Alors que la course se termine pour les derniers engagés de ce 6e tour du monde en solitaire et que l'heure des bilans se profile, voici le résumé factuel de la météo du Vendée Globe millésime 2008-2009.
Atlantique Nord, au près dans le coup de vent, puis au portant dans les alizés
Fidèle à sa réputation de novembre, le golfe de Gascogne a subi le passage d'un front froid au moment où les 30 concurrents se sont élancés des Sables d'Olonne. Après la première heure de course dans des vents plutôt légers (9 à 13 noeuds), les conditions se sont rapidement durcies. Le coup de vent produit par le front froid (force 8 et des rafales à 45 noeuds) et la mer très forte et croisée ont rendu les 36 premières heures de course difficiles. La sortie du golfe de Gascogne au près dans ces conditions est toujours délicate. Ce n'est qu'une fois au large du Cap Finisterre dans les vents de Nord à Nord-Ouest et une mer un peu moins désordonnée que les concurrents ont pu atteindre des vitesses plus élevées alors que l'allure devenait plus portante.
Mais avant de rejoindre les alizés de Nord-Est il a fallu effectuer un bord vers le large pour se glisser dans le sud immédiat de l'anticyclone des Açores. Commence alors une longue descente en bâbord amure essentiellement jusqu'aux îles du Cap Vert. Les alizés plutôt favorables entre 15 et 25 noeuds ont permis aux concurrents de réaliser alors des pointes de vitesses élevées. Mais la zone de navigation favorable n'est pas large entre l'influence de l'Afrique côté est et l'approche d'une dorsale avec des vents plus faibles côté ouest que certains ont approché de trop près. L'Atlantique Nord a finalement été conforme à ce qu'on peut en attendre d'un point de vue climatologique.
La zone de convergence inter-tropicale (ZCIT), tout ou rien
Au sud des îles du Cap Vert les concurrents doivent franchir la zone où se rencontrent les alizés de nord-est de l'hémisphère nord et les alizés de sud-est de l'hémisphère sud. En général au niveau de la convergence de ces deux régimes de vent, de nombreux grains orageux se développent en permanence et cohabitent avec des zones de calme plat. La ZCIT, fidèle à sa réputation a redistribué quelques cartes lors de son franchissement. En effet les concurrents de tête ont même dû la traverser deux fois puisqu'elle s'est déplacée vers le sud lorsqu'ils avaient réussi à la franchir une première fois. Par ailleurs, très peu de grains orageux avaient réussi à se développer et donc les calmes plats étaient très fortement majoritaires.
Les poursuivants ont eux eu droit à un régime de faveur puisque la ZCIT s'est à nouveau déplacée vers le nord facilitant ainsi son franchissement avec seulement quelques grains isolés et des calmes peu présents. Pour les retardataires, la ZCIT s'est enfin stabilisée et les grains orageux violents se sont généralisés produisant pour certains des rafales dépassant 40 noeuds ! Le pot au noir restera toujours un passage délicat avec des changements de temps fréquents et rapides qu'il est difficile de prévoir plusieurs jours à l'avance.
L'Atlantique Sud, au près dans les alizés puis le vent frais au portant
Si l'Atlantique Nord a été conforme aux moyennes climatologiques, ce n'est pas tout à fait le cas de l'Atlantique Sud. En effet l'Anticyclone de Sainte-Hélène s'est complètement affaissé et rétracté vers l'Afrique du Sud tout en se reconstituant par à-coups par l'ouest. C'est seulement après l'arrivée de deux autres anticyclones formés le long des côtes Argentines que les hautes pressions ont fini par se reconstituer dans les parages de l'île de Sainte Hélène. Mais pendant ce temps là, aucune des dépressions orageuses en formation sur le Brésil n'a pu ouvrir de passage vers le cap de Bonne Espérance. Donc aucun raccourci n'était envisageable pour les concurrents ainsi obligés de naviguer au près depuis l'équateur jusqu'au large de l'Uruguay. C'est seulement vers 37 degrés Sud que les concurrents de tête pourront enfin effectuer le fameux virage à gauche tant attendu. Cette trajectoire significativement plus longue que celles des éditions précédentes dans l'Atlantique Sud explique les temps de passage au cap de Bonne Espérance plus longs pour la présente édition.
