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Vincent Riou : "Ce sont les marins qui feront la différence"

IMOCA 60' PRB - Skipper : Vincent RIOU - Vendée Globe 2016-17 - Port La Forêt 28/03/2016
© Benoît Stichelbaut / PRB

Ton PRB tout juste remis à l’eau (le 15 mars), tu as effectué une navigation d’entraînement dans la tempête. C’est important de se confronter d’emblée à des conditions musclées ?
Vincent Riou : « Oui, pour bien connaître son bateau, pour en maîtriser tous les petits réglages et les subtilités, il est essentiel de savoir affronter toutes les conditions, y compris les plus difficiles. Après un chantier, naviguer dans du vent et de la mer permet de tester le bateau, de reprendre le rythme et au passage de mettre dans la boîte une belle banque images dans la brise ! Nous tournons la page du chantier qui a duré deux mois et demi. Nous passons à la phase navigation et entrons ainsi dans une autre dynamique. Il va falloir se mettre rapidement en ordre de marche pour participer à The Transat (entre Plymouth et New York, départ le 2 mai, NDR) puis à la New York-Vendée (coup d’envoi le 29 mai). »

En quoi a consisté le chantier effectué cet hiver sur ton 60 pieds ?
« Rien de fondamental n’a changé. Mais nous avons travaillé sur de nombreux détails qui vont dans le bon sens. L’idée étant d’aller gratter à droite à gauche quelques petits dixièmes de nœuds. Nous avons par exemple installé de nouveaux safrans, optimisé les dérives ou encore rallongé la casquette pour une meilleure protection… »

« Les foils ne constituent pas une solution magique… »

Mais contrairement à Jérémie Beyou qui s’exprimait récemment dans ces colonnes, tu n’as pas choisi d’équiper ton bateau de foils. Pourquoi ce choix ?
« Tout simplement car d’après nos études, nous n’avons pas plus de chances de gagner le Vendée Globe avec des foils que sans. Dans certains cas, il est vrai que les foilers sont plus performants que les bateaux archimédiens. Mais pas suffisamment pour que cela justifie de tout transformer sur PRB. Quand une étude révèle qu’on gagne dans 60 % des cas avec des dérives droites et dans 40 %  des cas avec des foils, je ne vois pas bien l’intérêt d’aller engager des grands travaux, de dépenser des sommes conséquentes. »

Tu connais en effet parfaitement ton bateau dans sa configuration actuelle. Tu ne voulais pas prendre le risque de perdre l’avance acquise en terme de maîtrise ?
« Exactement. J’ai la chance de disposer d’un 60 pieds avec lequel j’ai exploré tous les paramètres de jauge. PRB est aujourd’hui le bateau référence de la flotte, le plus polyvalent. Quand tu disposes de la meilleure machine de la flotte, tu te poses forcément la question d’aller tout changer… D’autant que je maîtrise bien ce bateau. Avec des foils, il aurait fallu tout réapprendre et mettre au point à bord, dans un timing serré. Avec ses dérives droites, PRB a le potentiel pour gagner le Vendée Globe. Nous avons de bonnes raisons de ne pas avoir fait le choix des foils. Mais je respecte tout à fait ceux qui ont opté pour les appendices porteurs. Si j’avais eu à construire un bateau neuf, j’aurais tenté les foils sans hésiter. En course au large, comme dans le bâtiment, la rénovation est souvent plus compliquée et coûteuse que la construction. Il s’agit par ailleurs d’un travail compliqué et ingrat pour les équipes techniques. »

Combien aurait coûté l’implantation de foils sur PRB ?
« A minima 500 000 euros. Il aurait fallu construire une paire de foils, faire de nouveaux puits, implanter les appendices puis prévoir un renforcement de la structure de la coque pour résister aux nouveaux efforts induits. Mis bout à bout, on arrivait déjà à 300 000 euros. Le mât de PRB est par ailleurs adapté à un bateau archimédien. Il n’aurait jamais résisté et nous aurions dû construire un nouveau mât, soit au bas mot un investissement de 200 000 euros. Le budget global se serait donc élevé à 500 000 euros, qui aurait vite pu devenir 600 000… sans avoir plus de chances de remporter le Vendée Globe ! »

