Il aura fallu attendre cinq jours et 6 heures après l’arrivée victorieuse de Foncia pour accueillir Brit Air, le second de la course, au port des Sables d’Olonne. Et il faudra patienter encore quelques jours pour accueillir le voilier complétant le podium. Marc Guillemot met un point d’honneur à ravir sur l’eau cette place de troisième que le jeu des compensations (aide au sauvetage de Yann Eliès) lui garantit depuis longtemps. La bagarre qui l’oppose à Samantha Davies est serrée, tout comme celle qui oppose les deux autres Britanniques Brian et Dee en concurrence – depuis longtemps eux aussi – pour la place de 5ème. Les isobares des Açores ont le vague à l’âme et contribuent à alimenter le suspens des arrivées après le «boulevard» des deux premiers.
La quille de «Bilou» cassée au ras de la coque
Roland Jourdain est arrivé lundi à Ponta Delgada aux Açores, assisté par les deux membres de son équipe technique qui l’attendaient sur place. Une fois amarré, le skipper de Veolia Environnement voulait en avoir le cœur net pour savoir s’il avait pris la bonne décision de s’arrêter. Il peut être rassuré. Après être allé vérifier sous l’eau, il s’avère que le bateau rouge et blanc avait bel et bien perdu son bulbe ainsi que l’intégralité de son voile de quille, cassé au ras de la coque. Son analyse «A mon avis, je pense que je l’ai cassé en deux temps sinon j’aurai chaviré du premier coup. Le bang que j’ai entendu, j’ai cru que c’était le bulbe et j’ai l’impression que quand la quille s’est cassée, elle s’est tordue et le morceau est resté accroché à la coque ce qui m’a permis de ne pas chavirer. Après dans un deuxième temps, quand j’ai pris mon ris, j’ai entendu des craquements à ras de la coque et c’était le morceau qui s’en allait.»
Le yoyo de Marc et Samantha
Au pointage de 11h dimanche dernier, la jeune Anglaise figurait en troisième position avec 80 milles d’avance sur Marc Guillemot. Son avance a continué à augmenter les jours suivants pour flirter avec les 300 milles en distance au but. Pas de quoi ébranler le skipper de Safran qui avait délibérément pris parti de contourner par l’ouest la bulle des Açores. L’histoire lui a donné raison. Vendredi, il a commencé à reprendre de la vitesse alors que Samantha butait dans des calmes. Et ce matin, situé à 1286 milles du but, il possédait 100 milles d’avance sur l’ancien PRB. Rien n’est encore joué entre ces deux bateaux que du mauvais temps à venir va encore malmener, mais le Français a pris l’avantage. On notera au passage que Samantha a élégamment résisté aux pleurs et lamentations durant cette semaine globalement au ralenti (7 nœuds de moyenne en gain au but !). Pour se motiver, elle espérait encore battre le record féminin de l’épreuve détenu par Elle MacArthur en 94 jours et 4 heures. Ce n’est pas gagné !
Les confettis de Dee
«La grand-voile continue de se désintégrer et les prochains jours vont encore la tester. A chaque fois que je prends un ris ou que je renvoie de la toile, je dois m’assurer que les conditions soient les bonnes. Je me prends une douche de confettis à chaque fois…La voile continue de s’abîmer mais elle a parcouru beaucoup de milles dans ces conditions-là, alors maintenant je suis confiante qu’elle devrait tenir jusqu’à l’arrivée. Je dois juste être prudente.»
Armel Le Cléac’h a vécu sa pire semaine
Durement secoué par du très mauvais temps, notamment mercredi, le valeureux skipper de Brit Air a dû faire le dos rond en direction des Sables pour préserver son bateau. A son arrivée hier, il a déclaré «Ces derniers jours, dans les rafales violentes, la casquette du cockpit a été arrachée. Une première vague a commencé à la soulever, puis une seconde l'a faite voler. Dans la nuit, le chariot de têtière est sorti du rail. J'ai pris trois ris, ça a commencé à être un souci. Mais au pire, j'aurais aussi pu affaler ma grand-voile et finir avec un petit foc.»
Résultats et statistiques
A l’issue de cette semaine 13 et donc au jour 91 de compétition, deux voiliers ont franchi la ligne d’arrivée et neuf autres sont encore en course. Michel Desjoyeaux, premier à bord de Foncia est arrivé le dimanche 01 février 2009 à 15 :11 TU. Son temps de course est 84 jours 3 heures 9 mn. 8 secs. Sa distance réelle parcourue sur l'eau est 28 303 nautiques à la moyenne de 14.0 nœuds. En distance théorique, la moyenne est de 12.30 nœuds. Armel Le Cléac’h, second sur Brit Air, est arrivé le samedi 7 février à 08 : 41 TU. Son temps de course est de 89 jours 9 heures 39mn et 35 secs. Il a parcouru 27 232 milles à la moyenne de 12,7 nœuds (11,57 nœuds sur la distance théorique). Au pointage de ce matin 11h, Marc Guillemot figurait en troisième position à bord de Safran dans les parages des Açores avec 100 milles d’avance sur Roxy en distance au but. Brian Thompson, un temps en mesure d'inquiéter Marc et Samantha, a lui aussi été ralenti par le passage à niveau des Açores. Ce matin Dee Caffari (Aviva), 6ème, s’était fortement rapproché de Bahrain Pindar mais risque fort de le voir repartir loin devant d’ici l’arrivée en fin de semaine en Vendée. Les trois bateaux derrière ont des écarts tels entre eux que l’ordre du classement, Akena, 7ème, Toe in the Water, 8ème et Great American III, 9ème ne peut – sauf gros pépin – se modifier. Enfin en queue de flotte, encore au sud des Quarantièmes dans l’Atlantique Sud, Raphaël Dinelli situé à 5 920 milles de l’arrivée avait pris l’avantage (400 milles) sur son compagnon de voyage, l’Autrichien Sedlacek. La meilleure progression au but durant la semaine écoulée a été accomplie par Safran à la moyenne de… 8,5 nœuds. Depuis le départ du Vendée Globe jamais le voilier le plus rapide de la flotte sur une semaine a progressé aussi… lentement.
Patrice Carpentier