Mais ce virage doit être bien ajusté car il a lieu dans une dorsale anticyclonique et certains concurrents restés trop près des hautes pressions subissent des chutes de vitesse très importantes avant, pendant et après le virage.
La deuxième moitié de la flotte avec les concurrents repartis des Sables d'Olonne après un retour au port bénéficient eux d'un passage un peu moins pénible puisque l'anticyclone se décalant lentement vers le nord-est leur permet de couper sensiblement la route vers le cap de Bonne Espérance.
La route vers l'est peut enfin commencer dans le flux d'ouest perturbé de l'hémisphère sud. C'est une entrée en matière immédiate dans les 40ème rugissants avec jusqu'à la longitude du cap des Aiguilles un flux plutôt clément. En effet, les fronts qui se succèdent sur la flotte circulent assez rapidement mais ne génèrent pas de vents moyens supérieurs à 40 noeuds. Aussi la progression vers l'est commence plutôt en douceur pour les deux premiers tiers de la flotte. Le dernier tiers, lui, subit l'arrivée de deux dépressions orageuses en provenance du Brésil. Ces deux systèmes assez actifs sont accompagnés de rafales de vent atteignant 50 noeuds.
Dan l'océan Indien, les conditions se durcissent progressivement
Le gain vers l'est est assez rapide au sein du flux perturbé, les écarts commencent à se creuser plus rapidement avec l'arrière de la flotte. En effet, les concurrents de tête bénéficient régulièrement tout au long de l'océan Indien de conditions plus maniables que l'arrière de la flotte. Les moyennes quotidiennes dépassent fréquemment 400 milles grâce au vent majoritairement compris entre 25 et 35 noeuds. Les alternances de thalwegs frontaux et de dorsales font osciller le vent entre le secteur Nord-Ouest et le secteur Sud-Ouest. Plusieurs forts coups de vent (force 9) associés à des creux de 6 à 8m remontent la totalité de la flotte entre l'Afrique et le cap Leeuwin, produisant à chaque fois plusieurs avaries sur les bateaux. Seuls une poignée de concurrents parviennent à franchir l'ensemble de l'océan Indien dans ce régime plutôt favorable. Tous les autres subissent à un moment ou un autre une dorsale axée nord-sud avec des vents faibles associés entrainant un ralentissement important. Mais le plus dangereux sont les tempêtes (force 10) qui parviennent à se former sur l'Atlantique Sud et à rejoindre l'arrière de la flotte dans la région de Kerguelen. Les vents dépressionnaires associés ont atteint 50 noeuds moyens et les rafales 80 noeuds. La mer est elle aussi de plus en plus formée et souvent croisée. Si les creux moyens sont fréquemment compris entre 5 et 7m, les systèmes les plus actifs ont eux produit des vagues de 10 à 12m. Il est donc nécessaire de s'écarter vers le nord pour laisser passer ces zones de vents violents plus au sud avant de penser à nouveau à la course et de reprendre une route plus courte dans les 50ème hurlants.
