18 Juin 2015 - 14h12 • 9658 vues

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Navigateur professionnel et journaliste sportif, Sébastien Destremau porte le projet FaceOcean qui vise à faire partager l’aventure du Vendée Globe à la communauté des joueurs de Virtual Regatta, le jeu de course à la voile en ligne. Heureux propriétaire d’un 60 pieds lancé en 1998 et 13e pré-inscrit au prochain Vendée Globe, le skipper de 50 ans détaille sa démarche et expose ses ambitions. Interview.

Sébastien, en quoi consiste le projet FaceOcean ?
Sébastien Destremau : « FaceOcean fera partager l’aventure du Vendée Globe aux joueurs de Virtual Regatta, la plus grande communauté nautique mondiale avec 485 000 joueurs inscrits lors de la dernière édition du Vendée Globe virtuel. Nous proposons deux niveaux d’embarquement. Le premier est constitué par les « supporters ». A l’issue du Vendée Globe, un tirage au sort totalement gratuit permettra de désigner un gagnant parmi ces supporters qui remportera le 60 pieds IMOCA FaceOcean ! Nous espérons que de nombreux supporters passeront au deuxième niveau d’embarquement et deviendront « équipiers ». Ces équipiers apposeront la photo de leur visage sur la coque du bateau, en contrepartie d’une contribution financière variable selon le format de l’image : de 10 à 10 000 euros. La coque de mon IMOCA sera un véritable patchwork de visages. Pendant la course, les équipiers recevront de nombreuses images de la vie à bord. Environ 50 % du budget sera apporté par les joueurs de Virtual Regatta, l’autre moitié sera réunie grâce à des sponsors. »
 
Face Ocean de Sébastien Destremau, l'ancien Gartmore de Josh HallTu as récemment acheté un 60 pieds IMOCA, lequel ?
« Un plan Finot mis à l’eau en 1998, l’ancien Gartmore avec lequel le Britannique Josh Hall a terminé 9e du Vendée Globe 2000/2001(après 111 jours de mer, NDLR). En 2008/2009, un autre Britannique, Steve White, a terminé 8e (en 109 jours). En tout, le bateau a déjà participé à quatre courses autour du monde. Plus récemment, en 2014, il a terminé 3e de la Transat Le Cap – Rio. Bien construit, simple à mener et robuste, c’est une véritable mobylette qui correspond bien à mon projet : pour pouvoir me concentrer sur le partage, je ne veux pas être submergé par les soucis techniques. »
 
« Le dernier sommet à gravir. »

Le fait de disposer d’un bateau va permettre d’accélérer le financement ?
« Oui, clairement ! Cela représente un coup d’accélérateur énorme, le projet entre dans le concret et acquiert une forte crédibilité. J’ai toujours été certain d’arriver à prendre le départ. Cette conviction devient partagée dans l’esprit des gens. Nous sommes en avance sur notre feuille de route puisque nous avions prévu d’acquérir un bateau à la fin de l’année. En général, dans ce genre de projet, on est plutôt en retard ! »

D’où vient ta volonté de participer au Vendée Globe ?
« L’idée me trotte dans la tête depuis un bon moment. J’étais sur les pontons pour le départ de l’édition 2012/2013 et je me suis dit que j’y serai la prochaine fois. Dans une carrière vélique, il y a selon moi quatre grands sommets : les Jeux Olympiques pour la voile légère, l’America’s Cup, la Volvo Ocean Race et le Vendée Globe. J’ai tenté l’ascension de trois de ces sommets puisque j’ai fait une préparation olympique, plusieurs campagnes pour l’America’s Cup et une Volvo. Il me restait le dernier sommet à gravir, le Vendée Globe. J’aurai 52 ans au départ, ce sera ma dernière grande course. »
 
Quel sera ton programme dans les semaines et les mois qui viennent ?
« Le bateau est basé à Cape Town, en Afrique du Sud. Nous partirons à trois début juillet pour le préparer, vérifier qu’il est bien en ordre de marche. Puis nous effectuerons le convoyage vers Toulon, soit 10 000 milles. J’espère en profiter pour effectuer mon parcours de qualification au Vendée Globe. Nous prévoyons d’arriver à Toulon fin août-début septembre. Le bateau entrera alors en chantier et je serai au départ de la Transat New York/Les Sables d’Olonne en mai 2016. »

Le port d’attache de ton IMOCA sera donc Toulon ?
« Oui, enfin un autre bateau basé en Méditerranée après celui de Kito de Pavant ! Il faut rééquilibrer un peu la balance avec la Bretagne… »

« Prendre le départ du Vendée Globe est une victoire, terminer est un miracle ! »
 
Tu vas découvrir la navigation en IMOCA. Comment appréhendes-tu la prise en main de ce support ?
« Mon expérience en IMOCA est effectivement très limitée. C’est la raison pour laquelle je suis ravi de disposer de ce bateau. D’une simplicité incroyable, il n’a rien à voir avoir les IMOCA actuels qui sont de véritables usines à gaz que je serais bien incapable de mener autour du monde. Mais un 60 pieds, même ancien et simple, reste un gros bateau qui nécessite un apprentissage. Ce sera l’objet du convoyage vers Toulon puis de la New York/Les Sables d’Olonne. J’ai beaucoup d’expérience sur d’autres supports et je suis confiant pour la prise en main. Je ressens aussi un peu de stress. Cela va être une belle expérience, pleine d’adrénaline. »

Quelle sera ton ambition pour le Vendée Globe 2016/2017 ?
« Certainement pas la victoire, je ne suis pas François Gabart ! Je n’ai pas le même niveau technique, physique, financier... Prendre le départ du Vendée Globe est une victoire, terminer est un miracle ! Vivement le miracle (rires). Selon moi, en plus de Gabart, deux autres marins ont fait un magnifique Vendée Globe en 2012/2013 : Tanguy de Lamotte et Alessandro di Benedetto. Ils ont pourtant fini avant-dernier et dernier mais ont su partager l’aventure. Je ne vais pas me prendre la tête avec le classement. Mais cela ne veut pas dire que je ne vais pas essayer d’aller le plus vite possible. »
 
Palmarès de Sébastien Destremau :
- 5 campagnes pour la Coupe de l’America entre 1993 et 2010.
- Une participation à la Volvo Ocean Race
- Une campagne olympique en Flying Dutchman (6 titres mondiaux et 3 titres européens)
- Vainqueur de la Sydney-Hobart 1998

Propos recueillis par Olivier Bourbon/agence Mer & Média