6 heures et 30 minutes, tel est l’écart, minuscule à l’échelle planétaire, qui séparait Vincent Riou à bord de PRB de son rival Jean Le Cam sur Bonduelle à l’arrivée du précédent Vendée Globe. A ce duel sans merci que se livraient les Bretons depuis le départ de la course s’est invité le Britannique Mike Golding pour la remontée de l’Atlantique. L’issue de ce tour du monde demeura indécise jusqu’à la fin. Souvenirs, souvenirs avec Vincent Riou.
Au moment de contourner l’anticyclone de Ste-Hélène, Vincent prend la poudre d’escampette en compagnie de Jean. Cette avance acquise une quinzaine de jours après le départ, les deux compères la gèrent avec sagesse dans les Cinquantièmes. Au franchissement du Horn, Le Cam passe en tête. Riou suit serein 15h 30’ derrière, puis Golding (Ecover) revenu du diable vauvert s’invite à la fête. La remontée de l’Atlantique s’annonce passionnante entre ces trois voiliers. Au sortir du Pacifique, Jean s’engage dans une option relativement est pour négocier les hautes pressions de Ste-Hélène qu’il avait habilement gérées deux mois plus tôt en descendant, alors que Vincent s’intercale entre le bateau jaune et le continent pour aller « jouer » ces petites perturbations qui jalonnent fréquemment la côte sud-américaine. Toujours talonné par Mike Golding, le skipper de PRB reprend la tête de la course le 9 janvier 2005 par 40° Sud. Puis le plan Owen/Clark, plus rapide que le plan Finot Conq de 5 ans d’âge, le dépasse deux jours plus tard. Mais le marin de Sa Majesté va devoir rapidement déchanter car la drisse de grand-voile d’Ecover va par deux fois se casser, obligeant l’ancien pompier à de dangereuses ascensions en haut de la mâture. L’avarie, surtout, lui coûte cher en temps perdu. Le 13 janvier, PRB reprend les affaires en mains et ne va pas quitter la tête de la course… jusqu’à l’avant-veille de l’arrivée aux Sables quand à la faveur d’un classement Bonduelle s’affiche à égale distance de l’arrivée que PRB.
L’équateur et après
Au passage de l’équateur, PRB possède 110 milles d’avance sur Bonduelle et 230 sur Ecover. Du fait de la supériorité de vitesse de ses deux adversaires au près, Vincent va, contrairement à ce qu’indiquent les ouvrages de régate, ne pas exercer un contrôle strict en se maintenant entre son rival le plus proche et la ligne d’arrivée mais privilégier la route optimale que lui indique son ordinateur en vertu des polaires de vitesse du bateau orange et des prévisions météo. En agissant de la sorte, Vincent rallonge sa route et au classement son avance ne cesse de diminuer. En deux temps. Le 25 janvier, Jean ne concède plus que 39 milles de retard. Le lendemain, Vincent reprend l’avantage. Nouveau suspense 5 jours plus tard. Cette fois il n’y a plus que 25 milles en distance au but entre les deux voiliers. Vincent explique : « Grosso modo l’anticyclone des Açores se composait de plusieurs bulles. Moi je suis allé chercher la bulle la plus nord – elle était quasiment au niveau de la Manche – pour la contourner par l’ouest, alors que Jean persistait à se décaler dans l’est en espérant sans doute que la bulle se déplace ». Le 31 janvier au classement de 15h et à environ 600 milles de l’arrivée, l’avance de Riou n’est plus que de 4,5 milles. Les deux voiliers ne sont pas roue dans roue car PRB vogue bien loin dans le NW de Bonduelle, mais le classement suivant les donne à égale distance des Sables d’Olonne, voire même avec un léger avantage au bateau jaune. Jusqu’à ce que PRB vire de bord et entame son dernier sprint bâbord amures à bonne allure et surtout en route directe vers la Vendée, alors qu’au même moment Bonduelle piétine au près serré sur un cap incertain.
Le 2 février… comme Desjoyeaux
Le premier février, le crédit est repassé au profit de Vincent qui peut enfin souffler : « J’ai eu chaud tout au long de la remontée de l’Atlantique », avoue aujourd’hui le skipper de PRB, car la météo n’est pas une science exacte et qu’il fallait effectivement avoir les nerfs solides pour résister à la tentation, sans doute fatale, d’exercer un contrôle rapproché de son rival. Son analyse est que: « Si Jean s’était contenté de se coller dans mon sillage dès que nous avons touché les alizés de l’hémisphère sud, il m’aurait passé. En vitesse pure, je ne pouvais rien faire ». Quant à Mike Golding, il était quand même en retrait et même si la quille du Britannique n’avait pas joué les filles de l’air au dernier moment, l’ordre du podium n’aurait pas été modifié. Le duel s’achève le lendemain, comme chacun sait à l’avantage de PRB qui franchit la ligne d’arrivée après 87 jours et 10 heures de navigation et… 6 heures et 30’ d’avance sur le second. Au fait c’était un 2 février, le même jour que Desjoyeaux quatre ans après !
Epilogue
« Avec Jojo – alias Sébastien Josse alors skipper du plan Finot/Conq VMI - on savait qu’on était nettement moins rapide que les quatre nouveaux bateaux de la flotte (les deux plans Lombard, Virbac-Paprec, le plus polyvalent, et Ecover). Il fallait faire avec. On était moins rapide aux allures de puissance (près/reaching) mais au portant, on glissait bien surtout qu’on avait allégé nos bateaux au maximum alors que les autres roulaient plus chargés. On a eu de la chance avec la météo : une descente de l’Atlantique au portant, ensuite des mers australes sans histoire. Je craignais un max la remontée de l’Atlantique mais j’ai fini par m’en sortir ».
Patrice Carpentier