Pacifique, violente tempête pour la tête de la flotte, anticyclones sur l'arrière
Après le passage de la Tasmanie, le groupe de tête composé de Véolia, Foncia, VM Matériaux et BT franchit la longitude de la Nouvelle Zélande en se préparant à affronter un des systèmes les plus violents de ce tour du monde. En effet, une perturbation est en train de se former sur le nord de la Nouvelle Zélande, ce système se creuse rapidement et arrive par le nord-ouest pour venir croiser la trajectoire des concurrents de tête. La dépression se positionne ensuite dans le Pacifique sud entre 55S et 60S en se décalant lentement vers l'Est. Au maximum de son développement, ce système occupera plus de la moitié du Pacifique Sud. C'est en bordure nord de cette vaste perturbation que le groupe de tête naviguera jusqu'en approche de la dernière porte des glaces au large du Chili. Cette violente tempête (force 11 Beaufort) génère des vents de 50/55 noeuds et des rafales entre 70 et 80 noeuds. Dans le quadrant nord-ouest du système la mer est particulièrement difficile à négocier puisque les creux moyens varient entre 8 et 12m avec la superposition d'une houle principale de Sud-Ouest, d'une houle secondaire de Nord-Ouest. C'est dans ces conditions difficiles que BT de Sébastien Josse subit une avarie majeure couché par une vague et que Paprec-Virbac subit une ultime avarie sur son système de barre déjà réparé plusieurs fois, les conduisant tous deux à l'abandon. Légèrement en retrait PRB et Brit'Air ne sont pas soumis à des vents aussi violents mais doivent tout de même composer avec la mer formée dans le sillage de la dépression qu'ils vont eux aussi mettre plusieurs jours à contourner.
Les suivants Roxy, Safran, Pindar, Aviva et Akena sont eux soumis à des régimes bien différents du cap Leeuwin jusqu'à la Nouvelle-Zélande. En effet, un anticyclone se situe entre eux et les premiers ce qui les empêche d'allonger la foulée. Par ailleurs ces hautes pressions ne permettent pas aux petites dépressions orageuses formées sur la côte australienne de gagner dans l'est. Aussi elles sont nombreuses à venir perturber la progression des concurrents produisant par intermittence des vents dépressionnaires entre 35 et 45 noeuds avec des rafales entre 55 et 65 noeuds en laissant en permanence une mer formée. Les concurrents plus à l'arrière entrent progressivement dans ce même régime avec une semaine de décalage.
La traversée du Pacifique pour le milieu de la flotte s'est effectuée dans des conditions classiques du flux d'ouest perturbé avec plusieurs passages de perturbations venant de l'ouest et défilant sur le sud des trajectoires de bateaux. Cependant pour les quatre derniers concurrents la gestion de la traversée a été un peu différente. En effet ces bateaux ont subi une configuration inversée avec des anticyclones dans leur sud et des dépressions dans leur nord. Cette configuration impliquant même une navigation au près pendant quasiment une semaine pour Fondation Ocean Vital et pour Nauticsport-Kapsch sur l'Ouest du Pacifique.
La remontée de l'Atlantique Sud, un passage toujours délicat
Le passage du cap Horn marque le début de la remontée de l'Atlantique, mais n'est pas pour autant synonyme de la fin des difficultés. C'est ce qu'ont pu constater tous les concurrents encore en course. Entre l'Uruguay et la pointe Sud de la Terre de Feu, les dépressions naissent très fréquemment et peuvent se déplacer très rapidement vers l'est ou le sud-est. De plus, il faut encore compter avec les fronts associés aux dépressions circulant dans les 50ème hurlants qui peuvent s'étendre au nord des Malouines. Entre ces systèmes perturbés, des anticyclones peuvent rester sur place plusieurs jours en barrant la route avec dorsales et vents faibles.
Pour composer avec les nombreux systèmes qui coexistent dans cette région, l'enjeu est de réussir à contourner les anticyclones par l'est et les dépressions par l'ouest en évitant les zones de vents trop faibles au centre des hautes pressions et les zones de vents trop forts à la périphérie des dépressions. Les dépressions qui prennent naissance dans cette région sont fréquemment accompagnées de rafales de vent entre 65 et 80 noeuds ! Il faut donc être particulièrement vigilant et attentif. La configuration ne permet que très rarement de traverser cette région facilement en restant du bon côté des systèmes. Les trois premiers concurrents ont néanmoins bénéficié de conditions un peu plus clémentes que les suivants dans la mesure où la vaste dépression orageuse qu'ils ont dû franchir au large de l'Uruguay était assez bien organisée et peu mobile. Inversement tous les autres concurrents ont eu à négocier entre un et trois fronts froids actifs entre le cap Horn et le nord des Malouines puis des amas orageux désorganisés sur plusieurs centaines de milles au large des côtes Sud Brésiliennes. Une fois extraits de cette zone d'activité météorologique intense les marins naviguent dans des alizés d'Est à Sud-Est issus de l'anticyclone de Sainte Hélène. Ces alizés plutôt forts (15/20 noeuds) pour le passage des premiers ont rapidement molli à 10/14 noeuds ensuite.
