Vendée Globe

Résumé semaine 12 : La joie de Michel et la peine de «Bilou»

Résumé semaine 12 : La joie de Michel et la peine de «Bilou»
© JEAN MARIE LIOT / DPPI / Vendée Globe
Le 02 février 2009

Depuis la semaine dernière et même avant, la victoire de Michel Desjoyeaux ne faisait guère de doute. Pourtant l’incident survenu à Roland Jourdain, solidement installé à la place de second, montre une fois encore que rien n’est jamais acquis en course à la voile tant que la ligne d’arrivée n’est pas franchie.

Veolia sans bulbe de quille
Jeudi le 29 janvier, Roland Jourdain, alias «Bilou» commente ce qui est arrivé à bord de son Veolia Environnement :  «Je ne m’explique pas comment je n’ai pas chaviré. Quand j’essaie de regarder sous le bateau, je ne vois rien… Normalement, je devrais voir quelque chose mais je ne vais pas plonger non plus dans ces conditions car il y a pas mal de houle. Par contre, ce que je sais, c’est que quand je mets de la toile, le bateau penche, donc il y a bel et bien un problème sur la quille. Dans les heures qui viennent, il va falloir continuer de jauger la situation selon l’état de la mer et la météo à venir pour voir comment je vais pouvoir progresser et comment je suis à l’aise. Je ferai tout pour aller aux Sables sauf si l’état de la mer ne me le permet pas et me fait prendre des risques pour moi. Il faudrait juste un petit coup de pouce du destin et une météo normale pour que je boucle la boucle».

Lors de sa collision avec une baleine voici deux semaines qui avait endommagé la cloison de mât, le skipper du plan Lombard avait plongé sous sa coque pour ausculter la quille et il avait noté que le carénage en stratifié était mâché d’un côté. L’aileron en acier auquel est fixé le bulbe en plomb pesant environ 3 tonnes avait lui aussi trinqué mais pas au point que «Bilou» puisse imaginer ce qui s’est produit dans la nuit de mercredi : l’aileron s’est cassé dans sa partie inférieur et le bulbe en plomb a coulé au fond de l’Atlantique. La chance de Jourdain est que l’incident a eu lieu par une météo clémente sans quoi il se serait produit ce qui est arrivé à VM Matériaux peu avant le Cap Horn. Le voilier se serait couché puis retourné. Le premier réflexe du navigateur a été d’amener la toile et de charger les ballasts afin de donner de la stabilité à son dériveur. Par chance ces voiliers du Vendée Globe sont de véritables citernes flottantes – la capacité totale des divers ballasts serait de 8 tonnes, soit presque autant que le poids du bateau «à vide» et donc beaucoup plus que le poids du bateau sans sa quille – qui peuvent ainsi continuer à naviguer sous voilure minimum et à vitesse réduite tant que l’état de la mer ne menace pas de le faire chavirer. Hier et dans la nuit de samedi à dimanche, la mer a pris justement ses allures des mauvais jours obligeant «Bilou» à naviguer à sec de toile. Le navigateur a d’un côté des informations chiffrées communiquées par les architectes sur la tenue de son navire dans cette configuration complètement inédite et de l’autre l’absolue obligation de ne prendre aucun risque car il n’a pas le droit à l’erreur. Si le bateau chavire c’est foutu. Hier matin la mer s’était un peu calmée et Veolia Environnement s’approchait cahin caha de l’île de Sao Miguel aux Açores. Le marin prendra alors la décision soit de s’arrêter définitivement, soit de tenter de rallier Les Sables et d’achever sa course. 

Malgré sa progression au ralenti depuis jeudi, Veolia Environnement conservait ce matin encore sa place de second et une avance substantielle, mais on peut penser que Brit Air lui ravira la place de second. A presque mille milles du tableau arrière de Brit Air on trouve le Roxy de Samantha Davies qui a repris sa place de quatrième à Safran ralenti par une grand-voile diminuée de deux ris. Celui à qui cette semaine atlantique a été largement profitable est le britannique Brian Thompson, sixième. Le skipper de Bahrain Team Pindar n’a jamais été aussi prêt depuis fort longtemps des voiliers qui le précédent. Ce bateau qu’on dit redoutable aux allures de puissance – mais qui n’a pu exprimer son potentiel en raison d’un manque de préparation – pourrait jouer les trouble-fêtes en fin de parcours. Brian a notamment «largué» sa compatriote Dee Caffari dans le Pot au Noir. Derrière, les écarts sont tels que le classement ne devrait changer sinon pour départager Dinelli et Sedlacek, toujours ensemble en approche du Cap Horn avec cette semaine un avantage au Français qui devrait en finir avec le Pacifique demain dans la soirée.

Patrice Carpentier

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