1997 : Gerry ne répond plus
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par Patrice CarpentierLes premiers jours de l’année 1997 ont été marqués par un enchaînement de naufrages dans l’océan Indien. Par miracle, les trois marins concernés ont tous été sauvés. Alors que le PC Course fête à Paris la récupération in extremis de Thierry Dubois et celle du Britannique Tony Bullimore, retrouvé vivant dans sa prison en carbone par les sauveteurs australiens, le premier flot Argos du mercredi 8 janvier émis à 0h 25’ n’affiche aucune localisation du bateau Groupe LG 2 skippé par Gerry Roufs.
Le navigateur québécois figurait la veille en seconde position de la troisième édition du Vendée Globe, 1 500 milles derrière le leader, Christophe Auguin, et quelques centaines de milles devant un trio compact composé de Marc Thiercelin, Hervé Laurent et Bertrand de Broc. Groupe LG 2 évoluait dans le Pacifique Sud sur le 55ème parallèle, sensiblement à mi-chemin entre la Nouvelle-Zélande et le cap Horn. Dans son dernier télex transmis par satellite, Gerry, déjà durement secoué la semaine d’avant, faisait état de conditions épouvantables, il relevait : «Les vagues ne sont plus des vagues, elles sont hautes comme les Alpes».
Une absence de relevé de la balise Argos n’a rien d’alarmant en soi sauf quand elle se répète dans les flots suivants. Bien évidemment, le PC course essaie d’en avertir le navigateur mais en vain. Groupe LG 2 a disparu des «écrans» de la course et compte tenu de la tempête régnant sur zone, la direction de l’épreuve a tout lieu de s’inquiéter d’autant que des icebergs ont été vus dans les parages. C’est ce qu’indique le cargo Mass Entreprise détourné à la demande du CROSSA. Il faut préciser que la zone où se trouve Groupe LG 2 n’est sous aucune tutelle en matière de sauvetage et c’est pourquoi le MRCC français a pris les choses en mains. Et l’affaire est compliquée pour plusieurs raisons. Le lieu de l’incident est trop éloigné de la terre la plus proche pour envisager un survol par avion, il est aussi à l’écart des routes commerciales maritimes. En plus, il faut agir vite dès lors que le marin est considéré en détresse - sans même avoir déclenché sa balise - car la dernière position connue date déjà du 7 janvier.
Faute d’information, tous les scénarios sont envisagés. De celui du bateau privé d’électricité et donc de communication. La balise Argos est autonome mais peut avoir pris un mauvais coup dans un vrac tout à fait plausible vu les conditions. Gerry poursuivrait sa route cahin-caha. Plus probable est malheureusement l’éventualité d’un chavirage qui expliquerait la panne de la balise fixée au balcon arrière. Dès lors, soit Gerry est inanimé dans son bateau, incapable de déclencher la balise Sarsat de détresse, soit il est sur son radeau de survie mais sans balise – on peut aussi imaginer que son bateau a percuté un iceberg et menace de couler – soit le Canadien a été projeté à l’eau sans être retenu au bateau quand il a chaviré. Cette dernière éventualité qu’on se refuse à penser demeure la plus plausible. Mais faute d’infos, il faut se raccrocher à l’espoir. Les voiliers aux alentours sont priés de quadriller la zone. L’exercice est dangereux car les vents sont violents et la mer très forte et aussi dur moralement pour ceux qui cherchent à l’aveugle. Au fil du temps qui passe la mer devient linceul. Un cargo indien en provenance d’Australie et à destination de l’Argentine cherche an vain. L’agence spatiale canadienne se propose d’explorer l’immensité de la zone à l’aide de satellites radar, «Tout sera tenté pour retrouver Gerry Roufs», dit et répète Philippe Jeantot alors aux manettes du Vendée. Mais la complexité des recherches rend l’espoir infime.
Epilogue
Le 17 janvier, formidable nouvelle : un avion de reconnaissance chilien patrouillant dans la zone du cap Horn aurait intercepté un message identifié Groupe LG, Lima Golf sur le canal 16 VHF. Selon un communiqué du CROSSA d’Etel, le voilier aurait juste eu le temps de signaler sa position au NW du cap Dur, mais ni l’avion ni l’hélicoptère envoyés sur la zone n’ont pu identifier visuellement ce bateau. Le doute s’installe sur la véracité des propos chiliens. Le 22 janvier les recherches sont abandonnées et le 25 janvier on apprend que le commandant en chef de la 3ème zone chilienne basée à Punta Arenas dément l’information selon laquelle un de ses pilotes aurait capté le fameux message VHF... Six mois plus tard, le 16 juillet 1997, une coque retournée avec sa quille, son bulbe et ses deux safrans est aperçue par un cargo panaméen. La coque dérive environ à 300 nautiques à l’ouest du continent sud américain. Elle est survolée le surlendemain par un avion de reconnaissance chilien. Le bateau est formellement identifié – photo à l’appui – comme étant le Groupe LG 2. Le 19 juillet, un navire arrive sur zone mais après 4 jours de mauvais temps les recherches sont suspendues. Le 1er septembre des membres de l’Association «Sur la route de Gerry Roufs» créée à l’initiative de la compagne de Gerry se rend sur place. Un an plus tard des débris de la coque du voilier seront retrouvés sur l’île Atayala au sud du Chili.
Patrice Carpentier
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