Zone de convergence intertropicale (ZCIT) et Alizés de Nord-Est
La deuxième traversée du pot au noir est plus simple que la première dans la mesure où les concurrents arrivent par l'ouest et donc franchissent la zone à un endroit où les calmes sont moins larges. Néanmoins la ZCIT reste assez fluctuante d'un jour sur l'autre et si certains ont été peu ralentis d'autres ont subi des grains orageux et des calmes prononcés. L'enjeu du franchissement est de ressortir du côté nord en étant le plus à l'est possible pour pouvoir naviguer moins au près dans les alizés de Nord-Est. Les alizés de Nord-Est ont été soutenus (20/25 noeuds) pour tous les bateaux. La navigation au près vers le nord a donc été assez pénible d'autant plus que la mer est restée forte sur toute la période (creux moyens de 2,5 à 4m). La relative force des alizés de Nord-Est et la relative faiblesse des alizés de Sud-Est explique en partie la position inhabituellement sud de la ZCIT. En effet en janvier et février l'axe de la ZCIT a fluctué entre l'équateur et 2S alors qu'habituellement il se situe plutôt entre l'équateur et 2N (à l'ouest de 25W).
L'Atlantique Nord, atteindre le flux d'ouest perturbé
Avant de pouvoir faire route vers les Sables d'Olonne, les bateaux doivent en général rejoindre le flux d'ouest perturbé qui se situe sur le côté nord de l'anticyclone des Açores. C'est effectivement ce qu'ont connu les premiers concurrents. Certains ont contourné par l'ouest les hautes pressions pour bénéficier plus rapidement des vents portants de Sud-Ouest (Foncia, Véolia, Safran, Pindar, Aviva, Akena) d'autres ont choisi une route plus courte mais plus risquée par le centre ou l'est des hautes pressions (Brit'Air, Roxy). Mais si les deux premiers ont réussi a rejoindre le golfe de Gascogne grace à ce flux perturbé, ça n'a pas été le cas pour les suivants. En effet quelques jours après l'arrivée de Brit'Air un changement de régime s'est opéré sur l'Europe de l'ouest et le proche Atlantique : des hautes pressions s'installent sur les îles britanniques en produisant des vents de Nord-Est sur le golfe de Gascogne et même au delà par intermittence. C'est dans cette configuration que s'effectuent toutes les arrivées à partir de Roxy jusqu'à Toe in the Water.
Même si les concurrents sont tous engagés dans la même course, ils n'ont pas tous eu à négocier les mêmes systèmes météorologiques du fait de l'évolution rapide des systèmes par rapport au déplacement des bateaux. A titre d'exemple les deux derniers concurrents ont subi approximativement entre deux fois et trois fois plus de coup de vents (Force 8 Beaufort) que les deux premiers ! Un concurrent (Pindar) a même dû se mettre à l'abri de l'île des Etats au large de la Terre de Feu durant une journée pour laisser passer une violente tempête. Mais fort heureusement le système le plus dangereux de la période sur ce parcours n'est pas passé à pleine maturité sur la flotte. En effet la tempête du 24 janvier a produit des rafales avoisinant les 100 noeuds sur le sud du golfe de Gascogne, mais les bateaux étaient encore suffisamment au large pour ne pas les subir. Ceci illustre parfaitement les données climatologiques qui indiquent que pendant le Vendée Globe, la probabilité d'avoir les vents les plus forts est maximale sur l'Atlantique nord-est.
Sylvain Mondon et Richard Silvani
Météo-France