02 Février 2015 - 15h46 • 4483 vues

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Jamais un Allemand n’a pris le départ du Vendée Globe et Boris Herrmann se verrait bien débloquer le compteur. Ce jeune marin de 33 ans a déjà bouclé deux tours du monde en double : un victorieux en Class40 et l’autre disputé en 60 pieds IMOCA. C’est donc fort d’un CV nautique bien rempli qu’il tente de convaincre des sponsors potentiels dans un pays où le Vendée Globe n’est pas aussi populaire qu’en France.
 

Boris, peu de gens savent que tu es passé tout prêt d’une participation au Vendée Globe 2012/2013…
Boris Herrmann :
« Effectivement. En 2010 mon sponsor en Class40 était prêt à me suivre pour un projet en IMOCA sur cinq ans avec à la clé une participation au Vendée Globe à bord d’un bateau neuf. C’était un rêve de m'engager dans ces conditions à une épreuve qui me fascinait depuis l’adolescence. Je suis venu en Bretagne pour discuter avec des architectes et des chantiers. Mais la boite qui me soutenait a subitement coulé. Je me suis retrouvé sans partenaire. J’ai alors cherché un budget pour faire une saison en Figaro, en vain. »

S’est alors présentée l’opportunité de participer à la Barcelona World Race.
« Oui on m’a proposé de prendre le départ avec un projet existant. Cette offre est tombée à pic, d’autant que j’ai eu la chance de partir sur le bateau avec lequel Roland Jourdain a participé deux fois au Vendée Globe en 2004/2005 et 2008/2009, avant de devenir, lors de la dernière édition, le Savéol de Sam Davies. Ce n’était pas un IMOCA très récent, car mis à l’eau en 2004, mais j’ai pu le préparer avec Roland Jourdain à Concarneau. Après 12 000 milles d’entraînement, nous nous sommes présentés sur la ligne de départ de la Barcelona World Race 2010/2011 avec mon équipier, l’Américain Ryan Breymaier. Nous avons terminé 5e après 100 jours de mer, soit une semaine derrière les vainqueurs Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron. »

Quelles avaient été tes expériences avant ce tour du monde en double ?
« J’ai commencé par le dériveur, en 420 et en 470. Mais j’ai très vite su que mon cœur battait pour le large. A 18 ans, j’ai pris le départ de la Mini Transat 2001, qui me semblait la porte d’entrée idéale pour découvrir la course océanique. J’ai tLe skipper allemand Boris Herrmannerminé 11e en série. J’ai ensuite repris des études d’économie pendant six ans. En parallèle, je naviguais en dériveur et je faisais partie des dix premiers mondiaux en 5O5. Je côtoyais alors des skippers professionnels et cela a conforté mon envie de vivre moi aussi de la voile. Je me suis orienté vers la Class40. J’ai terminé deuxième de la Transat Anglaise en 2008 derrière Giovanni Soldini. Toujours en Class40, j’ai participé à la Québec-Saint Malo et surtout à la Global Ocean Race, un tour du monde en double avec escales. Il y avait seulement six bateaux au départ, nous étions des pionniers car aucun Class40 n’avait encore navigué dans les mers du Sud. J’ai découvert le large, le vrai. Avec mon équipier Felix Oehme nous avons remporté l’épreuve, après 150 jours jours de mer cumulés. »

« Il me faudra une dimension sportive. »

Tes recherches pour le prochain Vendée Globe sont-elles en bonne voie ?


« Je viens de lancer mon projet. Le fait de ne pas avoir pu participer à la dernière édition du Vendée a été difficile à avaler et j’ai hésité avant de démarrer des recherches pour 2016. Je ne pars pas de zéro, je m’appuie sur les expériences de mes recherches passées et sur les anciens contacts que j’ai pu établir. Etonnamment, la Barcelona ne m’a pas ouvert de nouvelles portes. C’est pourquoi je n’y participe pas cette année. Mais je suis très optimiste, les premiers retours sont positifs. La voile est attractive, l’économie allemande se porte plutôt bien. Je continue à naviguer en TP52, sur Esimit Europa 2 (un maxi de 100 pieds basé en Méditerranée) et surtout à bord de Maserati, le VOR70 de Giovanni Soldini. Concilier navigations et recherche de sponsors n’est pas toujours facile. Mais je tiens à travailler avec d’autres équipes pour accroître mes compétences, ouvrir mon horizon. »

Le fait qu’aucun skipper allemand n’ait jamais participé au Vendée Globe ne doit pas faciliter tes recherches…
« C’est vrai. La course n’est pas encore connue en Allemagne et mon premier challenge consiste à faire comprendre aux entreprises ce que représente le Vendée Globe, en quoi il est fascinant et assure aux sponsors de bons retours sur investissements. Cette épreuve est encore vue comme une aventure française. Mais je suis persuadé que cette vision changera quand un marin allemand prendra le départ. La Volvo Ocean Race n’est pas suivie cette année car il n’y a pas de marins allemands. Mais en 2001/2002, quand l’équipage allemand d’Illbruck Challenge l’a emporté, l’exposition médiatique a été considérable dans le pays. Nous sommes deux à chercher pour le prochain Vendée Globe, moi et Jörg Riechers (actuellement engagé dans la Barcelona World Race, N.D.L.R.). La possibilité de devenir le premier Allemand à s’élancer des Sables d’Olonne constitue pour nous un bon axe de communication à mettre en avant auprès des éventuels partenaires. »


Avec quels objectifs et sur quel type de bateau t’engagerais-tu pour un premier Vendée Globe en 2016/2017 ?
« Je ne partirai pas uniquement pour l’aventure, il me faudra une dimension sportive. Je connais déjà le Grand Sud, j’ai bouclé deux tours du monde et passé trois fois le cap Horn. C’est pourquoi je m’orienterai vers un bateau de la génération du Vendée Globe 2008/2009. Il reste de belles occasions à saisir, comme l’ex Virbac-Paprec 3 de Jean-Pierre Dick, devenu Hugo Boss et qui a démâté dans la Barcelona. Si je ne trouve pas un bateau de cette génération, je n’irai pas car les IMOCA plus anciens ne sont pas suffisamment performants. J’attendrai alors 2020. »

Propos recueillis par Olivier Bourbon / agence Mer & Média