Déjà en 2000, Michel Desjoyeaux était intervenu auprès des architectes du Groupe Finot pour mettre sa patte et ses idées en application sur son monocoque. Huit ans plus tard, le futur double vainqueur du Vendée Globe a mis en œuvre ses conceptions fort de son expérience précédente, en collaboration avec le chantier CDK Technologies.
La décision de Michel Desjoyeaux de courir de nouveau le Vendée Globe s’inscrit dans une recherche de diversité des pratiques de la voile : avant même une dernière Route du Rhum sur son trimaran Géant en 2006 (4ème derrière Lemonchois, Bidégorry, Coville), le solitaire avait décidé de faire construire un monocoque Imoca sur plans du cabinet Farr. Il fallait juste attendre de trouver un partenaire car, dès la conception, Michel Desjoyeaux s’était associé à Vincent Riou pour faire construire deux bateaux chez CDK Technologies de Port la Forêt, chantier dirigé par son frère Hubert Desjoyeaux.
Le cabinet architectural américain de Bruce Farr proposait le choix entre trois types de plans : le générique, le personnalisé et l’exclusif. Le premier est un dessin original qui est disponible pour d’autres clients. Le second est un plan évolué qui demande des études spécifiques complémentaires à la demande du client : il peut y avoir par rapport au générique, des différences de carène, de structures, d’appendices en fonction du programme spécifié. Enfin, l’exclusivité concerne un seul exemplaire adapté aux desiderata du coureur. Sur les monocoques de Vincent Riou et de Michel Desjoyeaux, les spécificités demandées par les deux équipes ne se retrouvent pas sur les autres bateaux Imoca conçus par Farr.
Hubert Desjoyeaux revient sur le déroulé de la construction du premier exemplaire, PRB : « Nous devions mettre le bateau à l’eau afin qu’il puisse se qualifier pour la Route du Rhum 2006. Nous aurions dû commencer au mois de septembre 2005 mais les plans ne sont arrivés qu’à la fin novembre soit après la Transat Jacques Vabre et la première étape de la Volvo Ocean Race afin de tirer de nouvelles conclusions pour cette deuxième génération de monocoque IMOCA conçue par Bruce Farr (après Virbac-Paprec). Nous avons donc décidé de sous-traiter une partie de l’outillage : le moule de coque a ainsi été fabriqué par Marsaudon, le moule de pont a été fait par CDK Technologies afin que les pièces soient ensuite construites en parallèle. »
Un monocoque à la main de Michel
Le pont a été réalisé sur un moule femelle fabriqué directement sans préforme car il n’y avait pas nécessité d’une précision millimétrique et le modèle était fait d’un bâti découpé numériquement sur lequel était plaqué un contre plaqué stratifié extérieurement par du carbone pour la stabilité et la tenue en température. La coque a été faite sur un moule femelle tiré d’un mannequin. Le nombre de reprises de stratification lors de la pose des cloisons a aussi été limité au maximum en intégrant par exemple les cloisons de ballasts comme raidisseurs longitudinaux ou en réalisant avant montage, les passages de tuyauteries ou de câblage électrique, car plus les opérations sont menées en amont, plus on gagne du temps… et du poids. De plus les cloisons étant planes, elles pouvaient être passées en autoclave, ce qui réduit encore le poids.
« Nous avons travaillé ensemble sur le concept général des deux bateaux (PRB et Foncia : plans 602.1 et 602.2), puis Vincent Riou a développé son propre voilier et mon équipe a fait de même de son côté. Il y a tout de même pas mal de détails qui sont différents. Et les dessins suivants de Farr (Delta Dore, Paprec-Virbac, Gitana 80 : plans 610) sont encore différents alors que le dernier prototype (BT) est très proche de PRB. Cette multiplication n’est pas très gênante dans la mesure où chacun savait où se situent les divergences. Les carènes sont quasiment les mêmes, mais les cockpits et les agencements intérieurs ont la marque de leur skipper. Le différentiel de vitesse n’est donc lié qu’à la légèreté et à l’optimisation de la construction, essentiellement au portant. Nous avons surtout poussé le bouchon sur la suppression des poids inutiles. Par exemple, nous avons enlevé les tuyaux extérieurs aux ballasts ce qui imposait de mettre des carénages de protection. Nous avons cherché à descendre les poids au maximum puisque c’est une jauge de stabilité, et à les concentrer : le centre de gravité est donc très bas. Toutes les drisses traversent le pont et ressortent en direct vers le cockpit par des goulottes : limitation des réas, pas de chicanes, moins de frottements, et poids abaissé. Le confort est certes réduit, mais ça reste très fonctionnel ! » précisait Michel Desjoyeaux avant le départ du Vendée Globe.
Foncia est ainsi dans la fourchette des voiliers légers mais pas le plus léger. En revanche, c’est un bateau qui possède un rapport puissance (poids-raideur à la toile) au-dessus de la moyenne. C’est un bateau qui a un potentiel de performance supérieur à ce que proposait le cabinet Farr puisqu’il est 300 kg plus léger que prévu et peut donc avoir une quille plus lourde...
18 000 heures de construction…
La construction chez CDK Technologies a ainsi débuté en 2005 pour réaliser les outillages de PRB et de Foncia : le cabinet Farr a accepté la construction en tissu pré-imprégné qu’il n’utilisait habituellement que pour les Class America. Sans mettre en œuvre des techniques révolutionnaires, la réalisation a fait l’objet d’une très grande optimisation sur tous les postes, avec en particulier des cloisons en Kevlar et le squelette structurel avec une forte implication du chantier. Michel Desjoyeaux s’est aussi beaucoup investi pour concevoir son plan de pont, ses emménagements intérieurs, ses cellules de vie… Les deux « sisterships » ne sont d’ailleurs pas strictement identiques : les roufs ne sont pas exactement au même endroit, les renvois de manœuvre sont différents, l’ergonomie du cockpit n’est pas identique, Foncia n’a qu’une seule porte d’entrée, un tunnel de drisse et des winches en moins... Foncia est donc plus léger que PRB ! Le monocoque a été mis à l’eau fin mai et a tout de suite participé au record SNSM 2007 qu’il remportait, puis à la Transat Jacques Vabre que Michel Desjoyeaux associé à Manu Le Borgne gagnait avant de terminer troisième de la transat retour entre le Brésil et Port la Forêt… La saison 2008 s'est avérée plus difficile avec une cinquième place au Record SNSM et surtout un abandon lors de la transat anglaise suite à un choc avec un cétacé qui brisait une dérive. Mais le Vendée Globe 2008-2009 remet les pendules à l’heure…
Dominic Bourgeois