On dit pourtant souvent qu’il y a 80 % de portant dans un Vendée Globe, allure où les foilers sont a priori plus à l’aise…
« Il faut se méfier de certains chiffres annoncés, ou du moins les nuancer. Ce qui a été fait par VPLP-Verdier est tout à fait respectable, l’innovation technologique est passionnante. Les architectes ont saisi une opportunité de pousser les IMOCA vers une nouvelle ère, mais il ne faut pas pour autant croire que c’est la solution magique. Ce © Benoît Stichelbaut / PRBn’est pas tout blanc ou tout noir. Un foiler ne va pas toujours plus vite au portant qu’un IMOCA archimédien. Un IMOCA à foils n’est jamais plus rapide en-dessous de 14 nœuds de vitesse. Cela représente 20 à 25 % du temps à l’échelle d’un tour du monde. Quand il s’agit de naviguer à 110, 120, 130 ou même 140° du vent quand il y a de l’air, là OK ça va plus vite. Mais quand il faut gagner sous le vent, faire du VMG, les foils ne sont pas plus efficaces que les dérives droites. Le concept des foils, tel qu’il est aujourd’hui, ne permet pas de disposer d’un IMOCA polyvalent. Les architectes et les teams corrigent ce problème avec de nouvelles formes de foils. Ca va dans le bon sens mais il reste beaucoup de problématiques à gérer, à commencer l’antidérive. Au près, on va vraiment plus vite avec des dérives droites. Les foilers sont plus puissants et plus légers dans certaines conditions. Mais il y a tellement d’autres conditions qui leur sont défavorables… »

Est-ce la météo va dicter l’affaire ?
« Oui, en partie. Ce sera une histoire de timing. Si les fronts s’enchaînent bien, si les situations météo se révèlent favorables, je serai incapable de suivre les foilers. Mais si nous devons gérer des transitions un peu compliquées, je serai avantagé. Par exemple, dans la remontée de l’Atlantique, statistiquement, tu as 25 à 30 % de chances d’être confronté à une situation de blocage anticyclonique entre l’équateur et l’Europe. Tu n’as alors pas d’autre choix que de gagner dans le vent quasiment jusqu’aux Sables d’Olonne. »

C’est une situation inédite de voir des bateaux de nouvelle génération être à ce point concurrencé par un IMOCA plus ancien…
« C’est effectivement la première fois que des IMOCA neufs ne vont pas tout le temps plus vite que les anciens. Cela fait un moment que je mets des bateaux neufs à l’eau, depuis 2000. A chaque fois qu’une nouvelle génération de bateaux arrivait, on les regardait en se disant : « Waouh, ça déboîte. » Cette fois, on a vu des conditions où ça déboîte… mais aussi pas mal de conditions où on a bien rigolé ! »

« Le vainqueur du Vendée Globe sera celui qui aura été le plus malin sur l’eau »

Tu ne trouves pas qu’on parle parfois trop de technologie et pas assez d’humain ?
« Si. Les innovations technologiques font beaucoup de brouhaha aujourd’hui, mais dans sept mois, quand la course sera lancée, les hommes feront la différence, pas les machines. Il faut arrêter de se voiler la face. On partira pour un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, qu’il s’agira déjà de terminer. Les marins devront être bons, avoir la tête sur les épaules, savoir gérer intelligemment le compromis entre sécurité et performance. Ces bateaux, foilers ou pas, demandent une certaine habileté pour les utiliser. L’expérience, l’intelligence de l’homme est primordiale. Le vainqueur du Vendée Globe sera celui qui aura été le plus malin sur l’eau. »

Que t’inspire le plateau du prochain Vendée Globe qui semble très disparate…
« En gros, nous sommes une dizaine de concurrents à partir dans l’optique de la compétition pure, soit un tiers de la flotte. Pour les autres, une majorité donc, il s’agit avant tout de finir en racontant une histoire. Cette composante aventure fait partie intégrante du Vendée Globe. Et je suis très content pour les jeunes qui participent au Vendée Globe et viennent acquérir de l’expérience. Mais il faut prendre conscience de l’évolution qui est à mon sens un vrai signal. Je ne suis pas sûr qu’on parte dans la bonne direction. Pour moi, le Vendée est une compétition de très haut niveau avec les meilleurs marins sur le parcours le plus exigeant. Ce n’est pas faire le tour du monde « au ralenti » en 110 jours. Il ne faut pas banaliser l’exercice. Le Vendée Globe est une aventure incroyable, et doit le rester. Le jour où n’y aura plus que des gens qui racontent une histoire, il n’est pas certain que le public qui vibre autour de cette course depuis plus de 25 ans continue à la suivre avec autant de passion. C’est l’aspect compétition qui va maintenir le caractère exceptionnel de cette épreuve. »

Propos recueillis par Olivier Bourbon / Agence Mer & Média

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