ressemble, je m’en rendrai compte plus tard, à celle employée par les ingénieurs parisiens quand ils ont dressé l’obélisque, place de la Concorde, au 19ème siècle». Avant cela, il faut encore développer des trésors d’ingéniosité pour, chauffer la colle et la résine, réduire, ajuster au millimètre ses manchons… Enfin l’heure est venue de mâter la bôme pour l’utiliser comme grue afin de hisser le nouveau tube et son cortège de haubans savamment ouvragés, de palans et de cordages. En dépit de moult imprévus dont des problèmes de santé et du bateau qui chasse sur son ancre un jour de grand vent quand Yves faillit mettre le moteur en marche synonyme d’abandon, il a gagné son pari insensé.
 
Epilogue
Le skipper d’Aquitaine Innovations repart exténué le 17 janvier de son abri austral, soit dix jours après son arrivée et un mois après son démâtage. Si le bateau a retrouvé l’usage de ses voiles, les cales du bateau sont elles bien vides. Yves manque manifestement de nourriture pour achever son périple solitaire sans escale. Il va de nouveau devoir faire preuve de grande ingéniosité, de persévérance et de courage pour habituer son organisme à maigre pitance avant de capturer sa première dorade et déguster les poissons volants dans l’Atlantique. Sa plus belle récompense, il la goûtera pleinement le 16 mars à 15h 47 en franchissant la ligne d’arrivée des Sables d’Olonne après 126 jours 23 heures et 36 minutes passées en mer. Yves se classe 13ème de la course laissant deux concurrents dans son sillage. Incroyable mais vrai.
 
Patrice Carpentier