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Derniers jours en mer

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Le vendredi 30 janvier 2009 à 14:09
© JEAN MARIE LIOT / DPPI / Vendée Globe
 

L’arrivée approche pour le leader du Vendée Globe et avec elle les retrouvailles avec la terre. Mais avant, il reste quelques jours en mer, entre bonheur d’en finir, nostalgie des moments merveilleux et vertige du maelström médiatico-publique qui l’attend. 

Pas facile à vivre ces derniers jours en mer pour un solitaire du Vendée Globe. Surtout lorsqu’on est en tête. Quatre ans de travail et de sacrifices, surmontés de trois mois d’efforts pour parcourir les mers les plus dangereuses du monde en solitaire, vont toucher à leur fin. Mais comme vient de le vivre le malheureux – et malchanceux – Roland Jourdain, le danger est permanent. Jusqu’à la ligne d’arrivée, l’épée de Damoclès peut vous tomber sur la tête à tout moment. Un conteneur qui traîne, un bateau de pêche fantôme, un mammifère marin ou une avarie invisible serait une terrible injustice. Une angoisse, une boule au ventre qui ne se libérera qu’au passage de la bouée Nouch Sud, à l’entrée des Sables d’Olonne. Il faut donc rester concentrer sur la marche du bateau. Surtout lorsque l’enjeu est une première place. La victoire dans la plus difficile des courses en solitaire. A la vacation d’hier, Michel Desjoyeaux ne cachait pas son envie d’en finir. « J’ai passé une nuit de m… Pire que dans le Grand Sud. De 6 à 53 nœuds de vent en rafales. Et si je traîne, je vais devoir tirer des bords (sur la fin, ndlr) ce qui ne m’enchante pas du tout car j’en ai un peu plein les bottes. »

 

Après 45 jours en tête de la flotte, la victoire se fait de plus en plus palpable. Pour Michel Desjoyeaux, ces derniers jours en mer ont une saveur paradoxale. Toujours seul, la tête dans sa course avec en même temps l’obligation de se préparer au choc du retour à terre. Du public par dizaine de milliers. De la famille dont il pourra à peine profiter, emporté dans le tourbillon de la victoire. Le coureur solitaire est un être ambigu qui, en mer, ne rêve que de rejoindre la terre au plus vite et, à terre, ne rêve que de repartir. Ces derniers jours en mer symbolise à la fois la fin d’une aventure exceptionnelle, d’images et moments merveilleux impossibles à raconter, à partager, et aussi la joie de retrouver la terre et tous les plaisirs qui vont avec.

 

Ces derniers jours sont surtout marqués par les sollicitations exponentielles des médias. « Hier et aujourd’hui, Mich a répondu jusqu'à treize interviews par jour, explique Laurence Dacoury, son attachée de presse. Nous, Mich compris, en refusons une dizaine chaque jour. J’essaye de lui envoyer une liste la veille qu’il valide et dont il modifie parfois les horaires en fonction de sa navigation. Cela arrive, comme hier, qu’il rate une interview à cause des conditions de mer ou le besoin de manœuvrer. Mais c’est normal. Demain, samedi, on fait black-out sur les interviews jusqu’à l’arrivée pour qu’il profite de ses derniers moments en mer. » Pour son équipe à terre, le plus difficile est de devoir anticiper la semaine qui va suivre son arrivée. « On vit dans le virtuel. Il y a beaucoup de sollicitations, et en même temps, il n’a pas encore gagné, pas franchi la ligne. C’est très inconfortable pour nous. On a peur de lui porter la poisse. » Mais avec l’expérience de sa victoire en 2001, Michel Desjoyeaux est certainement le mieux placé pour limiter et contrôler cette pression. Et comme pour toutes courses au large, Mich sait que les dernières heures paraissent toujours très longues…

Loïc Le Bras